Cover Des revêtements en velours, des sièges sculpturaux et des œuvres d'art soigneusement sélectionnées sous un lustre ancien dans le salon de ce magnifique appartement à Paris.

Budji Layug imagine un appartement à Paris qui allie avec fluidité patrimoine et modernité, fusionnant l'élégance classique au confort contemporain pour refléter un art de vivre subtilement ancré dans le passé et le présent.

Le design est perçu comme une démarche holistique, qui va bien au-delà de l'aménagement de l'espace ou du traitement des surfaces. L'architecture, les intérieurs, le mobilier et même l'art qui habite un lieu sont conçus ensemble, formant une expression unique et cohérente : le design intégré. Dans ce sens, une maison n'est achevée que lorsque chaque couche parle le même langage.

Cette philosophie a façonné cet appartement à Paris dès le départ. Plutôt que de considérer l'architecture comme une toile de fond statique et les intérieurs comme une simple décoration, le projet a été abordé comme une narration continue, où l'espace, la matière, la lumière et l'art évoluent dans un dialogue silencieux. Le résultat n'est pas une simple composition d'éléments, mais un tout vivant, façonné au fil du temps par l'intention, l'intuition et la manière dont il est habité.

Paris comme toile de fond

Paris dégage une atmosphère particulière de sophistication et de solennité. Son architecture, ses rues et son rythme sont façonnés par des siècles de culture, d'art, de mode et de rituels, imprégnés d'une retenue qui a appris à ne pas s'imposer. Travailler dans une telle ville ne consiste pas simplement à concevoir une maison, mais à répondre à un héritage.

L'appartement occupe un immeuble centenaire surplombant l'un des grands boulevards de la ville, caractérisé par des proportions généreuses, de hautes fenêtres et le rythme régulier de la vie urbaine. La lumière circule librement dans l'espace, offrant une ouverture rare au sein du tissu historique de Paris.

Cependant, l'intention n'a jamais été de reproduire l'iconographie parisienne. La ville a été absorbée plutôt qu'imitée ; ses sensibilités ressenties plutôt qu'exposées. Le design a évolué à partir de la vie quotidienne : la décontraction des terrasses de cafés qui débordent sur les trottoirs, l'équilibre entre élégance et simplicité, et la façon dont la beauté à Paris semble souvent vécue plutôt que mise en scène.

Dans ce contexte, l'appartement a été conçu non pas comme un monument dédié au patrimoine, mais comme un lieu de vie, un espace qui reconnaît l'histoire tout en permettant à la vie contemporaine de se dérouler naturellement.

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Above Le bureau a été minutieusement conçu pour le confort et la contemplation.

Les clients comme point d'ancrage

Si le bâtiment apportait un sens de l'histoire et que Paris offrait le contexte, ce sont les clients qui ont défini l'orientation générale du projet.

Le cahier des charges initial penchait vers l'élégance classique, une atmosphère rappelant les grands hôtels et le raffinement de l'ancien monde. Cela semblait être une réponse naturelle à la ville, un désir d'habiter un espace typiquement français. Pourtant, au fil des discussions, il est devenu évident que la vie des clients n'était pas uniquement définie par la formalité.

Cultivés, grands voyageurs et profondément sensibles à l'art et à la mode, ils ont un mode de vie à l'esprit contemporain : fluide, connecté et ancré dans le présent. Les comprendre exigeait plus que de simples traductions de références. Il fallait écouter la façon dont ils passent leurs journées, dont ils reçoivent, dont ils se déplacent dans l'espace, et comment ils souhaitent ressentir leur maison plutôt que de simplement la regarder.

Ce qui en est ressorti, c'est la prise de conscience que la réponse la plus authentique n'était pas de recréer un idéal classique, mais de le réinterpréter à travers un prisme moderne façonné par la vie réelle. La tradition n'a pas été abandonnée mais adoucie, autorisée à rester présente tout en étant insufflée de vitalité. L'élégance est devenue plus légère, les espaces se sont ouverts et ont gagné en fluidité, et la maison a commencé à refléter des rythmes que les clients n'avaient peut-être pas formulés auparavant, mais qu'ils ont instinctivement reconnus une fois qu'ils y ont habité.

