Cover Les intérieurs du club privé Vanta, installé au sein de l’historique MacDonald House pour les montres de luxe et private members clubs

L’idée du “tiers-lieu” a longtemps supposé que plus les barrières à l’entrée étaient faibles, plus la communauté était forte. À Singapour, une nouvelle génération de private members clubs teste une toute autre approche : l’appartenance commence, de plus en plus, derrière une porte close.

Il n’y a pas d’heure idéale pour arriver au Mandala Club. Au rez-de-chaussée, The Members Bar s’anime autour de cafés informels qui se transforment doucement en martinis en soirée, tandis que The Velvet Room tire ses rideaux pour un dernier verre plus intime. Le déjeuner au Popi’s, au premier étage, laisse souvent place à un cocktail dans l’ambiance feutrée du Sidebar, tandis que The Analogue Room attire les amateurs vers ses collections de vinyles vintage. À l’étage, le club déploie des salles à manger, un comptoir à sushis et sakés, une cave et, enfin, une salle de sport sous les combles.

En septembre dernier, le club a inauguré une aile patrimoniale de 836 mètres carrés, conçue pour tout accueillir, des séances de bien-être aux fêtes nocturnes — son premier développement majeur depuis son adhésion à Icon1c, le réseau mondial de luxe cofondé par la société d’investissement d’Asie du Sud-Est, Catcha Group. Cette expansion reflète le renouveau des private members clubs à Singapour, témoignant d’une réflexion approfondie sur la gestion du temps. Ce boom contraste avec l’instabilité de la scène locale de la restauration et de la nuit, qui a connu un nombre record de fermetures en 2025. À mesure que les lieux familiers disparaissent, les routines qui ancraient la vie sociale s’effritent, augmentant l’attrait de ces environnements stables et autonomes.

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Above Le salon Analogue Room au sein du Mandala Club

Ce désir d’espaces favorisant une véritable connexion ne se limite pas à Singapour. Dans son rapport de 2025 intitulé De la solitude au lien social : tracer une voie vers des sociétés plus saines, l’Organisation mondiale de la santé estime qu’une personne sur six dans le monde souffre de solitude, identifiant l’affaiblissement des liens sociaux et les habitudes numériques comme des causes majeures. Dans ce contexte, le concept de “tiers-lieu” du sociologue américain Ray Oldenburg prend un sens nouveau. Dans son ouvrage de 1989, The Great Good Place, il le décrivait comme un terrain neutre — ni domicile ni lieu de travail — où les gens se retrouvent. Le modèle supposait que l’accessibilité suffisait : abaisser le seuil, et la communauté suivrait. Mais dans une ville hyperconnectée comme Singapour, l’accès n’est plus le problème. Les private members clubs, offrant curation et sentiment d’appartenance intentionnel, trouvent ici une pertinence renouvelée.

“La pandémie de Covid-19 a profondément modifié le rapport des gens au temps et à leur propre bien-être. Elle nous a forcés à confronter ce que nous voulons réellement de nos journées, plutôt que de simplement les traverser”, explique Mark Watts, directeur général du club Madison House. “La santé, le lien, l’instant présent — ces éléments ne sont plus des aspirations, mais sont devenus urgents. Les clubs qui ne proposent que du prestige ou un joli décor pour boire un verre n’ont pas su suivre le rythme.”

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Photo 1 of 3 Le Mandala Racquet Club à Sentosa allie padel, bien-être et hospitalité en front de mer
Photo 2 of 3 Les terrains de padel intérieurs du Mandala Racquet Club
Photo 3 of 3 The Velvet Room, une cachette intime pour les noctambules au Mandala Club

Investir les lieux : une tendance des private members clubs

Nulle part cette évolution des espaces physiques vers un mode de vie intentionnel n’est plus évidente qu’au Mandala Club, qui a étendu sa présence au-delà du centre-ville avec le Mandala Racquet Club à Sentosa. Alliant hospitalité haut de gamme et sport, cette oasis en front de mer dispose d’un espace bien-être, d’une restauration en bord de court, d’une piscine extérieure et de cinq terrains de padel professionnels. Ici, un programme complet, incluant des stages et des tournois, fait écho à la diversité du club principal sur Bukit Pasoh Road, où les événements vont des fêtes latines aux dialogues philosophiques et expériences neurocoding.

