Cover L'économie du sport commence à prendre forme au Vietnam, structurant progressivement un marché aux opportunités immenses.

L'économie du sport commence à prendre forme au Vietnam, bien qu'elle ne soit pas encore structurée en un écosystème cohérent.

Un matin, plus de 10 000 personnes se sont massées sur la ligne de départ d'un marathon à Hanoï. Il y a quelques années, on n'en comptait que quelques milliers. Plus loin encore, à l'époque des tournois du Hanoï Moi, l'envergure était bien moindre. On courait par simple passion. Le concept même de “runner” n'existait presque pas.

Aujourd'hui, tout a changé. Une course à pied entraîne toute une chaîne de dépenses. Les participants acquièrent des chaussures valant plusieurs millions de dongs, portent des montres pour surveiller leur fréquence cardiaque, rémunèrent des entraîneurs et organisent leur quotidien autour de la compétition. Certains s'envolent même pour Da Nang ou Phu Quoc uniquement pour participer à une course.

La majeure partie de la valeur générée se situe en dehors de la piste. Une paire de chaussures, un équipement, un voyage. Tout cela s'additionne pour former un flux de trésorerie évident, stimulant ainsi l'économie du sport.

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Quand les investissements affluent, ce n'est plus un simple mouvement

Ces dynamiques ont été au cœur des discussions lors du Forum de l'économie du sport au Vietnam 2026, où Tatler Vietnam est intervenu en tant que partenaire médiatique, accompagnant l'événement et participant à l'élaboration du Rapport sur l'économie du sport au Vietnam 2026.

Le message central de ces échanges est clair : le marché a commencé à prendre forme, mais il n'est pas encore organisé de manière systémique.

Selon le rapport, l'économie du sport représente actuellement environ 0,3 % du PIB, soit entre 1,2 et 1,5 milliard de dollars. Dans les pays développés, ce chiffre oscille généralement entre 2 et 3 %.

Bien que sa taille soit encore modeste, le marché enregistre une croissance à deux chiffres, reflétant une augmentation nette de la demande liée à la santé et au style de vie. Le fait qu'environ 30 à 35 millions de personnes pratiquent une activité physique à des degrés divers démontre que la base de la demande sociale est immense. Toutefois, la plupart des activités restent spontanées, génèrent peu de dépenses et ne sont pas encore structurées en sources de revenus stables. Cela conduit à un paradoxe : le marché compte un grand nombre de participants, mais sa valeur économique demeure limitée.

L'écosystème sportif au Vietnam peut aujourd'hui être décrit comme une structure en devenir, où les composantes sont présentes mais ne sont pas encore reliées en une chaîne de valeur complète. Le marché est tiré par la consommation individuelle, tandis que le secteur des services et des équipements ne s'est pas développé proportionnellement à la demande.

Les éléments de cet écosystème existent mais restent dispersés, manquant de maillons à forte valeur ajoutée tels que les droits de diffusion, l'exploitation des données ou les plateformes de distribution. Les flux financiers ne sont pas accumulés de manière efficace, empêchant l'émergence d'entreprises leaders ou de modèles économiques hautement évolutifs.

To Duy, le fondateur de New Sports, estime que le Vietnam se trouve actuellement au pied de la courbe en S. Cette phase se caractérise par une croissance lente, une fragmentation et une difficulté d'évaluation. Cependant, c'est le moment d'accumuler les fondations. Une fois le point d'inflexion franchi, le marché connaîtra une croissance fulgurante et se structurera rapidement.

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Above To Duy, fondateur, président du conseil d'administration et directeur général de New Sports, lors du Forum de l'économie du sport au Vietnam 2026.

Le principal moteur de cette évolution réside dans l'urbanisation. Au Vietnam, plus de 40 % de la population vit désormais en milieu urbain, et cette tendance se poursuit. Avec la transformation des espaces de vie, les citoyens recherchent des activités dotées d'horaires précis, ancrées dans une communauté et pouvant être répétées quotidiennement. La pratique sportive répond parfaitement à cette attente.

