Cover Cette conversation entre le créateur Lâm Gia Khang et Tatler Vietnam explore son parcours créatif, sa vision de la mode vietnamienne dans un contexte international et l'intégration de l'esprit local dans ses designs.

Avec plus d'une décennie consacrée à la mode, le créateur Lâm Gia Khang a bâti sa marque par la persévérance, affinant chaque coupe et détail artisanal. Cette conversation avec Tatler Vietnam dévoile son parcours créatif, sa perspective sur le design vietnamien sur la scène internationale, et comment l'esprit local imprègne chaque création tout en conservant une empreinte personnelle distincte.

Avancer avec l'impulsion de la jeunesse

Khang, comment vous percevez-vous en 2025 après tant d'années dans le métier ?

En 2025, je choisis un rythme de travail qui inclut des pauses pour observer davantage. Auparavant, j'avançais avec l'impulsion de la jeunesse, voulant toujours aller de l'avant, prouver ma valeur et ouvrir de nouveaux territoires. Chaque décision était influencée par ce désir de progression constante. Aujourd'hui, je privilégie l'ordre dans le processus. Je choisis de conserver l'essentiel plutôt que de multiplier la quantité. Face à un croquis, je me concentre sur la coupe et la structure, voyant cela comme une relecture de moi-même. Ma boussole actuelle est très claire : exercer ce métier dans un état de sérénité et laisser les vêtements exprimer mon point de vue à ma place.

À lire aussi : Tatler Ball Vietnam 2025 : Le dialogue entre la confection traditionnelle et l'esprit contemporain des gentlemen

À propos de vous, je me souviens très bien de votre décision de lancer les collections saisonnières selon le calendrier international plutôt que celui du marché national. Était-ce l'une de vos décisions les plus audacieuses ?

Je pense que choisir une trajectoire différente du rythme général du marché est l'une des décisions les plus importantes de mon parcours professionnel. Alors que la **mode** vietnamienne s'orientait vers la priorité commerciale, j'ai réduit mon modèle pour me concentrer sur la structure, l'artisanat et la création d'un langage de design unique. D'un point de vue commercial, ce n'était pas le choix optimal. Mais pour le développement de la marque, c'était une étape nécessaire pour bâtir des fondations solides. Grâce à ce choix, ma marque a trouvé une approche internationale basée sur la valeur réelle du métier, plutôt que sur la couverture médiatique.

Tatler Asia
Above Le créateur de mode vietnamien Lâm Gia Khang.

L'ADN de marque est un piège dont beaucoup de jeunes designers subissent la pression, souhaitant le “définir” très tôt. Selon vous, l'ADN se trouve-t-il, se crée-t-il ou se forme-t-il après de nombreux essais et erreurs ?

L'ADN d'une marque ne peut apparaître au début et ne peut être construit par un simple plan. Il se forme à travers un processus d'expérimentation, d'erreurs, d'observation de l'environnement créatif et d'écoute des besoins intérieurs. Une fois suffisamment d'expérience accumulée, le designer doit regarder en arrière et réaliser que l'ADN est la cristallisation de tous les choix qu'il a poursuivis avec persévérance. Souvent, vous ne reconnaissez l'ADN que lorsque le voyage a éliminé les éléments qui n'appartiennent pas à votre direction.

Pourriez-vous partager un “principe secret” dans le processus de construction de l'univers GIA Studios ?

C'est une excellente question. En effet, j'ai gardé un principe secret : toujours laisser un espace vide à chaque niveau de l'expérience de la marque. Un espace vide dans le design pour laisser la matière s'exprimer. Un espace vide dans la boutique pour que la lumière guide la perception. Un espace vide dans les campagnes d'image pour que le spectateur puisse créer sa propre interprétation. Je crois que le silence, que ce soit dans le design ou l'expérience, peut apporter une énergie particulière à une marque de **mode**. Aujourd'hui, je partage ce principe car je comprends que l'espace vide est une philosophie pratique, et non un secret commercial. Il ne devient une force que lorsque le praticien l'utilise et le maintient de manière continue.

Kim chỉ nam làm nghề của tôi hiện tại rất rõ: Đó là làm bằng trạng thái không xao động và để trang phục tự trình bày quan điểm thay tôi. - Lâm Gia Khang

Tatler Asia
Above Gros plan sur les détails raffinés d'une création signée GIA Studios par Lâm Gia Khang.

La créativité privilégiant l'authenticité et la profondeur plutôt que l'apparence

D'après vos observations, dans quelle direction la génération Z vietnamienne change-t-elle la donne, une direction que le monde n'a pas encore identifiée ?

C'est une vaste question, mais la génération Z au Vietnam a une capacité très claire à ressentir la **mode**. Ils privilégient l'authenticité plutôt que l'étalage. Au lieu de suivre des déclarations creuses, ils choisissent une expression épurée, proche de leur rythme de vie et porteuse de sens profond.

