Notre rédacteur régional montres et joaillerie nous dévoile les salons de la place Vendôme lors de la Paris couture week, où Boucheron grave le quartz fumé, Fred dévoile un diamant de 101 carats et Cartier garde quelques secrets pour septembre.
Paris a atteint 34 degrés la semaine de mon arrivée, et ce fut l'unique sujet de conversation. Dans les salons de la place Vendôme, la climatisation souffle un froid polaire, l'eau pétillante arrive avant même que vous ne soyez assis, et une règle tacite lie les rédacteurs : ne jamais mentionner l'apparence de quiconque passé le troisième jour. Dehors, la place est une plaque chauffante. On la traverse pourtant.
J'avais dix rendez-vous en trois jours. C'est la partie du travail qui est photogénique mais éprouvante, une succession de gants blancs, de plateaux de velours et de représentants des maisons scrutant votre visage pour capter l'instant précis où vous comprenez ce que vous tenez entre vos mains. Voici le récit de ce périple.
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Jour un : au nom de l'humain lors de cette Paris couture week
Boucheron à 16h30
Au 26 place Vendôme, où Claire Choisne a passé une décennie à redéfinir la notion de “haute joaillerie”. La collection Carte Blanche de cette année, intitulée “Human Being”, repose sur une idée simple mais magistralement exécutée : cinq colliers partageant un même plan architectural, chacun réalisé avec un savoir-faire distinct, si bien que la même silhouette se décline en cinq objets uniques.
Le collier en morganite intitulé “Light” vide la salle. Plus de 1 500 carats, pavés de diamants, pour environ 3 200 heures de travail. “Flower” arbore des peintures florales miniatures sur quartz rose, rehaussées de laque et de diamants. “Tattoo” utilise plus de 580 carats de quartz fumé, gravé à la main de motifs victoriens—une technique, confie Choisne, presque disparue. Elle voulait imaginer une pluie de diamants sur la peau. Elle a en réalité conçu une joaillerie vers l'invisibilité, où seuls les pierres et le geste de l'artisan demeurent.
Je suis reparti fasciné par la gravure plutôt que par les carats, un changement inhabituel pour une visite chez Boucheron lors de cette Paris couture week.
Jour deux : cinq maisons et aucune pause déjeuner
9h00, Hermès, dans l'imaginaire équestre
Commencer une journée de haute joaillerie à neuf heures du matin durant la Paris couture week est une violence, que je souligne avec affection. Hermès revisite le cheval tous les deux ans et trouve toujours de nouveaux territoires. Pierre Hardy l'exprime parfaitement : le cheval est à peine visible, mais son symbolisme habite chaque pièce. “Clou de Forge Lumière” réinvente le clou de maréchal-ferrant en diamants. “Étreintes” enlace des émeraudes exceptionnelles. Le jade noir évoque la texture d'un sabot, les diamants bruns la chaleur d'un pelage. “Lasso Disco” est aussi ludique que son nom l'indique. Tout s'articule, tout bouge.
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11h00, Buccellati, Serenissima
De l'abstraction parisienne à la dentelle vénitienne en un trajet de taxi. Buccellati magnifie l'orfèvrerie de la Renaissance : or gravé, ajouré, diamants qui se font discrets. Le bracelet manchette, orné de près de 14 carats de diamants taille rose, se pose sur le poignet avec une légèreté déconcertante. C'est le tour de force historique de la maison, et il continue de m'envoûter lors de cette Paris couture week.
12h00, Damiani, Arte Maestra
Huit œuvres d'art transformées en bijoux, un concept qui m'a initialement rendu sceptique. Damiani a repris des chefs-d'œuvre de Botticelli, Monet, Van Gogh ou encore Hokusai, pour reconstruire chaque bijou comme une œuvre fidèle et indépendante. “La Grande Vague” a balayé mes doutes : sa houle est construite de diamants, saphirs bleus et tourmalines Paraíba, avec le mont Fuji représenté par un unique diamant triangulaire. La Paris couture week ne cesse de nous surprendre.
14h00, Mikimoto, L'Éclat
La maison perlière japonaise a capturé le cosmos — aurores boréales et lueurs abyssales. Les perles Akoya se marient aux tourmalines, émeraudes et saphirs. Une broche d'épaule est ancrée par une aigue-marine de 100 carats. J'ai aperçu Michelle Yeoh saluant Ken Watanabe comme de vieux amis. Mikimoto a passé des milliers d'heures à architecturer la lumière stellaire.
17h00, Van Cleef & Arpels, Fascinating Egypt
La maison explore l'Égypte depuis 1910. Cette collection est l'aboutissement d'une fascination centenaire. Motifs lotus, géométrie Art déco et le collier “Beauté Légendaire” centré sur un diamant jaune fancy vivid de 10,02 carats. Le clip “Plume de Vie” est la pièce pour laquelle je pourrais lutter : une prouesse d'émeraudes, rubis, saphirs, corail et onyx sur or blanc, rose et jaune.
Jour trois : soleil, serre et triangle lors de la Paris couture week
13h00, Fred, Monsieur Fred Golden Light
Fred célèbre ses 90 ans avec cette trilogie traçant la lumière de la Riviera française. Le collier “Soleil d'Or” met en scène un diamant jaune fancy intense de 101,57 carats, réintégré dans le patrimoine de la maison. Cette pièce, sertie de plus de 1 000 diamants, ne sera pas vendue, ce qui souligne le caractère exceptionnel de la haute joaillerie présentée durant cette Paris couture week.
14h30, Chaumet, A Journey Through Nature
Chaumet puise dans les serres de l'impératrice Joséphine pour organiser 46 pièces autour des thèmes botanique, épicé et aromatique. Le collier “Vanilla Flower” culmine avec un diamant taille D flawless de 10,71 carats. En amateur de café, j'ai été séduit par cette interprétation inédite des arômes intégrée à l'univers du diadème lors de cette Paris couture week.
J'ai enfin vu “Le Chœur des Pierres” de Cartier. Cette collection de plus de 125 pièces uniques, portée par la vision de Jacqueline Karachi-Langane, place la pierre au centre de la création. Le collier “Tutti Kanya” ou la bague “Auralis” témoignent de cet engagement envers l'authenticité des gemmes. Certaines pièces restent secrètes jusqu'en septembre : il faudra revenir pour en découvrir davantage.
19h00, Vhernier, collection Freccia
Vhernier conclut cette Paris couture week avec une géométrie pure, revisitant le triangle. L'alternance d'or blanc poli et de pavé, complétée par la technique des trasparenze (cristal de roche sur jade ou lapis-lazuli), offre un jeu de couleurs et de lumières fascinant.
Cette édition a confirmé l'omniprésence de la couleur dans la haute joaillerie. Mais au-delà des pierres, c'est le savoir-faire qui prime : gravure chez Boucheron, trasparenze chez Vhernier, ou héritage chez Chaumet. La rareté est devenue le véritable luxe. Nos collectionneurs en Asie l'ont bien compris, privilégiant l'origine et la provenance des pierres. Paris, en cette semaine de juillet, a su répondre à ces exigences avec brio lors de la Paris couture week.






















































