Lors de la Journée nationale de l’innovation 2026, intitulée “L’innovation : moteur du développement pour toute la société”, les intervenants se sont penchés sur une question cruciale : comment transformer cette émulation en résultats concrets pour l’économie, plutôt que de se limiter à un simple foisonnement d’initiatives et de programmes.
Le vice-Premier ministre Hô Quoc Dung estime que le Vietnam aborde une nouvelle phase de développement avec des ambitions de croissance soutenues. Cet objectif de croissance à deux chiffres exige une profonde transformation des méthodes de développement et la recherche de nouveaux leviers de croissance. L’innovation est ici un pilier essentiel.
Il souligne que l’innovation doit se mesurer par des résultats tangibles spécifiques à chaque secteur. Pour l’économie, il s’agit de productivité, de valeur ajoutée et de compétitivité. Pour l’État, cela concerne la qualité de la gouvernance et des services publics. Pour les entreprises, l’innovation se traduit par l’application technologique, l’efficacité accrue et la création de nouveaux produits. Enfin, pour les citoyens, le résultat ultime est l’amélioration de la qualité de vie grâce à cette dynamique de créativité.
Le Vietnam a bâti un solide écosystème d’innovation regroupant des centres dédiés, des universités, des fonds d’investissement et des structures d’accompagnement. Toutefois, le taux d’entreprises locales intégrant réellement l’innovation demeure modeste, tandis que les marchés technologiques nécessitent d’importants développements. L’accent est désormais mis sur le passage d’une “activité d’innovation” abstraite à des résultats concrets, plaçant l’entreprise au cœur de ce processus.
Lire aussi : Le commerce mondial à l’ère d’une nouvelle incertitude

Above Un moment d'échange privilégié lors de la Journée nationale de l'innovation 2026.
L’Indice d’innovation provinciale (PII) de 2026 offre un panorama précis de ces capacités créatives au niveau local.
Hanoï maintient sa position de leader national avec 18 indicateurs de premier plan. Ho Chi Minh-Ville suit de près, affichant des résultats de premier ordre en matière de développement socio-économique. Haï Phong, Quang Ninh et Bac Ninh intègrent le top 5. Si ces chiffres témoignent d’une innovation réelle, le défi majeur reste la conversion de ces atouts en retombées économiques et technologiques probantes.
L’expérience de Singapour en matière d’innovation
Edward Lim, directeur national de NUSX à l’Université nationale de Singapour, note que la cité-État a engagé plus de 125 milliards de dollars singapouriens dans la recherche et l’innovation depuis 1991, dont 37 milliards dédiés au plan RIE2030 pour les cinq prochaines années. L’investissement public dans ce domaine se maintient autour de 1 % du PIB.
Ces capitaux irriguent tout le cycle de développement technologique, de l’éclosion de l’idée à la commercialisation. La Fondation nationale pour la recherche coordonne les plans et le financement, tandis que les universités et les entreprises opèrent sur le terrain. Entre 2018 et 2023, les dépenses en R&D des entreprises singapouriennes ont bondi de 5,5 à 9 milliards de dollars singapouriens.

Above Les experts présentent des stratégies pour renforcer l'innovation durable.
Forte Biotech, une startup biotechnologique fondée par deux anciens étudiants de la NUS, en est une illustration parfaite. Grâce au programme GRIP, leurs recherches, fondées sur des brevets licenciés et soutenues par le financement de la NUS, ont donné naissance à des solutions de diagnostic rapide pour le secteur aquacole au Vietnam. S’inspirant de ce modèle, Edward Lim suggère au Vietnam de développer une mobilité des talents, de construire un système de soutien continu de l’idée au marché et d’utiliser des capitaux publics pour dérisquer le démarrage des startups.
De vastes opportunités pour le Vietnam
Christopher Nguyen, fondateur et PDG d’Aitomatic, estime que le Vietnam possède des ressources uniques : sa langue, sa culture et sa vision du monde. Avec la numérisation croissante des connaissances, ces ressources peuvent nourrir l’IA. Il voit une opportunité majeure pour le Vietnam de digitaliser et d’intégrer le savoir local dans le fonds de connaissances mondial, tout en développant des capacités d’IA basées sur ses propres données et sa culture.
Lire aussi : Le Cartier Cheich établit un nouveau record chez Sotheby’s Hong Kong

Above Le potentiel technologique du Vietnam en pleine mutation.
Dans le secteur manufacturier, le défi porte sur la valeur ajoutée locale. Selon le GII 2026, le Vietnam occupe une place prépondérante dans les exportations technologiques. Si le secteur des IDE a représenté 77,3 % du volume total des exportations en 2025, jouant un rôle moteur dans l’électronique, des acteurs comme Samsung Vietnam intensifient leur ancrage. Na Ki Hong, directeur général de Samsung Vietnam, précise que les ingénieurs du centre de R&D à Hanoï participent activement au développement de logiciels globaux. Le vietnamien est désormais l’une des treize langues prises en charge sur le Galaxy S24 Ultra. Samsung a également accompagné 91 entreprises via des projets d’usines intelligentes. Dans une usine de plasturgie à Bac Ninh, une solution de gestion de données a permis de porter le taux de respect des objectifs de 80 à 92 %, tout en réduisant le taux d’erreur de 12 % à 0,5 %. Ces exemples marquent un changement de paradigme vers une innovation qui crée une réelle capacité technologique locale.
L’innovation commence par la remise en question
Le ministre des Sciences et des Technologies, Vu Haï Quan, affirme que l’innovation réside dans la capacité à aborder des problèmes familiers sous un angle nouveau, à interroger les évidences et à transformer les idées en valeur concrète.
Il cite l’exemple de Nokia pour rappeler que les succès passés ne préjugent pas de l’adaptabilité future, tout en mentionnant DeepSeek comme une illustration de l’innovation dans le développement de l’IA. Singapour est également mentionné pour ses investissements technologiques ayant résolu la question de l’approvisionnement en eau avec NEWater.
Pour le Vietnam, le ministre estime que cette mentalité doit s’incarner dans une meilleure organisation spatiale, une efficacité accrue de l’appareil public et une gouvernance proche des citoyens, faisant de la science, de la technologie et de l’IA des moteurs durables.

Above Le ministre des Sciences et des Technologies, Vu Haï Quan, lors de son intervention.
Au niveau des entreprises, l’innovation doit partir des enjeux de productivité et des besoins clients. Pour les universités, il s’agit de créer un terreau fertile pour l’expérimentation. Pour les administrations, cela passe par une construction et une exécution politique adaptées. Face aux nouvelles problématiques, les autorités doivent proposer des mécanismes agiles, où les responsabilités, les délais et les résultats sont clairement définis.
Le Vietnam peut transformer ses ressources dédiées à la création en une valeur ajoutée significative et en une puissance technologique durable. C’est là tout le sens de cette transition : passer d’un système focalisé sur la quantité d’activités à la construction d’une véritable capacité créatrice au sein de l’économie.
DÉCOUVREZ AUSSI




