Cover Nguyễn Kiều Lam, architecte et designer d'exception.

Du papier Dó au textile ou au maillage métallique, Nguyễn Kiều Lam crée des structures spatiales riches en émotions. Mais pour cette architecte, les matériaux ne sont jamais le cœur du sujet, car “Nguyễn Kiều Lam” place l'expérience humaine au centre de ses recherches.

Une fine étoffe ondule légèrement sous le souffle du vent. La lumière traverse les plis du maillage métallique, projetant des ombres aux formes sans cesse changeantes sur le sol. Quiconque pénètre dans l'univers de Nguyễn Kiều Lam ralentit inconsciemment le pas. Son travail ne cherche jamais à écraser par la masse, préférant cultiver une sensation de légèreté et une capacité respiratoire manifeste. Pour Nguyễn Kiều Lam, les montres de luxe de l'architecture ne sont pas les matériaux, mais la structure.

Dans sa démarche, elle part toujours du contexte pour anticiper l'expérience vécue au sein de l'espace. Pour elle, les matériaux ne sont que des vecteurs, tandis que la structure est l'aboutissement d'une solution spatiale. Ce qui l'intéresse, c'est la réponse des matériaux sous tension, les points de flexion ou le mouvement du corps dans l'espace. Un filet métallique souple peut se dresser dès lors que sa structure pliée est repensée. Un textile bien tendu devient un élément architectural capable de sculpter la lumière. Pour cette créatrice, la technique ne suit pas la création ; elle la définit directement.

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Above L'architecte Nguyễn Kiều Lam explore des structures innovantes.

Cette approche puise ses racines dans son enfance, bercée par le métier de couturière de sa mère. Nguyễn Kiều Lam a grandi parmi les coupes de tissu, les volumes et la maîtrise des matériaux pour sublimer les corps. Des années plus tard, cette même logique irrigue ses projets architecturaux : au lieu d'imposer des formes figées, elle cherche à faire interagir l'espace avec le mouvement, la lumière, le toucher et l'état émotionnel de l'occupant.

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La plupart des réalisations de Nguyễn Kiều Lam prennent la forme d'installations éphémères. Certaines structures ne sont présentes que quelques jours avant d'être démontées, recyclées ou transformées, à l'instar de ses installations en papier Dó que l'architecte a inlassablement réinterprétées au fil des événements. Cette méthode témoigne de son souci du cycle de vie des matériaux et d'une volonté de réduire les structures superflues, bien loin des simples slogans sur le design durable.

Ce qui frappe le plus chez Nguyễn Kiều Lam, c'est cette vision de l'espace comme expérience corporelle totale. La lumière, les vides, le son et les textures sont méticuleusement calculés pour diriger l'émotion. Son travail ne vise pas l'éblouissement immédiat, mais laisse une impression durable : celle d'être immergé dans un espace qui respire véritablement avec nous.

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Photo 1 of 5 Projet de toiture pour la Communal House de l'Institut Français à Hô Chi Minh-Ville.
Photo 2 of 5 Projet de toiture pour la Communal House de l'Institut Français à Hô Chi Minh-Ville.
Photo 3 of 5 Projet de toiture pour la Communal House de l'Institut Français à Hô Chi Minh-Ville.
Photo 4 of 5 Projet de toiture pour la Communal House de l'Institut Français à Hô Chi Minh-Ville.
Photo 5 of 5 Projet de toiture pour la Communal House de l'Institut Français à Hô Chi Minh-Ville.

Il existe des lieux où Nguyễn Kiều Lam estime qu'il n'y a rien à ajouter. Cette retenue caractérise sa pratique : privilégier le contexte, l'expérience humaine et ce qui existe déjà. Cette philosophie traverse toute son œuvre, des expérimentations sur le papier Dó et les mailles métalliques jusqu'à la réutilisation des mêmes ensembles de matériaux à travers plusieurs projets, portés par le regard unique de Nguyễn Kiều Lam.