“Mandala s’est toujours construit sur la conviction que certains des moments les plus précieux de la vie naissent d’expériences partagées”, a déclaré le fondateur Ben Jones lors du lancement du concept. “Le Mandala Racquet Club est un prolongement naturel de cette philosophie : un lieu où le sport catalyse les échanges, le bien-être devient un rituel quotidien et les loisirs occupent une place de choix.”

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Photo 1 of 3 Le grand hall du club Vanta
Photo 2 of 3 Le mur signature de Vanta, dédié aux vins rares, whiskies de collection et sakés uniques
Photo 3 of 3 Le piano prépare le décor pour des performances live intimistes

Vanta concentre cette même impulsion à une seule adresse. Son admission, sur invitation uniquement, est strictement contrôlée, basée sur une convergence de goûts, d’ambitions et d’intentions — comme l’explique le PDG par intérim, Alex Chew, il s’agit de “ce que quelqu’un construit, comment il pense et comment il se présente”. Cette curation délibérée est une réponse directe à un appétit spécifique : “Nous observons un passage de la consommation de prestige à la création culturelle … Aujourd’hui, les gens sont beaucoup plus intentionnels. Ils valorisent la confidentialité, le discernement et l’influence par rapport à l’exposition … Ils n’ont pas besoin de plus d’accès. Ils ont besoin des bons endroits, avec les bonnes personnes, au bon moment.” Cette approche, ajoute-t-il, n’est pas qu’un simple slogan. Ce qui manquait sur la scène locale des private members clubs, note-t-il, “c’est quelque chose de plus réfléchi, où chaque détail de la programmation semble délibéré”. L’objectif de Vanta est “de créer le bon mélange”, précise-t-il. “Lorsque l’équilibre est atteint, les conversations se forment naturellement.”

Vanta, qui prévoit d’ouvrir plus tard cette année avec 1 500 membres et gère une liste d’attente, est situé dans le MacDonald House sur 1 486 mètres carrés. En plus des salons et espaces de restauration, une mezzanine surplombe le salon principal, offrant des enclaves pour des réunions discrètes. “L’espace est conçu pour guider l’énergie plutôt que pour tenter de la contrôler”, affirme Chew.

L’art de vivre est au cœur de l’identité du club. Le chef consultant Alvin Leung — du restaurant étoilé Bo Innovation à Hong Kong — supervise la carte, tandis que les boissons se concentrent sur des whiskies de placement, des single malts rares et des bouteilles de collection. En cave, des vins en édition limitée côtoient des sakés rares et des Junmai Daiginjo. “Collectionner, qu’il s’agisse de whisky ou de vin, relève du goût, de la patience et de la curiosité ; cela réunit naturellement des personnes qui apprécient le savoir-faire et la provenance. C’est un point de départ idéal pour la conversation, sans jamais paraître transactionnel”, confie Chew.

Au-delà de la table, le calendrier de Vanta est ponctué d’expositions d’art, de conférences intimistes et de salons culturels — d’une expérience horlogère privée avec Blancpain à une séance bien-être avec Como Shambhala. Un mois typique propose des salons privés, des dîners avec des chefs invités ou des dégustations avec des producteurs. Mais la structure a ses limites. “Chaque soirée n’a pas besoin d’être programmée”, note Chew. “Parfois, la chose la plus précieuse est simplement d’avoir le bon espace qui laisse les choses se produire.”

