Des chefs vietnamiens revenus après des années d’expatriation aux chefs internationaux ayant décidé de s’y installer durablement, le “Việt Nam” s’impose aujourd’hui comme un nouveau haut lieu du dialogue culinaire.
Un changement s’opère au sein des cuisines du “Việt Nam”. Ce n’est pas un mouvement bruyant qualifiable de “tendance”, ni un courant établi depuis assez longtemps pour devenir une école. Pourtant, cette évolution est palpable dans la manière dont les chefs parlent de leurs ingrédients, de leurs souvenirs et de leur volonté d’ancrage après avoir arpenté les grandes capitales gastronomiques du monde.
Partir pour redécouvrir son pays
Une génération de chefs vietnamiens a voyagé loin — de Paris à Copenhague, en passant par Tokyo et Barcelone — pour maîtriser les techniques, la précision et la rigueur de la haute gastronomie internationale. Pourtant, ils ont choisi de revenir au “Việt Nam”. Non pas pour copier l’Europe ou reproduire des cuisines étoilées au cœur de Saïgon, mais pour retrouver une essence plus subtile : leur identité.
À l’inverse, de nombreux chefs internationaux choisissent le “Việt Nam” comme destination de vie. Ce qui les retient, au-delà de la richesse des produits tropicaux ou du dynamisme du marché local, c’est le sentiment d’une terre encore fertile en possibilités créatives, où la gastronomie n’est pas encore corsetée par les normes pesantes des capitales culinaires saturées.
Entre ces retours aux sources et ces décisions de s’implanter, un nouveau chapitre de la culture culinaire au “Việt Nam” est en train de s’écrire.
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Above Le chef Việt Hồng, cofondateur de CieL Dining, pose pour une photographie illustrant la scène culinaire du “Việt Nam”. Photo : RABHUU
Lorsque le chef Việt Hồng s’est installé définitivement au “Việt Nam” en 2023 pour cofonder CieL, ce ne fut pas seulement l’ouverture d’un restaurant après des années à l’étranger. C’était l’aboutissement d’un parcours au sein des cuisines les plus influentes au monde — du Noma à Copenhague, à Sézanne à Tokyo, en passant par Disfrutar à Barcelone — et la réalisation que son ambition ne résidait pas dans la reproduction fidèle d’une cuisine étrangère.
Ayant débuté sa formation à Paris en 2015, Việt Hồng a imprégné son style de la technicité française, tout en étant profondément influencé par la philosophie centrée sur le produit des pays nordiques et la sobriété raffinée japonaise. Ce qui rend sa démarche intéressante au “Việt Nam”, c’est son refus des définitions rigides.

Above Un cliché capturant la finesse de la cuisine contemporaine au “Việt Nam”. Photo : RABHUU
Chez CieL, les convives demandent souvent si les plats sont d’inspiration française, japonaise ou autre. Pour Việt Hồng, sa cuisine est simplement le reflet de sa personnalité, un espace où il prépare ce qui le passionne réellement au “Việt Nam”.
La terre et la mer sont ses deux plus grandes sources d’inspiration. Des produits de l’océan aux richesses du terroir local, tout est traité avec la rigueur technique française sans jamais se limiter à une étiquette fixe. C’est une cuisine née d’un parcours transculturel où l’Orient et l’Occident s’harmonisent naturellement au “Việt Nam”.
La distance permet souvent de mieux comprendre ses racines. Pour beaucoup de chefs de cette nouvelle génération au “Việt Nam”, plus ils voyagent, plus ils réalisent que ce qui leur manque n’est pas le faste de la haute gastronomie internationale, mais le parfum des herbes fraîchement coupées, le goût du nuoc-mâm fermenté ou la douceur singulière des fruits de mer tropicaux.
Si Việt Hồng incarne une génération de chefs vietnamiens ayant exploré le monde pour revenir avec un regard global, le parcours d’Alain Phạm illustre, quant à lui, la quête d’une identité personnelle au “Việt Nam”, à la croisée de deux cultures.

Above Le chef Alain Phạm, figure montante de la scène gastronomique au “Việt Nam”.
Issu d’une famille franco-vietnamienne, Alain a grandi avec le souvenir des repas simples de sa grand-mère — ces saveurs rustiques qui ont inconsciemment ancré son amour de la cuisine. Son parcours professionnel s’est pourtant dessiné dans les temples de la gastronomie française : Le Cordon Bleu à Paris, l’Arpège, Le Taillevent, OLO à Helsinki ou encore l’École Ducasse.
Il y a appris la saisonnalité, la précision et la capacité à exprimer des émotions à travers l’assiette. Mais ce n’est qu’en revenant au “Việt Nam” pour cofonder Aiii House Saigon que ces pièces ont formé un langage singulier, idéal pour illustrer le renouveau culinaire au “Việt Nam”.

Above La cuisine raffinée mise en avant par le chef Alain Phạm au “Việt Nam”.

