Yayoi Kusama, New York, United States, 2012 (Photo by Steve Eichner/WWD/Penske Media via Getty Images)
Cover Yayoi Kusama, artiste contemporaine aux ventes record, a surmonté de nombreux obstacles pour présenter son univers artistique unique au monde grâce aux œuvres de Yayoi Kusama.
Yayoi Kusama, New York, United States, 2012 (Photo by Steve Eichner/WWD/Penske Media via Getty Images)

La disparition de Yayoi Kusama marque non seulement la perte d'une artiste légendaire, mais aussi la fin d'un chapitre parmi les plus audacieux et vibrants de l'histoire de l'art contemporain. À travers son œuvre, Yayoi Kusama a redéfini notre vision du monde.

Des pois nés d'hallucinations enfantines aux “Infinity Mirror Rooms”, en passant par ses citrouilles emblématiques et son influence sur la mode et la culture populaire, Yayoi Kusama a véritablement marqué le monde. Pendant près d'un siècle, Yayoi Kusama a prouvé que les obsessions personnelles pouvaient devenir un langage universel.

Yayoi Kusama s'est éteinte à l'âge de 97 ans dans un hôpital de Tokyo, le 14 août 2026. Son studio a officiellement annoncé la nouvelle le 27 août, précisant que l'artiste a continué à peindre jusqu'à ses derniers instants, “ne lâchant jamais son pinceau”, explorant sans cesse les significations de l'amour éternel et de la spiritualité.

Cela conclut la vie d'une femme née en 1929 à Matsumoto, partie à New York pour trouver sa place dans un monde de l'art qui, à l'époque, laissait peu de place aux femmes asiatiques. Plus encore que ses succès, Yayoi Kusama a su anticiper les courants artistiques des décennies durant.

Voici 8 moments où Yayoi Kusama a bouleversé les codes, marqué l'art contemporain et laissé une empreinte indélébile.

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Above Dans cet entretien de 2015, Yayoi Kusama évoque sa jeunesse, l'opposition de ses parents face à sa vocation artistique et son départ pour New York. Elle explique son processus créatif et sa surprise constante devant les résultats qu'elle obtient.

1. Transformer ses traumatismes en un univers de “Self-Obliteration” grâce à Yayoi Kusama

Aujourd'hui, il est impossible de voir des points colorés sans penser à Yayoi Kusama. Pourtant, pour elle, les pois n'ont jamais été de simples motifs décoratifs.

L'artiste confiait avoir eu des hallucinations dès son plus jeune âge, voyant des fleurs et des motifs se multiplier jusqu'à couvrir son environnement. Ces expériences sont devenues le cœur de son concept de “self-obliteration” (auto-oblittération), un état où l'individu fusionne avec son environnement.

Yayoi Kusama a ainsi transformé une expérience interne en un langage universel : “Notre Terre n'est qu'un point parmi des millions d'autres dans l'univers. En effaçant notre nature et notre individualité par des pois, nous devenons partie intégrante de cet environnement infini.”

Son travail repose sur un paradoxe fascinant : plus elle multiplie les pois, plus le “moi” semble s'effacer.

Notre Terre n'est qu'un point parmi des millions d'autres dans l'univers.

- Yayoi Kusama -

2. “Infinity Nets” : quand la répétition devient un nouveau langage artistique pour Yayoi Kusama

Peu après son arrivée à New York en 1958, Yayoi Kusama commence sa série Infinity Nets, des peintures monumentales composées de courbes répétitives. Ce fut un moment charnière en octobre 1959, lors de sa première exposition solo américaine à la Brata Gallery, une galerie gérée par des artistes.

Yayoi Kusama y présente cinq toiles monochromes blanches, densement recouvertes de milliers de petits arcs et demi-cercles. Ces motifs créent une illusion d'optique, suggérant une structure qui s'étend au-delà du cadre. Cette pratique, née de ses expériences visuelles, a révolutionné la perception de la peinture.

