Cover L'architecte japonais Hiroyuki Unemori, maître de l'architecture communautaire et de l'espace partagé.

L'architecte Hiroyuki Unemori estime que l'architecture est la voie privilégiée pour tisser des relations entre l'homme, l'environnement et le temps.

L'architecte japonais Hiroyuki Unemori a tenu une conférence publique au Musée Vũ Dân Tân (Hanoï) le 5 avril, afin de partager sa philosophie du design et de présenter ses créations les plus emblématiques. Titulaire d'une maîtrise de l'Université nationale de Yokohama, il a fondé son propre cabinet, Unemori Architects, en 2009. Il s'est rapidement distingué avec la Small House, qui lui a valu le 28e prix ShinKenchiku (Yoshioka) en 2012 et l'AR House Outstanding Award au Royaume-Uni en 2013. Il a par la suite remporté de nombreux prix pour le Sukagawa Community Center, et a récemment été sacré Jeune Architecte de l'Année par l'Institut des architectes du Japon (JIA).

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Above L'architecte Hiroyuki Unemori a travaillé pendant sept ans au sein du cabinet Taira Nishizawa avant de fonder sa propre agence. (Photo : ©︎Kawasumi)

Pour Unemori, l'architecture est le moyen de tisser des liens subtils entre l'humain, son environnement et le passage du temps. Chacune de ses réalisations, qu'il s'agisse d'une modeste demeure de 16 m² ou d'un vaste complexe public de près de 14 000 m², recherche un état d'équilibre et d'harmonie parfaite. En observant que la langue japonaise possède plus de 40 termes différents pour désigner la “pluie”, il souligne la sensibilité remarquable de son peuple aux moindres variations climatiques. Dans un même paysage, l'atmosphère se métamorphose à chaque altitude. “La majestueuse diversité de la nature a profondément imprégné mon approche de l'architecture”, affirme-t-il. Dès lors, il se demande inlassablement comment concevoir des espaces empreints d'une véritable singularité.

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Prenons l'exemple de sa toute première création, la Small House (2010) à Tokyo. Bien que son emprise au sol se limite à 16 m², chaque étage déploie un univers distinct, mariant avec élégance les volumes ouverts et fermés, les sphères communes et privées. Malgré cette surface restreinte, la résidence ne suscite aucune impression d'étouffement. D'immenses fenêtres baignent l'intérieur de lumière et de brise, procurant la délicieuse sensation de vivre en plein air. “L'opinion publique considère souvent qu'un espace exigu est un handicap, mais je ne partage pas cet avis. Vivant moi-même dans une petite maison, je n'y ressens aucune barrière : en un ou deux pas, je peux ouvrir une fenêtre et savourer l'air extérieur. Cette proximité immédiate avec la nature et ses semblables vient véritablement sublimer l'existence”, a confié l'architecte à Tatler.

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Above La remarquable façade de la résidence Houses achevée en 2022. Photo : Unemori Architects (Houses)

Cette architecture ingénieuse permet également aux propriétaires de moduler leur espace de vie au rythme des saisons. Ils privilégient ainsi la fraîcheur des étages inférieurs durant l'été, avant de trouver refuge dans les niveaux supérieurs, plus intimes et chaleureux, lors des mois d'hiver. Vivre en symbiose avec ces métamorphoses naturelles transforme intimement la perception du temps, qui cesse d'être une ligne fuyante pour devenir un cycle serein au gré du printemps, de l'été, de l'automne et de l'hiver.

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Une autre de ses approches emblématiques consiste à concevoir des étages et des plateaux de hauteurs variables, reliés par de superbes balcons, de vastes ouvertures et des escaliers. Cette vision magistrale s'incarne parfaitement dans le Sukagawa Community Center (2019), situé dans la préfecture de Fukushima.

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Above La splendide façade du Sukagawa Community Center (2019) dans la préfecture de Fukushima au Japon. Photo : ©︎Kawasumi
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Above Une autre perspective majestueuse de la façade du Sukagawa Community Center (2019). Photo : ©︎Kawasumi

Projet fondamental de la reconstruction qui a suivi la double tragédie de 2011 au Japon, le centre impressionne d'emblée par l'architecture de ses plateaux suspendus. Ces derniers limitent habilement l'usage de piliers et de poutres pour libérer un espace vaste et décloisonné. Les niveaux sont unis par de douces rampes inclinées qui offrent une continuité aussi fluide que visuelle. Arpenter ces allées s'apparente à une paisible randonnée en montagne, en symbiose totale avec les collines environnantes. Hiroyuki Unemori s'affranchit du cloisonnement strict des espaces selon leurs fonctions. Il privilégie des zones d'activités parallèles et communicantes dédiées à la lecture, à l'étude, au repos ou au jeu, que la communauté peut s'approprier librement selon ses envies.

De cette manière, l'ensemble du bâtiment fonctionne simultanément comme une bibliothèque et un lieu d'activités publiques. J'ai souhaité concevoir une œuvre où la connaissance et l'action coexistent en parfaite harmonie.

- L'architecte Hiroyuki Unemori -

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Above Les exceptionnels espaces d'activités parallèles et communicants au cœur du centre. (Photo : ©︎Kawasumi)
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Above Les douces pentes du bâtiment évoquent l'atmosphère paisible d'une randonnée en montagne. (Photo : ©︎Kawasumi)

L'architecte vise perpétuellement à concevoir des cadres qui encouragent l'interaction humaine. Son ambition est de réinventer ces fameux “espaces intermédiaires” (in-between spaces) qui florissaient jadis dans l'architecture de nos métropoles. Pour son projet Houses (2022), il a délicatement aménagé une ruelle entre sa propre demeure et celle de sa belle-sœur, créant ainsi une cour qui préserve l'intimité tout en réunissant les deux familles. Si l'harmonie globale et la structure spatiale de ces habitations se font écho, la disposition des pièces s'avère subtilement inversée. Ainsi, la salle à manger de l'une offre une vue apaisante sur le jardin de l'autre, mariant la proximité de la nature à un profond respect de l'intimité. “Nous évoluons dans une société de l'information où l'architecture se fait de plus en plus close et introvertie, ce qui exacerbe notre isolement. Il est donc primordial d'ériger des havres où les individus peuvent renouer et vivre ensemble, des espaces qui enlacent à la fois la nature et l'humain, empreints de nuances et de vitalité”, conclut-il avec passion.


Article publié initialement dans l'édition d'avril 2026 du magazine Tatler Vietnam.

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