Au terme d'un voyage entamé à 13 ans devant son piano, l'artiste Cao Bá Hưng crée un espace où le patrimoine culturel d'autrefois dialogue harmonieusement avec le présent.
Révélé par l’émission Sing My Song 2016, imprégné de l’héritage artistique familial et de la lignée de Cao Bá Quát, Cao Bá Hưng ne perçoit pas la tradition comme un objet figé à exposer. Pour lui, le patrimoine doit être perpétuellement réinterprété à travers le prisme de la contemporanéité. Dans cet entretien avec Tatler Vietnam, Cao Bá Hưng revient sur son parcours entre tradition et modernité, évoquant son projet “CAOTURE”, une plateforme où il souhaite intégrer la culture au cœur même de notre vie quotidienne.
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Vous avez composé votre première œuvre au piano à 13 ans pour un ami. Après 14 ans de carrière, quelle part de ce jeune Cao Bá Hưng est restée intacte, et qu’est-ce qui a le plus évolué ?
Ce qui demeure, c’est sans doute cette émotion brute face à une nouvelle mélodie. Encore aujourd’hui, lorsqu’une phrase musicale surgit, Cao Bá Hưng ressent la même excitation qu’à ses débuts. Ce qui a le plus changé, c’est mon écoute. Auparavant, je composais par pur instinct. Aujourd’hui, j’ai appris la patience — savoir attendre qu’une idée mûrisse et prendre le temps de la creuser au lieu de précipiter le résultat.

Above Cao Bá Hưng sublime la culture traditionnelle à travers une vision artistique contemporaine et audacieuse.

Above L’artiste Cao Bá Hưng insuffle une nouvelle vie au patrimoine avec son projet innovant CAOTURE.
Vous avez grandi entouré de multiples formes d’art traditionnel. Quel héritage a façonné votre vision actuelle ?
Ce qui m’a le plus profondément façonné n’est pas technique, mais esthétique. En grandissant au son des cordes, des chants traditionnels et parmi les archives familiales, j’ai intégré l’idée que tout art doit posséder une profondeur et une capacité narrative. Les années d’entraînement intensif durant mon enfance m’ont enseigné la persévérance. Je crois que la vraie beauté ne se révèle jamais dans la précipitation. Aujourd’hui, Cao Bá Hưng distingue clairement la “création musicale” du simple “produit musical” par cette philosophie sous-jacente.
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En tant que septième descendant du poète Cao Bá Quát, comment vivez-vous le rapport entre “héritage” et “création” ?
Je n’ai jamais considéré l’héritage comme quelque chose à sanctuariser sous une cloche de verre. Il doit être porté et revitalisé par le langage de notre époque. Mon ancêtre était lui-même un esprit libre, osant penser et écrire en rupture avec les conventions. Ce que j’ai hérité de cet esprit, c’est la liberté de créer — tant que je respecte mes racines. Il est fascinant de constater que plus j’explore le passé, plus ma vision de l’avenir se clarifie.

Above Cao Bá Hưng lors d’une séance photo mettant en lumière l’élégance intemporelle de la culture vietnamienne.

Above La maîtrise des instruments traditionnels par Cao Bá Hưng témoigne d’une dévotion sans faille à son art.
Dans vos compositions ou vos expérimentations EDM, vous intégrez sans cesse des éléments folkloriques. Comment rendre la tradition accessible aux jeunes sans en perdre l’essence ?
Je ne pense pas que les jeunes rejettent la tradition. Ils rejettent simplement les formes figées qui semblent déconnectées du présent. Lorsque Cao Bá Hưng intègre des éléments folkloriques, je ne cherche pas à didactiser, mais à laisser les mélodies s’épanouir naturellement, en fusion avec les sonorités actuelles et la sensibilité de notre génération. L’important est de saisir l’âme des airs plutôt que leur simple structure.

Above L’artiste Cao Bá Hưng explore sans cesse de nouvelles sonorités mêlant tradition et modernité musicale.

Above L’esthétique visuelle de Cao Bá Hưng rend hommage à ses origines avec une touche de raffinement moderne.
Vos projets récents mettent en avant les instruments ethniques. Est-ce un choix personnel ou une mission culturelle ?
C’est un peu des deux. Je le fais par passion sincère. Mais plus j’avance, plus je réalise que si ma génération ne reprend pas le flambeau, ce patrimoine risque de s’éloigner du public jeune. Je possède cet avantage d’être au carrefour des deux mondes, entre tradition et contemporanéité. Si l’on appelle cela une mission, je l’accepte volontiers.
Que représente “CAOTURE” pour vous ?
“CAOTURE” est l’union de mon nom de famille et de “culture”. C’est ma volonté de raconter une histoire plus vaste, où la musique, la mode, la poésie et les arts visuels se rencontrent. Cao Bá Hưng aspire à porter l’esprit vietnamien au-delà de nos frontières.

Above Cao Bá Hưng posant dans une tenue alliant éléments traditionnels et style contemporain, symbole de CAOTURE.
Si vous pouviez conseiller le Cao Bá Hưng de 18 ans, que diriez-vous ?
Je lui dirais : “Tout va bien, avance simplement doucement”. À l’époque, je pensais qu’il fallait aller vite pour prouver ma valeur. Aujourd’hui, Cao Bá Hưng sait que la route artistique est longue et que les pas lents ne sont jamais vains. Aux jeunes artistes, je conseille de se comprendre soi-même avant de vouloir être compris des autres.
Article extrait de l’édition Tatler Vietnam du mois de mai 2026.
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Credits
Images: JayB Production




