Cover Marilyn Monroe possède deux visages : celui d'une femme transformée par l'industrie du divertissement en sex-symbol, et celui d'une artiste utilisant cette ère pour se libérer.

Marilyn Monroe possède deux visages : celui d’une femme transformée par l’industrie du divertissement en sex-symbol, et celui d’une artiste utilisant cette même ère industrielle pour se libérer.

Ce second portrait, reflétant avec une précision bien plus grande les aspirations d’une vie entière, demeure pourtant souvent occulté. Marilyn Monroe, bien plus qu’une simple icône, était une femme complexe à la détermination insoupçonnée.

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Entre marchandise et déesse

À la fin de l’année 1944, alors qu’elle travaille dans une usine de munitions, la jeune Norma Jeane Mortenson est repérée par le photographe David Conover. Un mois plus tard, elle quitte l’usine pour entamer une carrière de mannequin. Un an et demi après, elle signe son premier contrat avec 20th Century-Fox. Marilyn Monroe est née. Durant ses quatre premières années, elle jongle entre séances photos et petits rôles. Abandonnant sa timidité, elle se plonge dans l’apprentissage exigeant de la comédie.

Les studios la façonnent : dentition corrigée, chevelure platine, démarche étudiée. Ils créent le mythe de la bombe sexuelle ingénue pour des succès comme Niagara ou Les hommes préfèrent les blondes en 1953. Après sa disparition en 1962, l’industrie a continué de capitaliser sur l’image de Marilyn Monroe, cette “Marilyn Monroe” commerciale dont Andy Warhol a immortalisé le caractère déshumanisé à travers ses œuvres pop-art.

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Above Marilyn Monroe, incarnation ultime de la star hollywoodienne.

Mais Marilyn Monroe n’était-elle qu’une victime naïve ? Dans son autobiographie inachevée, My Story, elle confie : “Une actrice n’est pas une machine, mais ils vous traitent comme telle, comme un distributeur de billets.” Elle ajoute avec lucidité : “Hollywood est un endroit où l’on vous paie mille dollars pour un baiser, mais cinquante sous pour votre âme.”

Bien loin de l’image véhiculée, elle affirmait : “Je ne veux pas simplement gagner de l’argent, je veux devenir excellente.”

La publication de ses écrits personnels, Fragments, en 2010, a révélé une intellectuelle profonde. Ses carnets dévoilent une femme cultivée, analysant sans cesse sa psychologie, ses traumatismes et son obsession pour l’excellence artistique. Marilyn Monroe, derrière le masque, était une femme qui s’éduquait par elle-même, cherchant à transcender les limites imposées par l’industrie.

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Un produit de l’ère industrielle

La lutte de Marilyn Monroe pour son autonomie est souvent méconnue. Avant la révolution industrielle, la famille était une unité de production unie. Avec l’avènement des usines, les membres ont dû s’émanciper individuellement. Cette mutation a créé deux archétypes féminins : la ménagère aisée et l’ouvrière autonome. En fusionnant ces deux pôles, Marilyn Monroe est devenue, à travers la figure de Marilyn Monroe, le symbole parfait de cette ère industrielle, capable de capter chaque éclat de la modernité.

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Above L'élégance intemporelle d'une icône du XXe siècle.

Le succès de Marilyn Monroe vient de sa capacité à transcender ces divisions par le jeu. Son destin rappelle celui de sa mère, Gladys, une monteuse de cinéma dont la vie fut marquée par les épreuves et les instabilités psychiques. Marilyn, enfant habituée à errer dans les cinémas hollywoodiens, a appris à observer ces figures féminines pour mieux les réinterpréter. Elle a su jouer le rôle de la femme parfaite attendue par la société masculine, tout en préservant son intégrité intérieure.

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Above Marilyn Monroe dans toute sa splendeur glamour.

En 1954, elle opère un tournant majeur en quittant Hollywood pour New York afin d’étudier à l’Actors Studio et fonder sa propre maison de production. Ce fut une véritable insurrection. Durant cette période, Marilyn Monroe fut la synthèse parfaite : une intellectuelle, une femme d’affaires indépendante et une artiste maîtresse de son art. Ce combat pour l’autonomie trouve son apogée dans Les Désaxés (1961), écrit par Arthur Miller.

Le film dépeint la fin tragique d’une certaine Amérique libre, dévorée par l’industrie. Le personnage de Roslyn, interprété par Monroe, semble être une mise en abyme de sa propre quête existentielle. Le tournage, éprouvant, a révélé à quel point elle cherchait à échapper aux étiquettes que Marilyn Monroe, l’image médiatique, lui imposait.

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Above Une scène emblématique du film Les Désaxés sorti en 1961.

Qui était réellement cette icône ? Marilyn Monroe était-elle la femme la plus en phase avec son époque ou l’une des plus grandes inadaptées ? Elle se tenait, comme elle le disait, sur le fil du rasoir, au centre du navire industriel tout en étant en marge pour mieux observer le monde.

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Above Le recueil Fragments, dévoilant la pensée de Marilyn Monroe.

Aujourd’hui, après la publication de Fragments, le cinéma revisite cet écart entre Norma Jeane et le masque de Marilyn Monroe. Bien que certains films comme Blonde (2022) aient été critiqués pour leur vision passive de l’actrice, d’autres documentaires tentent de lui rendre sa voix. Ironiquement, Marilyn Monroe continue d’être réinterprétée, prouvant que cette Marilyn Monroe synthétique reste une figure omniprésente, poursuivant sans relâche son rôle d’icône éternelle.

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