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Above Dans le vestibule, des moulures classiques, des finitions patinées et des formes modernes se partagent harmonieusement le même espace.

Le déploiement de l'appartement

Dès l'entrée dans l'appartement, de lourdes portes en acier ornées donnent un ton solennel. Instinctivement, on s'attend à des intérieurs imprégnés de tradition. Au lieu de cela, la première sensation est la légèreté. L'atmosphère bascule immédiatement lorsque l'appartement se révèle ouvert, énergique et maîtrisé : discrètement vivant.

Au cœur de la maison se trouve une grande pièce à vivre où l'architecture classique et le mode de vie contemporain trouvent leur expression la plus équilibrée. Un canapé bas unique dans un ton bordeaux profond introduit de la décontraction, ses proportions invitant davantage à la détente qu'à l'apparat. En dessous, un tapis en soie tissé à la main de la même teinte apporte chaleur et profondeur sur le parquet en point de Hongrie.

En face, des fauteuils en fer forgé habillés de cuir blanc immaculé côtoient une chaise Louis XVI retapissée dans un tissu gris doux, des pièces patrimoniales délicatement réinterprétées plutôt que conservées intactes. Au centre, une table basse en marbre Calacatta offre un point d'équilibre discret, permettant aux éléments environnants de dialoguer sans rivaliser. Une banquette incurvée en cuir ocre complète la composition, sculpturale mais profondément confortable.

La cheminée d'origine demeure le cœur de la pièce, préservée et empreinte d'une autorité silencieuse. Au-dessus, un lustre ancien confère de la grandeur, tandis que des appliques murales modernes dorées introduisent un rythme lumineux contemporain. Ici, le patrimoine ne rivalise pas avec la modernité ; il s'y fond, avec assurance et naturel.

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Above La cuisine et la salle à manger décloisonnées prolongent une approche moderne et fluide de l'art de vivre.

L'art enrichit ce dialogue à travers le temps. Des sculptures en bronze datant des années 1800 reposent à portée de main, leur présence étant davantage ressentie que proclamée. À proximité, un fossile d'ammonite de Madagascar introduit une tout autre échelle d'antiquité, mesurée non plus en siècles mais en millénaires. Ces objets sont tout simplement à leur place. En contraste, une peinture contemporaine de Budji Layug ancre le présent : audacieuse, immédiate et expressive. Ici, l'art n'est pas fait pour être admiré de loin, mais pour être vécu au quotidien.

Au-delà de la grande pièce à vivre, le bureau sert à la fois de prolongement et de refuge. Lorsqu'elles sont ouvertes, de doubles portes pliantes permettent aux espaces de vie de se fondre les uns dans les autres ; une fois fermées, la pièce devient intime et propice à la réflexion. Une table ronde en chêne gris, associée à des chaises modernes en cuir, favorise le travail et la conversation, tandis qu'un riche divan en velours introduit une note de détente. Une immense lampe à arc noire remplace le traditionnel lustre, renforçant le dialogue continu de l'appartement entre l'ancien et le nouveau.

Encadrant la cheminée, des photographies d'art en noir et blanc prises par l'auteur, représentant la tour Eiffel et le Louvre, font subtilement écho au cadre parisien de l'appartement. Aux côtés de la toile de Layug dans le salon, elles permettent au designer comme à l'architecte de laisser une empreinte personnelle, prolongeant la narration de la maison au-delà de l'espace lui-même.

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Above Une statue en bronze ancre la pièce tandis qu'une peinture de Budji Layug domine élégamment l'espace.

La cuisine et la salle à manger ouvertes perpétuent cette approche moderne de l'art de vivre. Historiquement, les appartements parisiens privilégiaient les salles à manger majestueuses, avec de longues tables pensées pour les réceptions formelles. Ici, la préparation des repas, les échanges et les rituels du quotidien prennent vie au sein d'un même espace généreux, favorisant la convivialité plutôt que le cérémonial.