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Photo 1 of 3 La piscine du Madison House
Photo 2 of 3 Le bar et salon des membres au Madison House
Photo 3 of 3 Les terrains de padel extérieurs du Madison House

Au Madison House, cet espace est un domaine patrimonial entier. Situé au sein de Fort Canning et relié à l’hôtel Mett Singapore, il occupe un registre différent. S’étendant sur 3 437 mètres carrés, le club, limité à 1 000 membres, regroupe restauration, fitness et bien-être dans un cadre qui semble, par miracle, éloigné du reste du monde.

Pour Watts, le cadre a été essentiel dès le départ. “Dès que nous avons compris que nous allions construire un club sur un site historique — à deux pas de la ville mais totalement retiré de son bruit — nous savions que le cadre ferait une grande partie du travail”, dit-il. “Il règne ici un calme qu’on ne peut tout simplement pas fabriquer.”

Ici, une matinée sur l’un des deux terrains de padel ou dans la salle de sport de 300 mètres carrés peut laisser place à une séance au centre de bien-être The Longevity Suite — cryothérapie, oxygénothérapie hyperbare ou séances de respiration — avant un déjeuner au Mett Singapore ou au Canning Bar & Lounge. L’offre culinaire s’élargira en septembre avec l’ouverture de Art di Daniele Sperindio, suivi par Hanu, classé parmi les meilleurs restaurants de steak au monde.

Les membres bénéficient ainsi d’un sanctuaire interconnecté où vie active et quiétude historique se rencontrent. “Nous avons vu une réelle opportunité de rassembler tout cela en un lieu multidimensionnel”, déclare Watts, ajoutant que c’est une “combinaison difficile à reproduire”. Le sentiment qu’il recherche se rapproche davantage d’un “restaurant de famille” que d’un club privé — un endroit où les habitués sont reconnus et où l’expérience devient une seconde nature. “Les membres qui profitent le plus de Madison House ne sont pas nécessairement ceux avec les CV les plus impressionnants. Ce sont ceux qui viennent, amènent leurs amis, essaient le nouveau cours et restent pour dîner”, dit-il. “La participation est la nouvelle exclusivité.”

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Photo 1 of 3 Le salon de Rekoop, un club dédié à la récupération
Photo 2 of 3 La salle de bains glacée chez Rekoop, où les bains froids font partie du programme
Photo 3 of 3 La salle de drainage lymphatique de Rekoop, conçue pour réduire la rétention d’eau

Tous les clubs arrivant à Singapour ne sont pas axés sur la socialisation traditionnelle. Rekoop, fondé par Yinon Vardi, est organisé autour de la récupération — cryothérapie, oxygénothérapie hyperbare, saunas infrarouges, bains froids et drainage lymphatique — avec un modèle d’adhésion basé sur une utilisation régulière plutôt que sur des soins uniques. Comme le note Vardi : “Vous allez dans une salle de sport ou un spa, mais il n’y a pas de système intégré ni de culture réelle autour de la récupération.”

Pour bâtir cela, Rekoop comble le fossé entre les private members clubs traditionnels et les espaces de bien-être spécialisés. Ici, les éléments de santé dictent l’offre tandis que la structure du club redéfinit la manière dont les membres interagissent. Il accueille des conférences et des ateliers, mais évite la programmation classique des private members clubs comme les soirées mondaines. “La connexion naît d’une discipline commune, pas d’événements partagés”, explique-t-il.

Le tiers-lieu d’Oldenburg supposait que l’appartenance ne nécessitait aucune barrière à l’entrée. Les private members clubs de Singapour sont arrivés à une conclusion différente : le bon environnement, curaté avec intention, permet des types de liens qu’une porte plus ouverte tend à diluer. Comme le dit Chew : “Ce que les gens recherchent aujourd’hui, ce sont des environnements de confiance où leur temps est respecté et où les conversations ont du poids. Il s’agit de filtrer les signaux au milieu de tout ce bruit.” Dans une ville qui n’a jamais manqué d’options, la chose la plus précieuse qu’un espace puisse offrir est une raison de rester.

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