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YAYOI KUSAMA AT HER NEW YORK STUDIO, 1961. IMAGE COURTESY YAYOI KUSMA INC. © YAYOI KUSAMA
Above Yayoi Kusama avec sa série “Infinity Nets” dans son studio new-yorkais, 1961 (Photo : YAYOI KUSAMA INC. © YAYOI KUSAMA)
YAYOI KUSAMA AT HER NEW YORK STUDIO, 1961. IMAGE COURTESY YAYOI KUSMA INC. © YAYOI KUSAMA

Le critique d'art Donald Judd a salué Yayoi Kusama dans le magazine ARTnews, la qualifiant de “peintre singulière” et acquérant même l'une de ses toiles pour 200 dollars. Ce succès a propulsé Yayoi Kusama sur le devant de la scène avant-gardiste, imposant les “Infinity Nets” comme sa signature artistique.

3. Transformer le mobilier en “Soft Sculptures” avec Yayoi Kusama

L'œuvre Accumulation No. 1 (1962) de Yayoi Kusama est une pierre angulaire de l'histoire de l'art contemporain.

Sur un fauteuil ordinaire, Yayoi Kusama a ajouté des centaines de formes cylindriques en tissu rembourré ressemblant à des phallus, créant une texture organique déroutante. Cette pièce est précurseur de l'art féministe : en utilisant un symbole masculin pour recouvrir un objet domestique, l'artiste réapproprie l'espace féminin.

Au-delà du message social, c'est aussi un travail thérapeutique pour Yayoi Kusama, qui utilisait la répétition pour surmonter ses phobies et ses angoisses liées à l'intimité sexuelle.

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Accumulation No. 1 ผลงานที่เป็นหมุดหมายสำคัญของ Yayoi Kusama ในการบุกเบิกแนวคิดศิลปะเชิงสตรีนิยม (feminist art) (ภาพ: MoMA)
Above “Accumulation No. 1”, une œuvre emblématique de Yayoi Kusama qui a ouvert la voie à l'art féministe (Photo : MoMA)
Accumulation No. 1 ผลงานที่เป็นหมุดหมายสำคัญของ Yayoi Kusama ในการบุกเบิกแนวคิดศิลปะเชิงสตรีนิยม (feminist art) (ภาพ: MoMA)

Présentée aux côtés d'artistes comme Andy Warhol, cette œuvre est désormais conservée au MoMA. Elle témoigne du génie de Yayoi Kusama pour fusionner psychologie, espace et puissance de la répétition.

4. L'“Infinity Mirror Room” : Yayoi Kusama invite le spectateur dans l'œuvre

L'œuvre Infinity Mirror Room—Phalli’s Field (1965) a changé la donne. En quittant la surface plane de la toile, Yayoi Kusama a créé une expérience immersive totale.

Dans cette salle tapissée de miroirs, des centaines d'objets rembourrés et couverts de points rouges se répètent à l'infini. Yayoi Kusama ne se contente pas de montrer un objet ; elle invite le spectateur à devenir lui-même une partie de la création.

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Yayoi Kusama in her breakthrough Infinity Mirror Room Phalli’s Field at the Castellane Gallery in New York in 1965
© Yayoi Kusama; Courtesy of Ota Fine Arts, Victoria Miro and David Zwirner; Photo: Eikoh Hosoe
Above Yayoi Kusama au sein de son chef-d'œuvre “Infinity Mirror Room—Phalli’s Field” à New York, 1965 (Photo : Eikoh Hosoe, © Yayoi Kusama)
Yayoi Kusama in her breakthrough Infinity Mirror Room Phalli’s Field at the Castellane Gallery in New York in 1965
© Yayoi Kusama; Courtesy of Ota Fine Arts, Victoria Miro and David Zwirner; Photo: Eikoh Hosoe

En jouant sur le reflet, Yayoi Kusama efface la frontière entre l'œuvre et l'individu, plongeant le visiteur dans son inconscient. C'est une immersion totale dans l'univers fragile et puissant de l'artiste.

5. “Narcissus Garden” : Yayoi Kusama interroge la valeur de l'art à la Biennale de Venise

Narcissus Garden (1966) est l'une des interventions les plus audacieuses de Yayoi Kusama. Inspirée du mythe de Narcisse, elle a installé des centaines de sphères en acier inoxydable poli.

Lors de la Biennale de Venise de 1966, où elle n'avait pas été officiellement invitée, Yayoi Kusama a déployé ces boules et les a proposées à la vente pour deux dollars chacune, avec une pancarte proclamant : “Votre narcissisme à vendre”.

