Cover Rencontre avec le dermatologue Dr Chiou Pin-Chi, l'expert qui met fin aux mythes de la beauté. (Photo via Dr Chiou Pin-Chi)

Fort de plus de vingt ans d'expérience dans l'éducation aux soins dermo-cosmétiques, le dermatologue Dr Chiou Pin-Chi est bien plus qu'un médecin de consultation : c'est un véritable pionnier des soins scientifiques et rationnels. Rédigeant depuis l'ère des forums BBS en 2003 jusqu'à la création de sa communauté “Happiness Skincare Academy” suivie par près de 160 000 personnes aujourd'hui, il s'efforce de décrypter la vérité derrière les produits de beauté. En faisant de l'éducation à la santé cutanée l'œuvre de sa vie, il a fondé la première clinique de consultation dermo-cosmétique de Taïwan, fait évoluer les normes de test des écrans solaires et assumé sa responsabilité sociale lors de crises sanitaires majeures liées aux cosmétiques.

L'aventure du Dr Chiou Pin-Chi dans l'éducation dermo-cosmétique a commencé presque par hasard. Après sa formation au sein du service de dermatologie de l'Hôpital national universitaire de Taïwan (NTUH), il y est resté pour diriger la très fréquentée clinique de l'acné. Outre les questions sur les traitements médicaux, ses patients l'interrogeaient fréquemment sur les détails de leur routine de soins : “Docteur, avec quoi dois-je me laver le visage ? Faut-il hydrater ma peau ? Comment protéger une peau grasse du soleil ?” se souvient le médecin. À l'époque, l'enseignement médical se concentrait principalement sur le traitement des maladies, laissant peu de place aux connaissances en matière de soins cutanés ou à la composition chimique des cosmétiques. Face à ces interrogations, sa curiosité a été piquée, l'incitant à approfondir le sujet.

Afin de mieux intégrer cette dimension à la dermatologie, il a commencé par étudier les principes fondamentaux tout en s'appuyant sur son expérience clinique, avant de fonder à l'Hôpital NTUH la toute première clinique de consultation en dermo-cosmétique de Taïwan. Cette étape a défini la valeur fondamentale de sa carrière : considérer le soin de la peau comme une question sérieuse, digne d'être enseignée et largement diffusée. “Lorsque nous comprenons les caractéristiques de notre propre peau et le lien entre la formulation des produits et nos besoins cutanés, nous pouvons éviter les dommages inutiles causés par de mauvaises pratiques,” explique-t-il.

C'est ainsi qu'a débuté un parcours éducatif de plus de vingt ans. Des forums BBS aux newsletters, en passant par les blogs, l'édition de livres, la création d'une page Facebook, d'un compte Instagram et de cours vidéo en ligne, son engagement n'a jamais faibli. Aujourd'hui, sa communauté “Happiness Skincare Academy” rassemble près de 160 000 abonnés, témoignant de la confiance et du soutien accumulés au fil des années.

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Ne laissez pas le marketing extravagant exacerber l'anxiété collective

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Above Ne laissez pas les stratégies marketing extravagantes exacerber l'anxiété collective. (Photo via Getty Images)
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De l'ère des blogs à celle des médias sociaux d'aujourd'hui, le Dr Chiou Pin-Chi observe un phénomène paradoxal : bien que le grand public soit plus désireux que jamais de comprendre les soins de la peau et la composition des produits, le quotient intellectuel en matière de soins cutanés, ou “Skin Care IQ”, ne s'est pas amélioré avec l'abondance d'informations. “Avant, on ne savait pas où s'informer ; aujourd'hui, on veut apprendre mais on ne sait plus qui écouter !” souligne-t-il.

Il fait remarquer que les informations exactes, souvent moins accrocheuses, ont tendance à se perdre. Elles sont remplacées par des données erronées, des affirmations exagérées et trompeuses propagées par des influenceurs beauté, des groupes privés, des ventes en direct ou des communautés d'achat groupé. Lorsque le public s'habitue à rechercher des “effets miracles” et des “transformations instantanées”, les soins de la peau se transforment facilement en une tendance ritualisée, dictée par des slogans. En a-t-on vraiment besoin ? Est-ce sûr ? Est-ce adapté à sa propre peau ? En réalité, rares sont ceux qui prennent le temps de réfléchir clairement à ces questions. Ce n'est qu'en acceptant de faire une pause pour analyser les messages reçus et acquérir des connaissances professionnelles pertinentes que les consommateurs pourront reprendre le contrôle de leur routine de soins.

