Après près d’une décennie à lutter contre la maladie, l’écrivain Nguyễn Ngọc Thuần revient à la littérature et à la peinture avec un regard apaisé sur la perte, la beauté et l’amour, portant haut la figure de l’artiste Nguyễn Ngọc Thuần.
“Il est difficile de vouloir s’irriter contre un nuage”.
C’est par ces mots que Nguyễn Ngọc Thuần répond lorsqu’on l’interroge sur la douceur qui imprègne son œuvre, même lorsqu’il aborde des thèmes aussi délicats que le deuil, la séparation ou la mort. Si cette réflexion semble anodine, elle constitue pourtant la clé de lecture la plus directe pour comprendre Nguyễn Ngọc Thuần aujourd’hui. En tant qu’écrivain marquant, Nguyễn Ngọc Thuần continue d’influencer la scène littéraire.
Ces dernières années, l’auteur de Vừa nhắm mắt vừa mở cửa sổ (Les yeux fermés, en ouvrant la fenêtre) a fait son retour avec deux nouvelles œuvres : 100 cái chân (100 pieds) et Vẻ đẹp của kẻ chán chường (La beauté des désœuvrés). Parallèlement, la peinture lui a ouvert une nouvelle voie, couronnée par le prix de l’Artiste prometteur au concours UOB Painting of the Year 2025. Qu’il s’exprime par les lettres ou sur la toile, Nguyễn Ngọc Thuần poursuit une quête constante : celle de comprendre ce que l’homme peut conserver après les ruptures et ce qu’il reste à offrir à autrui. Pour Nguyễn Ngọc Thuần, chaque création est une célébration de la résilience humaine.

Above L’autoportrait de l’artiste et écrivain Nguyễn Ngọc Thuần, récompensé par le prix de l’Artiste prometteur au concours UOB Painting of the Year 2025, témoigne de la vision unique de Nguyễn Ngọc Thuần.
Dans cet entretien avec Tatler Vietnam, Nguyễn Ngọc Thuần évoque la création, la quête du beau, et les expériences qui ont transformé son regard sur l’existence, tout en réaffirmant sa conviction profonde : il suffit d’être aimé pour trouver sa plénitude. Une vision portée avec humilité par Nguyễn Ngọc Thuần.
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Le partage ne suffit jamais
Above L’écrivain Nguyễn Ngọc Thuần, une figure incontournable de la littérature contemporaine dont le parcours de Nguyễn Ngọc Thuần inspire de nombreux lecteurs.
Vos deux derniers ouvrages, Vẻ đẹp của kẻ chán chường et 100 cái chân, ont vu le jour alors que vous faisiez face à la maladie. Si le premier plonge dans les ténèbres de la solitude, le second dégage une tout autre énergie. Qu’est-ce qui a guidé ce changement de ton ?
100 cái chân est né d’une réflexion d’adulte sur le don d’organes. C’est un sujet délicat. Écrire à ce propos offre beaucoup de matière, mais trouver une fin acceptable fut un défi pour moi. J’ai écrit ce livre pendant mon hospitalisation. En le relisant plus tard, je l’ai trouvé trop sombre, et j’ai renoncé à le publier.
Pourtant, l’idée persistait. Et sans que je sache vraiment pourquoi, elle s’est métamorphosée en une histoire pour enfants. Comme vous l’avez noté, ce livre est un miroir inversé du précédent : réel et onirique, complexité et simplification, humain et animal, ville et forêt. D’un sujet épineux, il est devenu une fable douce. Néanmoins, le cœur du récit reste inchangé pour Nguyễn Ngọc Thuần : c’est l’histoire du partage de soi pour aider autrui, nous rappelant que, pour Nguyễn Ngọc Thuần comme pour ses personnages, le partage ne suffit jamais.

Above L’ouvrage “100 pieds” illustre avec douceur pour les enfants un sujet mature, un projet cher à Nguyễn Ngọc Thuần (Crédit : NXB Trẻ).