Une table à manger ovale en pierre Verde Alpi accueille confortablement six à huit convives, entourée de chaises contemporaines laquées de noir. En hauteur, un lustre ancien apporte une grandeur feutrée, équilibrant l'aménagement moderne avec l'enveloppe classique. Des murs texturés aux doux tons jade et émeraude, associés à des éléments culturels superposés—paravents japonais, albâtre indien, chinoiseries peintes à la main—créent une composition qui semble à la fois pointue et merveilleusement naturelle.

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Above Des superpositions de lumière, de textures et de formes se déploient harmonieusement à travers l'espace de vie.
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Above Une jarre en albâtre indien est délicatement posée devant un paravent japonais antique d'une grande rareté.

Dans les quartiers privés, la chambre à coucher s'oriente vers la chaleur et la sobriété. Des tons dorés plus profonds et des finitions texturées créent une atmosphère enveloppante, tandis qu'un lit moderne s'accorde avec un mobilier ancien et des luminaires traditionnels. L'ambiance y est plus paisible, plus classique, offrant un véritable contraste avec la fluidité des espaces de vie.

Le luxe se révèle le plus intensément dans le réaménagement des zones les plus intimes de la maison. Des pièces entières sont consacrées à l'habillage et au bain, transformant des espaces autrefois restreints en environnements majestueux. Un vaste dressing devient un lieu de pause autant que de préparation, tandis qu'une salle de bain complète s'articule autour d'une baignoire sur pieds, adoucie par la présence de miroirs et d'un éclairage subtil.

Ensemble, ces espaces forment une maison qui ne met pas l'histoire en scène, mais la porte avec légèreté : raffinée sans rigidité, vivante sans désinvolture. Le passé et le présent y cohabitent naturellement, la culture s'intégrant sans heurts à la vie de tous les jours.

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Above Un dressing spacieux a été conçu non seulement pour son utilité, mais aussi comme un véritable espace de détente.

Une vision sur le long terme

Ce qui pourrait être le plus surprenant, c'est que cet appartement a été achevé il y a près de dix ans. Son sentiment d'aisance, de clarté et de pertinence n'est pas simplement une anticipation de l'avenir, mais a été validé par l'épreuve du temps.

Le modernisme nous a appris que la forme suit la fonction, un mantra qui a apporté discipline, logique et honnêteté au design. Ici, cette fondation reste intacte, mais elle est délicatement élargie. L'appartement offre une lecture plus humaine : la forme suit également le sentiment, modelée par le confort, la mémoire et l'expérience vécue.

Travailler aux côtés de Layug pendant cette période relevait moins de l'instruction que de l'immersion. Le design n'a pas été enseigné comme un système à suivre, mais assimilé comme une façon de voir, répondant à l'espace, à la matière, à l'histoire et à la vie avec une sensibilité et une confiance paisible. Les décisions étaient rarement expliquées de but en blanc ; elles étaient comprises par l'observation, la répétition et une confiance bâtie sur des décennies d'expérience.

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Above La chambre principale est pensée pour la quiétude, reflétant une atmosphère à la fois ancrée, intimiste et profondément classique.

Avec le recul, cet appartement s'apparente à une véritable masterclass silencieuse. Sa clarté, son équilibre et sa résonance émotionnelle perdurent non pas parce qu'il a anticipé les tendances, mais parce qu'il s'en est démarqué. Ce qui a commencé comme un mentorat est progressivement devenu une collaboration, puis un véritable partenariat de design, une conversation précoce qui allait se poursuivre, mûrir et finalement évoluer pour devenir l'actuel Studio BDJ.

À travers des époques anciennes ou nouvelles, à travers des disciplines ou des générations, l'appartement de Paris incarne une façon de travailler et de vivre qui ne cherche pas à se mettre en avant. Il perdure non pas parce qu'il visait à être intemporel, mais parce qu'il n'a jamais cherché à être autre chose.

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