Above Une composition culinaire mettant en valeur le savoir-faire au “Việt Nam”.
La cuisine d’Alain au “Việt Nam” n’est pas une déclaration de fusion évidente. C’est un dialogue feutré entre ses souvenirs vietnamiens et sa rigueur française. Dans son traitement des produits locaux, il allie précision gastronomique et émotion asiatique, où le plat sert autant à nourrir qu’à évoquer.
Pour Alain, la cuisine est un art narratif. Chaque mets porte une strate de mémoire et d’identité. Comme beaucoup de ses pairs au “Việt Nam”, il ne cherche plus à séduire le monde par l’imitation de l’Occident, mais laisse les produits et souvenirs vietnamiens raconter leur propre histoire dans un langage résolument actuel.
Pourtant, le dynamisme actuel du “Việt Nam” ne repose pas uniquement sur ceux qui rentrent au pays, mais aussi sur ceux qui choisissent de s’y établir.
Ceux qui ont choisi de rester au “Việt Nam”
Le parcours d’Alessio Rasom ressemble à un roman d’aventure. Né à Vallonga, un petit village italien, il a grandi entre la boulangerie de son père et les forêts enneigées. Après avoir travaillé dans des restaurants étoilés à Paris, il a traversé dix-neuf pays à vélo sur 18 000 km.
En savoir plus : Le foyer de la culture nocturne au “Việt Nam”

Above Le chef Alessio Rasom, ambassadeur d’une cuisine internationale au “Việt Nam”.
Ce qui n’était au départ qu’une exploration mondiale est devenue une quête sur l’origine des ingrédients. Ses expériences de cuisine improvisée au “Việt Nam” et ailleurs ont transformé sa philosophie.
Arrivé à Đà Nẵng en 2022, il a été séduit par la proximité originelle entre les habitants, les produits et la vie quotidienne au “Việt Nam”.

Above Les créations culinaires d’Alessio Rasom, une touche italienne au “Việt Nam”.

Above Le soin apporté à la présentation des plats au “Việt Nam”.
Chez Si Dining au “Việt Nam”, il réinterprète les classiques italiens avec un respect profond pour son environnement. Ses raviolis au bœuf braisé intègrent le nuoc-mâm local, tandis que ses linguines à la truffe s’inspirent des saveurs complexes du Gia Lai. C’est un dialogue culturel authentique.
Dans de nombreuses métropoles saturées, la gastronomie est devenue prévisible. Le “Việt Nam” offre l’inverse : une énergie en plein essor, pleine d’espace pour l’expérimentation.
C’est sans doute la raison pour laquelle le chef Chi Joon Hyuk s’est installé au “Việt Nam” depuis cinq ans. Son parcours l’a mené du Japon au Canada en passant par les Philippines, forgeant son expertise technique. Mais c’est ici qu’il a pleinement révélé son identité.

Above Le chef Chi Joon Hyuk, figure clé de la gastronomie contemporaine au “Việt Nam”.
La singularité du chef Chi au “Việt Nam” réside dans son usage des produits locaux pour raconter une histoire à l’esprit coréen, dépassant toute notion de nationalité culinaire. Ses plats subliment le terroir du “Việt Nam” par une élégance rare.

Above L’esthétique minimaliste des plats d’ONVIT au “Việt Nam”.

Above Une alliance parfaite entre produits locaux et technique au “Việt Nam”.
Chez ONVIT, la cuisine au “Việt Nam” devient une conversation entre la Corée et le pays hôte.
L’intérêt actuel pour le “Việt Nam” ne tient pas à l’origine géographique des chefs, mais à leur désir croissant de s’inscrire dans la durée sur ce territoire.
Le “Việt Nam” comme carrefour gastronomique
Le “Việt Nam” n’est peut-être pas encore une capitale gastronomique aboutie, mais c’est ce chaos créatif qui fait son charme. Les scènes culinaires les plus captivantes naissent des mouvements en cours.
Aujourd’hui, les restaurants les plus en vue au “Việt Nam” ne cherchent plus à reproduire Paris ou Tokyo, mais plongent au cœur des ingrédients locaux, de la saisonnalité et de la culture du “Việt Nam” actuel.

Above Le renouveau de la scène culinaire capturé à Aiii House Saigon, au “Việt Nam”.
Entre menus dégustation, cocktails aux herbes locales et pâtisseries au cacao ou au café robusta, un langage culinaire se forme au “Việt Nam”. Une gastronomie qui n’appartient ni à l’Ouest ni à l’Orient, mais à ce “Việt Nam” moderne : multiculturel, ouvert et en perpétuel mouvement.
Certains chefs quittent le “Việt Nam” pour comprendre le monde et reviennent avec un regard neuf. D’autres arrivent et décident de prolonger l’aventure.
C’est au cœur de ces voyages que le “Việt Nam” s’impose comme l’un des dialogues culinaires les plus fascinants de toute l’Asie.
Article issu de l’édition Tatler Vietnam Vol.21
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