Les ingrédients à la mode ne sont pas forcément adaptés à votre peau

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Above Les ingrédients cosmétiques populaires ne conviennent pas nécessairement à tous les types de peau. (Photo via Unsplash)

Comment le Dr Chiou Pin-Chi perçoit-il l'engouement actuel du marché pour l'anti-âge et les routines complexes des produits haut de gamme ? Il souligne que le terme “anti-âge” n'a pas de définition stricte sur le plan réglementaire. Dès lors qu'une démarche permet de rendre la peau plus saine et d'atténuer les signes de vieillissement, elle peut être qualifiée d'anti-âge. Cette approche doit s'opérer de l'intérieur vers l'extérieur et reposer sur des concepts justes inculqués dès le plus jeune âge. Il rappelle également que l'utilisation de produits cosmétiques n'est qu'une facette du traitement global contre le vieillissement cutané. Sur le plan clinique, il est souvent nécessaire de combiner ces soins avec des traitements médicaux et des procédures de médecine esthétique pour obtenir des résultats optimaux.

Qu'en est-il de tous ces “ingrédients stars” : votre peau en a-t-elle véritablement besoin ? Rétinol, PDRN, cellules souches, exosomes, facteurs de croissance... de nouvelles tendances émergent régulièrement. Cependant, le médecin prévient : “L'essentiel est de savoir s'il existe suffisamment de données documentées prouvant la sécurité et l'efficacité de ces composants.” Des ingrédients tels que la vitamine C, le niacinamide (vitamine B3), le panthénol ou les acides de fruits bénéficient d'une littérature scientifique abondante, ce qui permet de les utiliser en toute sérénité. En revanche, pour de nombreux nouveaux extraits ou composants biotechnologiques dont la validation clinique est encore en cours, il reste difficile d'évaluer les risques et l'intérêt d'une utilisation prolongée. “Vous pouvez choisir le pragmatisme ou préférer suivre la tendance, mais vous devez savoir précisément quel choix vous faites et en assumer la responsabilité,” ajoute-t-il.

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Above Le médecin rappelle qu'il est indispensable de s'informer pour discerner la vérité derrière les promesses des cosmétiques. (Photo via Unsplash)

Déchiffrer la réalité qui se cache derrière les discours marketing exige un véritable apprentissage. Comme il le souligne fort justement, tout au long de notre éducation, aucun cours ne nous apprend spécifiquement à prendre soin de notre peau ou à comprendre la composition des cosmétiques. C'est d'autant plus regrettable que ces produits font partie intégrante de notre quotidien à l'âge adulte, sans que nous les connaissions véritablement. S'il était possible d'intégrer ces connaissances dès le collège ou le lycée, le grand public serait bien mieux armé pour distinguer les simples arguments commerciaux des placements de produits ou des véritables informations scientifiques.

Une vocation née d'une passion et d'une profonde responsabilité sociale

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Above L'étude minutieuse des produits de soins est à la fois une passion et une vocation pour cet expert de la peau. (Photo via Dr Chiou Pin-Chi)

S'il a pu poursuivre ses efforts sans relâche pendant plus de deux décennies, c'est avant tout parce qu'il considère cette mission comme une véritable vocation, confie le spécialiste. Au-delà de ses consultations, il cherche constamment des moyens de soulager les problèmes de peau par le biais d'ingrédients appropriés, tout en conservant une immense curiosité quant à la formulation des produits et la véracité de leurs promesses. Lorsqu'une activité devient une vocation, l'envie d'en apprendre davantage chaque jour finit par faire de cette quête de connaissances une partie intégrante de la vie quotidienne.

Sa motivation puise également sa source dans la “responsabilité sociale” inhérente à la profession de dermatologue. En tant que président de la Société Taïwanaise de l'Acné et de la Rosacée, il constate que ces deux affections représentent une part considérable des consultations dermatologiques, mais souffrent depuis longtemps d'un manque criant de sensibilisation systémique. Une information exacte peut parfois “sauver des vies” — par exemple, en identifiant enfin la cause des souffrances d'un patient atteint de prolifération d'acariens Demodex ou de rosacée neurologique. Guérir un problème de peau, c'est aussi apporter un soutien essentiel à un individu et à sa famille.

Le médecin rappelle une dernière fois l'importance de ne pas suivre aveuglément les tendances. L'essentiel réside dans le retour aux fondamentaux : un nettoyage adapté, une bonne hydratation, une protection solaire efficace, ainsi qu'une hygiène de vie saine incluant un sommeil de qualité et une alimentation équilibrée. C'est la clé d'une santé cutanée durable. Il appartient ensuite à chacun de développer son esprit critique. Si la majorité du public parvient à discerner le vrai du faux, les produits de haute qualité se multiplieront, créant ainsi un cercle vertueux sur le marché de la cosmétique. Enfin, la règle d'or consiste à chérir sa peau et à éviter les expérimentations hasardeuses. En cas de véritable problème cutané, les dermatologues restent les meilleurs alliés pour garantir la santé et l'éclat de votre peau.