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Yayoi Kusama with Narcissus Garden, 1966, installed in Venice Biennale, Italy, 1966 (ภาพ: https://smarthistory.org/yayoi-kusama-narcissus-garden/) (photo: Yayoi Kusama Studio) © YAYOI KUSAMA. Courtesy David Zwirner, New York; Ota Fine Arts, Tokyo/Singapore/Shanghai; Victoria Miro, London/Venice.
Above Yayoi Kusama avec “Narcissus Garden” lors d'une intervention non officielle à la Biennale de Venise, 1966 (Photo : smarthistory.org, © Yayoi Kusama)
Yayoi Kusama with Narcissus Garden, 1966, installed in Venice Biennale, Italy, 1966 (ภาพ: https://smarthistory.org/yayoi-kusama-narcissus-garden/) (photo: Yayoi Kusama Studio) © YAYOI KUSAMA. Courtesy David Zwirner, New York; Ota Fine Arts, Tokyo/Singapore/Shanghai; Victoria Miro, London/Venice.

Cette action était une critique cinglante du système capitaliste de l'art. Aujourd'hui, Yayoi Kusama est l'une des artistes les plus côtées au monde, une ironie dont elle a anticipé le potentiel dès 1966.

6. Yayoi Kusama fait sortir l'art de la galerie vers les espaces publics

À la fin des années 1960, Yayoi Kusama se lasse du “white cube” des galeries. Elle organise des performances publiques, les “Body Festivals” et “Happenings”, dans des lieux comme Central Park ou le pont de Brooklyn.

En utilisant des corps nus peints de pois colorés pour protester contre la guerre du Vietnam, Yayoi Kusama revendique la liberté sexuelle et politique, faisant de l'art un acte de résistance vivante et accessible à tous.

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ในปี 1967 Yayoi Kusama ได้จัดแสดง ‘Horse Play’ ซึ่งเป็นการแสดงสดที่จัดขึ้นในเมืองวูดสต็อก รัฐนิวยอร์ก สหรัฐอเมริกา โดยใช้สีลายจุดทาตัวเธอและม้าของเธอ ต่อมาก็ทาต้นไม้ ก้อนหิน และผู้เข้าร่วมคนอื่นๆ ขณะที่เธอเดินผ่านป่า (ภาพ: avantarte.com)
Above En 1967, Yayoi Kusama réalise “Horse Play” à Woodstock, recouvrant de points son propre corps, son cheval et la nature environnante (Photo : avantarte.com)
ในปี 1967 Yayoi Kusama ได้จัดแสดง ‘Horse Play’ ซึ่งเป็นการแสดงสดที่จัดขึ้นในเมืองวูดสต็อก รัฐนิวยอร์ก สหรัฐอเมริกา โดยใช้สีลายจุดทาตัวเธอและม้าของเธอ ต่อมาก็ทาต้นไม้ ก้อนหิน และผู้เข้าร่วมคนอื่นๆ ขณะที่เธอเดินผ่านป่า (ภาพ: avantarte.com)

Ses performances, éphémères et percutantes, ont révolutionné l'art contemporain en abolissant la distance entre l'artiste, l'œuvre et le public.

7. La citrouille, l'icône de Yayoi Kusama

Pour Yayoi Kusama, la citrouille est bien plus qu'un légume : c'est un symbole de chaleur et de réconfort né de ses souvenirs d'enfance à Matsumoto.

“Ce qui m'attire dans la citrouille, c'est sa forme humoristique, sa chaleur spirituelle et son aspect presque humain”, confiait-elle. Durant la Seconde Guerre mondiale, elles ont été une source de survie essentielle pour sa famille. Yayoi Kusama les a donc investies de son langage visuel, les couvrant de points pour les intégrer à son univers infini.

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Japanese Tourist and Yellow Pumpkin of Kusama Yayoi, Naoshima, Japan. (Photo by: Education Images/Universal Images Group via Getty Images)
Above La “Yellow Pumpkin” emblématique de Yayoi Kusama sur l'île de Naoshima, Japon (Photo : Education Images/Universal Images Group via Getty Images)
Japanese Tourist and Yellow Pumpkin of Kusama Yayoi, Naoshima, Japan. (Photo by: Education Images/Universal Images Group via Getty Images)

Aujourd'hui, ses citrouilles monumentales, comme celle de Naoshima, sont devenues des symboles mondiaux, incarnant la résilience et la capacité de Yayoi Kusama à transformer une image simple en une œuvre universelle.