Ce qui m'intéresse le plus, c'est la façon dont la génération Z exploite la culture vietnamienne. Ils n'enferment pas les éléments locaux dans des modèles traditionnels, ni ne les transforment en symboles faciles à décoder. Ils distillent l'esprit vietnamien à travers leur ressenti personnel et l'intègrent dans les vêtements comme un flux naturel. C'est une forme d'expression culturelle aux nuances vietnamiennes actuelles, une direction que le monde n'a pas encore pleinement perçue, mais qui crée une impulsion claire pour la mode vietnamienne.

Comment percevez-vous la “personnalité” de la mode vietnamienne aux yeux du marché international actuellement ?

Je pense que la mode vietnamienne apparaît devant l'international avec une identité très structurée. Cette identité ne suit pas la trajectoire de Tokyo, ne porte pas l'énergie de divertissement de Séoul et ne suit pas le modèle visuel de Shanghai. Le point qui définit la personnalité du Vietnam réside dans notre façon de traiter l'artisanat, notre approche des matériaux et notre manière de raconter la vie à travers les vêtements.

L'Asie compte de nombreux marchés de la mode très compétitifs comme Séoul, Tokyo, Shanghai. Si l'on place le Vietnam dans cette “arène”, selon vous, avec quel avantage la mode locale entrera-t-elle dans le jeu ?

Le Vietnam possède un point d'appui important : une sensibilité formelle basée sur la douceur des lignes et un artisanat profond. Nous ne rivalisons pas par l'échelle, ni ne choisissons d'attirer l'attention par la vitesse ou le niveau de couverture. Ce que le Vietnam peut apporter sur la scène régionale, c'est la capacité de maintenir un équilibre dans le design, de créer une connexion émotionnelle et de placer l'humain au centre de toute esthétique créative. C'est une direction compétitive basée sur l'humanité du produit, une valeur capable de créer une place distincte dans un contexte asiatique en pleine mutation.

À lire aussi : Cover Story : My Tam et le rêve d'un héritage ‘Standard International - Purement Vietnamien’

Tatler Asia
Above Pour Lâm Gia Khang, la mode vietnamienne ne doit pas souligner la culture de manière illustrative, mais la transformer en émotion et en pensée plutôt qu'en symboles directs.

De nombreuses marques asiatiques marquent les esprits grâce à la culture locale. Selon vous, la mode vietnamienne devrait-elle “internationaliser” la culture ou la “minimaliser” pour être plus accessible ?

Je pense que la **mode** vietnamienne n'a pas besoin de souligner la culture de manière illustrative, ni de la réduire au point de perdre son esprit intérieur. Ce qui est nécessaire, c'est de transformer la culture en émotion et en pensée, au lieu de l'insérer directement dans des motifs ou des symboles. Lorsque la culture est distillée en un esprit sous la surface du design, elle crée une approche naturelle. Le public international le ressentira à travers l'expérience et non par des signes distinctifs. C'est la voie qui permet à la culture vietnamienne d'aller vers le monde par sa profondeur intrinsèque, plutôt que par la forme.

Comment améliorer et élever l'“artisanat” vietnamien à un niveau supérieur ? Si vous aviez le pouvoir de changer un élément de l'écosystème professionnel, que choisiriez-vous ?

Ce serait la technique. L'artisanat vietnamien a une longue histoire et une profondeur, mais il manque de processus communs, de critères pour aider les artisans et les designers à se coordonner avec le marché international. Si nous parvenons à construire des normes claires tout en conservant l'esprit du métier, la mode vietnamienne ouvrira une nouvelle ère. Lorsque la technique aura un langage unifié, les produits vietnamiens pourront entrer dans la chaîne de collaboration mondiale avec une initiative et une position différentes.

Merci pour ce partage ! 


Article publié dans l'édition de Tatler Vietnam de décembre 2025

Rédactrice en chef Nikita Chu.

Rédactrice en chef numérique Hong Dang.

Directeur créatif Andy Trần.

Productrice Giang Thảo.

Photographe Wuan Minh Nguyen.

Vidéaste Hải Phạm.

Éclairage Khoai Rental.

Scénographie Tí Studio.

Assistants de production Huỳnh Hải Đăng, Tuấn Sang, Giàu Lê.

Assistant photo Hoàng Phúc.

Stylisme Lâm Gia Khang.

À LIRE AUSSI

Tatler Most Influential 2025 : Objectifs, idéaux et aspirations des pionniers vietnamiens

Tatler Most Influential 2025 : Ces entrepreneurs qui “libèrent” la richesse pour bâtir l'avenir du Vietnam

Tatler Most Influential 2025 : Ces artistes qui élèvent l'héritage de la musique vietnamienne contemporaine