Figure rare de la nouvelle génération à Taïwan, Bogie Pao est un danseur de Waacking capable de pousser la performance, l'émotion et l'énergie scénique à leur paroxysme. Son langage corporel est audacieux et direct, mais empreint d'une sensibilité délicate ; pour lui, la danse n'est pas une accumulation de techniques, mais un signal envoyé au monde. De ses débuts adolescents aux compétitions internationales, il grave son histoire sur scène et se redécouvre à travers le cycle de l'enseignement et de la création.
La première fois que Bogie Pao a été qualifié de “danseur”, c'était vers l'âge de dix-huit ou dix-neuf ans, lorsqu'il a commencé à enseigner. À l'époque, il explorait encore différents styles et n'était pas certain que la danse deviendrait sa véritable voie. Chaque fois qu'on lui demandait : “Que fais-tu ?”, il hésitait un instant, comme pour vérifier s'il était prêt et s'il avait la légitimité de prononcer le mot “danseur”.
Ce n'est qu'à vingt ans qu'il l'a affirmé haut et fort : “Je suis danseur.” Ce n'était pas une question de technique, mais de maturité mentale. Après avoir exploré le Popping, le Hiphop et le Jazz, chacun lui apportant de la force, aucun ne l'a décidé comme le Waacking. Il plaisante en disant que le Waacking est le langage qui lui ressemble le plus ; ce rythme intense et ces réactions corporelles théâtrales, c'est tout Bogie Pao. Les autres styles restent en lui, mais le Waacking est sa direction la plus naturelle et essentielle.
Son style laisse souvent le public stupéfait. Non pas à cause de la complexité des mouvements, mais en raison de l'énergie directe qu'il dégage. Habitué à danser face au public, Bogie Pao ne se cache pas ; il projette chaque once de sa force intérieure vers l'avant. “J'aime cette sensation de capturer l'audience en un instant”, sourit-il. Lorsque l'état d'esprit est là, son corps déploie naturellement une théâtralité qui transcende la scène pour toucher le souffle même des spectateurs.
LIRE AUSSI : Rencontre avec le créateur de mode Allen Ko : Entre structure et sensibilité, la quête d'un ordre plus honnête

Above Le danseur Bogie Pao exprime une intensité émotionnelle unique à travers ses mouvements de Waacking. (Photo : Yonn Lin)

Above Portrait stylisé de Bogie Pao, figure montante de la scène danse taïwanaise. (Photo : Yonn Lin)
La danse, une émotion et un langage
Pour Bogie Pao, le corps n'est pas seulement un outil, mais un organe qui exprime les émotions. “Parler c'est communiquer, danser aussi.” Chez lui, la vitesse, les arrêts et les contorsions du Waacking ressemblent au flow d'un rappeur : parfois agressif, parfois retenu, changeant parfois d'émotion dans les interstices du rythme. Les lignes, les angles et le regard ne sont pas des ornements, mais les confidences qu'il ne souhaite pas exprimer par des mots.
Pourtant, il affirme que la danse la plus pure ne se trouve pas sur scène, mais dans une chambre vide. Sans public ni lumière, loin des applaudissements, on revient à son propre désir. C'est une liberté qui n'a pas besoin d'être comprise. “C'est le moment le plus pur, le plus proche de l'intention originelle”, confie-t-il avec sincérité.
Cette intention n'est pas une flamme, mais une honnêteté envers le corps. Si le public reste silencieux contrairement aux attentes, il admet cette déception ; mais si personne n'est ému, il ne cherche plus désespérément une réaction, disant simplement : “L'absence de ressenti est aussi un ressenti.” Une phrase douce qui témoigne d'une tolérance acquise au fil des années de mouvement et de silence.