8. Yayoi Kusama brise les frontières entre beaux-arts, mode et culture populaire

Bien avant que les collaborations artistiques ne soient la norme, Yayoi Kusama explore la mode dès 1968. Son travail avec Louis Vuitton, débuté en 2012 et réitéré en 2023, a porté ses pois et ses citrouilles à une échelle planétaire.

Yayoi Kusama ne s'est jamais limitée aux musées ; elle a créé un univers visuel global où l'art peut se porter, se visiter et s'admirer au quotidien.

En savoir plus : Visite à Louis Vuitton Osaka dans l'univers de Yayoi Kusama

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PARIS, FRANCE - JANUARY 12: A Yayoi Kusama sculpture is displayed on the top of the Louis Vuitton's Champs Elysees store, on January 12, 2023 in Paris, France. This Year the French Fashion house has launch a second collaboration with Yayoi Kusama.The first one was in 2012. The Yayoi Kusama x Louis Vuitton collection are now available in all Louis Vuitton's Stores Worldwide. (Photo by Edward Berthelot/Getty Images)
Above Sculptures de Yayoi Kusama au sommet du Louis Vuitton Champs-Élysées à Paris, 2023 (Photo : Edward Berthelot/Getty Images)
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COPENHAGEN, DENMARK - AUGUST 6: A guest is seen wearing a white Louis Vuitton x Yayoi Kusama Square bag with multicolored polka dots during Day Four of Copenhagen Fashion Week Spring/Summer 2027, outside the Iamisigo show on August 6, 2026 in Copenhagen, Denmark. (Photo by Moritz Scholz/Getty Images)
Above Un sac Louis Vuitton x Yayoi Kusama porté pendant la Fashion Week de Copenhague en 2026 (Photo : Moritz Scholz/Getty Images)
PARIS, FRANCE - JANUARY 12: A Yayoi Kusama sculpture is displayed on the top of the Louis Vuitton's Champs Elysees store, on January 12, 2023 in Paris, France. This Year the French Fashion house has launch a second collaboration with Yayoi Kusama.The first one was in 2012. The Yayoi Kusama x Louis Vuitton collection are now available in all Louis Vuitton's Stores Worldwide. (Photo by Edward Berthelot/Getty Images)
COPENHAGEN, DENMARK - AUGUST 6: A guest is seen wearing a white Louis Vuitton x Yayoi Kusama Square bag with multicolored polka dots during Day Four of Copenhagen Fashion Week Spring/Summer 2027, outside the Iamisigo show on August 6, 2026 in Copenhagen, Denmark. (Photo by Moritz Scholz/Getty Images)

En fusionnant luxe, mode et art, Yayoi Kusama a prouvé que l'art peut briser toutes les barrières commerciales pour toucher le cœur du public.

Une artiste qui a conquis les foules pour Yayoi Kusama

Avec plus de 570 000 visiteurs pour son exposition au NGV de Melbourne en 2024-2025, Yayoi Kusama confirme son statut d'artiste contemporaine la plus populaire de notre ère.

Above Retour sur l'exposition exceptionnelle de la National Gallery of Victoria (NGV) présentant plus de 180 œuvres de Yayoi Kusama à la fin de l'année 2024.

Qu'elle soit reine des pois ou pionnière de l'art immersif, Yayoi Kusama restera celle qui a su transformer ses angoisses en un monde où des millions de personnes souhaitent s'immerger. En devenant une icône mondiale, elle a prouvé que le langage des points et de l'infini est, avant tout, un langage d'humanité.

À propos de sa place dans l'histoire, Yayoi Kusama disait : “Je ne sais pas dans quelle catégorie les gens me rangeront après mon départ. Être une marginale, cela me convient aussi.”

Elle n'a jamais cherché à entrer dans une case ; elle a simplement créé son propre univers, invitant le monde entier à y entrer.

Si la reine des pois nous a quittés, son miroir infini continue de refléter l'humanité à l'infini.

Je ne sais pas dans quelle catégorie les gens me rangeront après mon départ. Être une marginale, cela me convient aussi.

- Yayoi Kusama -

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