Cover Une sélection soignée des meilleurs ingrédients bruts pour une cuisine vietnamienne authentique et raffinée.

Le Vietnam, terre d'abondance, regorge de produits exceptionnels et d'épices variées. Si dans notre vie moderne, l'utilisation de produits industriels est devenue courante pour cuisiner et assaisonner, un repas préparé avec des ingrédients bruts locaux conserve, à bien y repenser, un attrait plus irrésistible que jamais.

 

Quand le palais se standardise

Une étude publiée dans la revue Public Health Nutrition (Cambridge) révèle que plus de 80 % des Vietnamiens utilisent du glutamate monosodique (GMS) en cuisine, avec une consommation moyenne d'environ 2,2 g par personne et par jour. Ce chiffre est nettement supérieur à la moyenne régionale. Le Vietnam figure d'ailleurs parmi les pays ayant la plus forte consommation de GMS en Asie et dans le monde, un exhausteur de goût plus communément appelé glutamate.

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Fut un temps où le glutamate provoquait un véritable engouement pour sa commodité et son faible coût, facilitant grandement la tâche en cuisine. Au cours des dernières décennies du XXe siècle, les foyers vietnamiens ont progressivement délaissé l'art minutieux du bouillon d'os mijoté de longues heures, lui préférant l'assaisonnement express au glutamate.

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Above Un bol de phở assaisonné avec de nouvelles épices pour une saveur optimale.

Un simple potage familial peut désormais se préparer en un clin d'œil avec des légumes, de la viande et des épices industrielles, bien loin de sa version originelle nécessitant un bouillon d'os longuement mijoté. De même, les marmites de phở fumantes au coin de la rue cachent souvent d'imposants sacs de glutamate. Outre le glutamate pur, les bouillons en poudre représentent une forme de GMS plus sophistiquée, gorgée d'exhausteurs de goût tels que les E621, E627 et E631. Quant aux sauces industrielles communément appelées nuoc-mâm, il s'agit en réalité de condiments liquides imitant la sauce de poisson, saturés des additifs susmentionnés et d'arômes d'anchois dits “naturels”.

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Above Une table à manger traditionnelle dressée selon les coutumes vietnamiennes.

Il faut l'admettre, le glutamate, les bouillons en poudre, les sauces industrielles, le piment en bouteille ou encore le sucre raffiné sont devenus, au fil des décennies, des incontournables dans presque toutes les cuisines vietnamiennes. Ils apportent cette richesse sapide et cette fameuse saveur umami qui, peu à peu, s'érigent en standard aussi bien pour les repas de famille que pour la cuisine de rue.

D'une certaine manière, c'est le reflet flagrant de notre rythme de vie moderne où l'on n'a plus le temps de patienter pour extraire la douceur naturelle d'un bouillon, ni d'apprécier la subtilité des ingrédients bruts ou des épices authentiques. La saveur se trouve ainsi “optimisée” en une formule reproductible à l'infini. Pourtant, dans cette quête de praticité, notre palais perd progressivement sa capacité à distinguer les nuances les plus délicates. Lorsque chaque plat atteint une “intensité standardisée”, tous finissent curieusement par se ressembler. Cette uniformisation dilue l'identité même des mets, les transformant en des créations aux goûts répétitifs, totalement déconnectés des véritables saveurs originelles.

Le mouvement vers les ingrédients bruts et épices pures

En toute objectivité, si ces condiments industriels sont utilisés avec parcimonie, ils facilitent incontestablement le quotidien des personnes pressées qui ne souhaitent pas s'attarder derrière les fourneaux. Toutefois, l'évolution des mentalités pousse aujourd'hui à une plus grande considération pour la santé et le bien-être, popularisant des approches alimentaires plus saines. Pour y parvenir, il est impératif de repenser nos habitudes à la base : de l'assaisonnement minutieux à la sélection d'une alimentation sûre, jusqu'aux méthodes de cuisson.

Le Vietnam s'illustre mondialement par la richesse inouïe de ses épices. Leur utilisation repose sur une philosophie profonde liée au yin, au yang et aux cinq éléments, chaque aromate s'accordant à des mets bien précis. Qu'il s'agisse d'acidité, de piquant, de sel, de sucre, d'amertume, d'astringence ou d'umami, ces saveurs authentiques sont omniprésentes et très accessibles. Avec un soupçon de créativité, le cuisinier peut aisément donner naissance à des plats dotés d'une véritable personnalité. Un poulet caramélisé à la sauce de poisson, des travers de porc à l'aigre-douce ou une soupe aigre de poisson ne requièrent nullement d'exhausteurs artificiels tant la nature nous offre une palette gustative généreuse.

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Above Le sucre de canne non raffiné lors de son processus minutieux de fabrication artisanale.
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Above Un aperçu exceptionnel d'un village centenaire spécialisé dans le sucre candi à Quảng Ngãi.

La gastronomie vietnamienne possède de véritables trésors d'assaisonnement. On peut citer le poivre de Phú Quốc, les piments de Trung Đoàn et le mélange chẩm chéo du Nord-Ouest, la mélasse de Nghệ An, le sucre candi de Quảng Ngãi, le gros sel marin de Nam Định (l'un des meilleurs sels bruts au monde), le sel de Cà Ná ou encore la légendaire sauce de poisson de Phan Thiết. S'y ajoutent les calmars séchés et les siponcles de Quảng Ninh, incomparables pour adoucir les bouillons, la sauce de soja Tương Bần du Nord, les pâtes de soja fermentées maison ainsi qu'une riche variété d'alcools de cuisson. Une fois ces ingrédients bruts magnifiés par des aromates tels que l'oignon, l'ail, le gingembre, la citronnelle, l'échalote, le galanga ou la lie de riz (mẻ), chaque repas se transforme en un festival de saveurs uniques, sublimé par le tour de main du chef.

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Above Les fameux grains de poivre noir de Phú Quốc.
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Above Les siponcles séchés, parfaits pour rehausser naturellement la saveur des bouillons.

Actuellement, ce retour aux sources semble surtout s'observer dans certaines cuisines familiales et au sein de restaurants gastronomiques haut de gamme. De nombreux établissements de restauration et foyers restent profondément attachés aux exhausteurs de goût, dont la saveur leur est désormais familière. Néanmoins, cette transition est un signal très positif en faveur du rétablissement d'habitudes alimentaires saines, privilégiant la qualité jusque dans les moindres détails. Si l'on prend soin de sélectionner des légumes frais, de la viande et du poisson de première qualité, il est tout naturel de les sublimer avec les meilleurs condiments locaux. Par ailleurs, cet engouement renouvelé pour les épices et les ingrédients bruts vietnamiens contribue activement au rayonnement de ces productions. En les traitant comme de véritables spécialités, en élaborant des modèles économiques durables et en stimulant la demande, on offre une sécurité inestimable aux agriculteurs et producteurs, favorisant ainsi la pérennité de ce patrimoine culinaire exceptionnel. Il est grand temps que le poivre de Phú Quốc et le sel marin de Nam Định brillent sur la scène internationale, à l'instar du poivre de Tellicherry d'Inde ou du sel de Maldon britannique.

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Above Le sel marin de Nam Định méticuleusement récolté lors de sa production traditionnelle.

Forgeant son identité selon les terroirs et les climats, chaque région vietnamienne cultive ses propres spécificités gastronomiques. Revenir à une cuisine épurée, c'est finalement se reconnecter aux racines profondes qui ont façonné l'essence même de l'art culinaire vietnamien.

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