Above Bogie Pao capture la lumière et l'attention avec une pose dramatique caractéristique du Waacking. (Photo : Yonn Lin)
Évoquant sa compétition la plus mémorable, il cite le Red Bull Dance Your Style. Dans ce format où le public décide du vainqueur, les danseurs doivent improviser sous le regard de tous pour ressentir cette énergie émotionnelle. Bogie Pao raconte que ce jour-là, il ne dansait pas pour gagner, mais pour insuffler dans chaque mouvement l'amour de ses amis, de ses élèves et de sa communauté. Les cris de la foule lui rappelaient qu'il n'était pas seul. Lorsque la lumière s'est allumée et que la musique a démarré, il a réalisé qu'un danseur pouvait être l'exutoire d'un groupe et représenter une multitude de personnes au centre de la scène.
“Ce jour-là était vraiment différent”, dit-il d'un ton doux mais ferme. Non pas grâce à la perfection technique, mais parce qu'il a réellement senti que la danse n'était pas seulement une connexion entre le corps et la musique, mais aussi un pont entre les gens. À cet instant, la scène n'était plus une performance, mais une croyance partagée.

Above Un gros plan saisissant sur l'expression intense et concentrée du danseur Bogie Pao. (Photo : Yonn Lin)
L'enseignement comme retour à la sincérité
Ce n'est qu'en commençant à enseigner que Bogie Pao a réalisé que ses mouvements et expressions habituels dissimulaient des expériences et des sacrifices passés. En expliquant un simple mouvement de poignet ou une explosion d'énergie à ses élèves, il a compris pour la première fois que ce n'étaient pas que des techniques, mais les traces de son parcours. Décortiquer ce qui lui semblait naturel pour le faire comprendre aux autres lui a permis, sans le vouloir, de se comprendre lui-même.
Face à des débutants, il a l'impression de réapprendre à danser. Ces corps bloqués, ces regards timides et cette tension qui empêche d'avancer lui rappellent ses propres débuts. Lui aussi a été incertain, s'efforçant si fort de devenir meilleur. L'enseignement le reconnecte à la texture originelle de la danse et lui fait comprendre que grandir ne signifie pas seulement avancer sur scène ; parfois, regarder son passé est tout aussi important.
Lorsque ses élèves se libèrent pour la première fois et affichent devant le miroir cette expression qui dit “je peux le faire”, l'émotion est totalement différente de celle de la scène. Si la performance projette l'émotion vers le monde, l'enseignement est un reflux paisible qui illumine, à travers les progrès des autres, les parties de soi que l'on avait négligées. Ces instants subtils et honnêtes lui confirment que la danse n'est pas une avancée à sens unique, mais une rencontre fluide et réciproque.

Above La silhouette fluide de Bogie Pao illustre la liberté de mouvement qu'il enseigne. (Photo : Yonn Lin)

Above Bogie Pao dans une posture contemplative, reflétant sa philosophie profonde de la danse. (Photo : Yonn Lin)
La prochaine étape : toujours avancer
La voie du danseur ne se limite pas à une scène. Bogie Pao s'investit désormais dans l'image, la mode, les expositions et la planification, transformant la danse en langage, en style, voire en vecteur d'énergie. “Ce que nous pouvons faire dépasse largement ce que les gens imaginent”, affirme-t-il avec assurance, comme une promesse faite à lui-même et à toute sa culture.
Quant à l'avenir, il ne fixe pas de direction précise, sachant seulement que peu importe où il ira, il continuera d'avancer. Dans dix ans, il espère qu'on se souviendra non pas de ses titres ou de ses classements, mais d'un état d'esprit qui détend et fait sourire. Bogie Pao souhaite que l'on garde l'image de quelqu'un qui se donne à fond, qui entraîne l'atmosphère et qui veut sincèrement rendre les gens heureux.
Si un jour il quitte le centre de la scène, il aimerait que l'on se souvienne qu'un certain Bogie Pao a utilisé la danse pour pousser sa vie vers de nouveaux horizons. Souvenez-vous de cette concentration, de cette liberté et de cette lumière qui donne envie d'avancer.

Above Le style vestimentaire et l'attitude de Bogie Pao fusionnent mode et danse. (Photo : Yonn Lin)

Above Un regard déterminé de Bogie Pao, prêt à relever les prochains défis artistiques. (Photo : Yonn Lin)