Apprendre de la matière

Vous travaillez souvent avec des matériaux légers et souples. Qu'est-ce qui vous attire dans ces matières ?

Avant tout, je tiens à préciser que le matériau n'est qu'un outil. C'est la structure qui m'importe. Ayant grandi avec une mère couturière, j'ai très tôt compris le dialogue entre le tissu et le corps. Un bon tailleur doit comprendre la structure anatomique avant même d'envisager l'esthétique du vêtement.

Aujourd'hui, j'aborde chaque matériau de la même façon. Ils possèdent chacun un potentiel spécifique. Les matières légères et souples permettent de créer des structures fluides et hautement modulables. Ce qui me passionne, c'est de comprendre leur logique interne pour en révéler de nouveaux possibles. Chaque espace naît d'une analyse contextuelle, et Nguyễn Kiều Lam cherche toujours à pousser les limites techniques de ses matériaux pour créer des espaces inédits.

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Above Nguyễn Kiều Lam au cœur de son processus créatif.

Combien de temps vous faut-il pour maîtriser une nouvelle matière ?

Je ne mesure pas cela en temps. Je suis passionnée par l'artisanat et je collectionne des matériaux variés. Lorsque j'en découvre un avec du potentiel, je l'expérimente, je l'observe, je le plie, je le courbe pour comprendre son essence. Avec Nguyễn Kiều Lam, ces recherches ne sont pas liées à un projet précis ; elles sont le fruit d'une longue observation. Ce n'est que lorsqu'un contexte s'y prête que je décide de les intégrer à l'espace.

Quelle est la difficulté majeure à transformer un matériau souple en une structure rigide ?

C'est une question de technique. La création technique et l'imagination sont indissociables. Souvent, c'est la technique elle-même qui dicte la forme et la manière dont l'espace s'exprime. Maîtriser la structure, c'est ouvrir une nouvelle voie pour que l'espace prenne vie.

Que signifie pour vous la “structure autonome du matériau” ?

C'est simple : un filet métallique, bien que souple, peut devenir autoportant simplement par le pliage ou la torsion. Il gagne en rigidité et en capacité de charge. C'est ce que j'appelle la structure autonome du matériau. Lorsqu'on saisit cette capacité, on peut laisser le matériau lui-même définir la morphologie de l'espace, comme Nguyễn Kiều Lam le fait régulièrement dans ses créations.

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Photo 1 of 8 Installation exposée à l'Université d'Architecture de Hô Chi Minh-Ville.
Photo 2 of 8 Installation exposée à l'Université d'Architecture de Hô Chi Minh-Ville.
Photo 3 of 8 Installation exposée à l'Université d'Architecture de Hô Chi Minh-Ville.
Photo 4 of 8 Installation exposée à l'Université d'Architecture de Hô Chi Minh-Ville.
Photo 5 of 8 Installation exposée à l'Université d'Architecture de Hô Chi Minh-Ville.
Photo 6 of 8 Installation exposée à l'Université d'Architecture de Hô Chi Minh-Ville.
Photo 7 of 8 Installation exposée à l'Université d'Architecture de Hô Chi Minh-Ville.
Photo 8 of 8 Installation exposée à l'Université d'Architecture de Hô Chi Minh-Ville.

Créer par l'émotion

Beaucoup vous qualifient de “tisseuse d'espace”. Qu'est-ce qui prime pour Nguyễn Kiều Lam : la forme, le matériau ou l'émotion ?

Le lieu est toujours ma priorité. Certains sites sont déjà si habités qu'il vaut mieux ne rien ajouter. D'autres exigent une nouvelle atmosphère. Ensuite vient l'émotion : comment le visiteur se sentira-t-il ici ? Je guide cette expérience par la lumière, les textures, les odeurs et les proportions. Nguyễn Kiều Lam veut que chaque projet soit un voyage émotionnel cohérent.

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Certaines œuvres ne cherchent pas à être spectaculaires, elles s'effacent pour mettre en valeur un objet. C'est le rôle du designer : observer et proposer la solution la plus juste plutôt que d'imposer une esthétique récurrente. Que ce soit sous la signature de Nguyễn Kiều Lam ou une autre, l'essentiel demeure cette capacité à dialoguer avec le lieu.