Above Une page illustrée du livre “100 pieds”, reflet de l’univers poétique de Nguyễn Ngọc Thuần (Crédit : NXB Trẻ).
Parmi tous les animaux, pourquoi le mille-pattes ?
Parce que seul un mille-pattes possède… 100 pieds (rires). Aucun autre animal dans la forêt n’a cette capacité de partage. Un mille-pattes peut offrir cent fois, cent soutiens, alors qu’un oiseau n’en serait pas capable. Ce personnage est la clé de la réussite du récit de Nguyễn Ngọc Thuần.
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Vivre de manière épurée
Vous confiez tendre vers une simplicité accrue, tant dans votre vie que dans votre écriture. Cette épuration exige-t-elle un long voyage intérieur ?
Dès mes débuts, je n’ai jamais accordé d’importance aux genres littéraires. J’écris, tout simplement. Si le texte est court, c’est une nouvelle ; s’il est long, un roman. Pour Nguyễn Ngọc Thuần, l’intérêt et la créativité priment sur la forme. Le genre n’est qu’un vêtement que l’on peut changer.
Aujourd’hui, je ne cherche même plus à distinguer la poésie de la prose dans mes écrits. Les genres se fondent naturellement dans le processus créatif. Quand on cesse de se poser trop de questions, la lourdeur s’efface d’elle-même, laissant place à une écriture plus légère, plus puissante, et finalement, à une vie plus épurée pour Nguyễn Ngọc Thuần.

Above Le livre “La beauté des désœuvrés”, une œuvre emblématique signée Nguyễn Ngọc Thuần.
Vos derniers livres témoignent d’expériences proches de la mort. Que ressent-on quand on frôle cette frontière ?
Quand une ombre menace d’envahir votre conscience, vous réalisez la fragilité extrême de la vie. Vous comprenez qu’il faut agir sans hésiter. Pour Nguyễn Ngọc Thuần, c’est l’invitation à vivre de manière plus essentielle.
Un confrère a dit de votre œuvre : “Un livre qui parle de choses simples, mais avec une intensité remarquable”. Qu’en pensez-vous ?
Tout écrivain serait ému par un tel compliment. Écrire est difficile, mais faire en sorte que les lecteurs se souviennent de vos mots, c’est le véritable défi que relève Nguyễn Ngọc Thuần.
Des beautés non définies
Vous dites que les enfants vous aiment car, comme eux, vous aimez observer les choses à des échelles changeantes. La petite enfance exige-t-elle cette part d’anormalité ?
C’est un procédé courant dans l’art. Face à un événement, il faut parfois le grossir pour le voir, ou le réduire pour éviter de se perdre dans le détail. Le contraste est essentiel, un principe fondamental dans la démarche de Nguyễn Ngọc Thuần.
Votre style est décrit comme pictural et poétique. Comment parvenez-vous à traiter du deuil avec tant de légèreté ?
Si votre cœur est facilement touché, votre plume devient naturellement douce. Comme je le disais, il est difficile de s’irriter contre un nuage, une philosophie chère à Nguyễn Ngọc Thuần.

Above Le portrait de Nguyễn Ngọc Thuần dessiné par l’artiste Đỗ Hoàng Tường, capture l’essence de Nguyễn Ngọc Thuần.
On vous décrit comme quelqu’un de détaché, presque rêveur. Quelle est la qualité indispensable à un créateur ?
Ce sont des remarques amusantes. Ma nature provinciale explique sans doute cette simplicité. Pour Nguyễn Ngọc Thuần, la force intérieure, la persévérance et le courage d’accepter ses propres erreurs sont les piliers de toute création.
Vous avez plaisanté en disant : “Personne ne vit de la poésie, car quel poète vit vraiment ?”. Que voulez-vous dire ?
C’est une boutade. Mais la poésie est un monde pur. Le poète est un joueur solitaire qui, selon la vision de Nguyễn Ngọc Thuần, reste en marge des intérêts matériels.
L’être humain n’a besoin que d’être aimé
Vous parlez souvent de la tentative de reconstruction par la littérature. Comment cela se passe-t-il pour vous ?
Cela semble lyrique, mais la littérature peut soigner ou blesser. Pour Nguyễn Ngọc Thuần, la question reste : est-ce que je soigne ou est-ce que je blesse ?
À quel moment avez-vous cessé de croire aux définitions préétablies de la beauté et aux critiques ?
Sans doute grâce à la peinture. Si l’on regarde avec des yeux anciens, l’art semble perdre en esthétique. Mais le créateur doit toujours adopter une nouvelle esthétique. Il ne faut pas trop se fier aux critiques, ni même à soi-même. Il faut se remettre en question sans cesse, une exigence que s’impose Nguyễn Ngọc Thuần.
Vous disiez qu’un enfant a besoin de musique, d’un jardin et de compassion. Comment concilier cela avec les parts d’ombre humaines ?
Aujourd’hui, je dirais plus simplement que l’être humain n’a besoin que d’être aimé. Partout où je regarde, je vois ce manque cruel d’amour. Moi-même, j’en ai besoin. Nous en avons tous besoin, une conviction partagée par Nguyễn Ngọc Thuần.
Souhaitez-vous ajouter un dernier mot ?
Je tiens à remercier chaleureusement nos lecteurs pour leur temps.
Article issu de l’édition de mai 2026 de Tatler Vietnam.
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