Il est aisé de le constater dans les nouveaux quartiers : les terrains sont complets en soirée. Les salles de sport ouvrent de nouvelles succursales. Le pickleball se répand rapidement en raison de son accessibilité et de la convivialité qu'il suscite. Un groupe d'amis peut s'y initier en quelques séances seulement. Ces infrastructures deviennent ainsi une part intégrante du paysage urbain, et plus largement, du cadre de vie.

Dans les nations développées, la logique des complexes sportifs repose sur la fréquence. Un stade utilisé uniquement pour des tournois ne génère pas de revenus substantiels. En revanche, s'il accueille des centaines de personnes chaque jour, les flux financiers se stabilisent. La valeur est décuplée lorsque des services complémentaires s'y ajoutent : boissons, commerces de détail, soins corporels...

Conçu comme une composante de la ville, le stade s'intègre harmonieusement aux complexes résidentiels, aux centres commerciaux, aux hôtels et aux espaces publics. Ce modèle est souvent qualifié de “quartier olympique” ou de pôle urbain dédié au bien-être.

Ainsi, cette dynamique rythme véritablement la vie quotidienne. Les résidents courent dans leur quartier, s'entraînent chaque jour et participent aux événements du week-end. Un flux régulier de personnes entraîne un flux régulier de revenus. L'immobilier en profite, tout comme le commerce de détail et les services. Le Vietnam ne dispose pratiquement pas encore d'un modèle aussi abouti, la plupart des infrastructures demeurant isolées de la vie quotidienne.

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Il s'agit d'un immense potentiel inexploité pour l'économie du sport

La mode sportive illustre une autre trajectoire. Un vêtement de sport n'est plus réservé à la salle de musculation. On l'arbore au café, au bureau, à l'aéroport. L'essentiel est de s'y sentir à l'aise et confiant.

Les maisons internationales ont ouvert la voie, et les marques locales commencent à leur emboîter le pas. La concurrence se joue sur le design, l'esprit de communauté et l'image de marque. Le contenu évolue également. Le public est désormais prêt à payer pour assister à des événements. Il ne s'agit plus seulement du match, mais aussi des analyses pointues et des histoires qui se cachent en coulisses. La véritable valeur réside dans la fidélisation des spectateurs sur le long terme.

Toutes ces pièces forment un écosystème naissant. Néanmoins, les infrastructures manquent cruellement de connectivité. Les actifs sont complexes à évaluer. Les entreprises peinent à obtenir des financements, et les droits de diffusion demeurent sous-exploités. Ces obstacles freinent le marché, l'empêchant de réaliser son plein potentiel.

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Above L'investissement dans les infrastructures modernes stimulera considérablement l'économie du sport au Vietnam.

L'expérience de la Corée du Sud trace une tout autre voie. Au lendemain de la Coupe du Monde 2002, le pays a investi massivement dans les infrastructures et les mécanismes financiers. Les revenus issus des loteries sportives ont été réinvestis. Les entreprises ont bénéficié d'un meilleur accès aux capitaux. Le résultat est un écosystème parfaitement rodé. Les citoyens s'y engagent quotidiennement. Les sociétés génèrent des profits à travers des canaux diversifiés, tandis que l'État en récolte les fruits par le biais de la croissance.

La vision globale partagée lors du Forum de l'économie du sport au Vietnam 2026 confirme que ce secteur est encore inachevé. Mais la direction est limpide : les consommateurs ont évolué, les entreprises se structurent et les politiques publiques commencent à suivre.

Lorsque ces trois piliers se rejoindront, le marché accélérera sa cadence. Une industrie sans nom est en train de naître, et sa véritable valeur se mesurera à l'aune de ce qui s'y déroule chaque jour.


Article initialement publié dans l'édition d'avril 2026 de Tatler Vietnam

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