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Above La finesse des structures de Nguyễn Kiều Lam.
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Above Jeux d'ombre et de lumière par l'architecte.

Quelle place accordez-vous aux sens dans vos créations ?

Ils sont cruciaux. Nguyễn Kiều Lam conçoit chaque projet comme une expérience multi-sensorielle où le son, la lumière, la couleur et le parfum fusionnent. Si un projet nécessite une signature olfactive, elle devient le premier point de contact avec le visiteur. Mon objectif est de créer une expérience unifiée, bien au-delà de la simple appréciation visuelle.

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Photo 1 of 7 L'œuvre "Đối" (Đối - Confrontation) lors du City Tết Fest 2025.
Photo 2 of 7 L'œuvre "Đối" lors du City Tết Fest 2025.
Photo 3 of 7 L'œuvre "Đối" lors du City Tết Fest 2025.
Photo 4 of 7 L'œuvre "Đối" lors du City Tết Fest 2025.
Photo 5 of 7 L'œuvre "Đối" lors du City Tết Fest 2025.
Photo 6 of 7 L'œuvre "Đối" lors du City Tết Fest 2025.
Photo 7 of 7 L'œuvre "Đối" lors du City Tết Fest 2025.

La seconde vie des matériaux

Comment envisagez-vous la durabilité dans l'événementiel ?

La durabilité est un concept complexe. Pour Nguyễn Kiều Lam, cela commence par la responsabilité : réduire les matériaux dès la phase de design, optimiser la structure pour éviter les systèmes auxiliaires et favoriser le réemploi. Je cherche toujours à prolonger la vie des matériaux, leur offrant une seconde existence à travers de nouveaux usages après chaque projet.

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Above Nguyễn Kiều Lam au travail sur site.

Vous avez réutilisé une installation en papier Dó pendant plusieurs années. Comment cela a-t-il été pensé ?

C'est un exemple concret de ma gestion du cycle de vie des matériaux. Chaque réutilisation devient une nouvelle œuvre. Nguyễn Kiều Lam ne répète jamais le même projet, mais réinvente la forme. Tout est calculé pour permettre un démontage rapide et un impact environnemental minimal, préservant ainsi l'intégrité des espaces d'accueil tout en offrant une liberté créative totale.

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Above Le design épuré, signature de Nguyễn Kiều Lam.

Pour finir, quel est le besoin futur de nos espaces de vie selon vous ?

Je ne peux pas prédire l'avenir, mais je crois que l'homme restera toujours intrinsèquement lié à la nature. Peu importe l'évolution technologique, nous aurons toujours besoin de ce lien. Pour Nguyễn Kiều Lam, les matériaux ne sont que des instruments. Ce que nous rechercherons toujours, c'est le soleil, le vent et cette harmonie profonde avec notre environnement. C'est là que réside la véritable essence de l'architecture.

CRÉDITS
Direction artistique : Andy Trần
Photographie : Trí Nguyễn
Stylisme : Long Ngọc
Production : Joanne Dao
Rédaction : Quyên Hoàng, Nguyên Huy
Rédaction junior : Gia Phúc, Hồng An
Vidéo : Viet Hoang, Andrewng
Scénographie : Minh Đo
Design : Chau Duong, Dinh Gia Kiet
Retouche : Nét Retouch
Social : Pham Gia Khanh
Maquillage & Coiffure : Ngọc Ly, Chi Chi
Assistant photo : Lê Minh Quang
Assistant scénographie : Minh Trí, Minh Nhật
Assistant stylisme : Phúc Tín, Jayce
Assistants production : Ky Anh, Anh Bùi
Lieu : Cầu Bông Studio
Fashion : Armani Exchange, Môi Điên


Article issu de l'édition vietnamienne de Tatler, numéro de mai 2026.

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Nguyen Huy
Donateur, Tatler Vietnam
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