Jeffrey Lim remet au goût du jour la séance de portrait traditionnel avec Kanta Studio, en créant des tirages argentiques d'archives destinés à être transmis de génération en génération.
Dans le Kanta Studio de Jeffrey Lim, la photographie évolue à un rythme différent. Il n'y a pas de déclenchements en rafale ni de prévisualisations numériques interminables. Chaque étape du processus est mûrement réfléchie. Elle se déroule lentement au fil de ce qu'il appelle une “séance de pose”, où chaque portrait est soigneusement composé et immortalisé à l'aide de techniques traditionnelles qui rappellent une époque révolue de la photographie.
Le résultat n'est pas une simple photographie, mais une œuvre beaucoup plus durable : un héritage familial.
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Le parcours de Jeffrey pour donner vie à Kanta Studio a commencé par une exploration profondément personnelle. Ce qui n'était au départ qu'un projet familial s'est rapidement transformé en une pratique artistique plus vaste, ancrée dans l'ascendance et la mémoire. “Je voulais faire des recherches sur mes origines, l'histoire de ma famille et ce qui a fait de moi ce que je suis”, explique-t-il.

Above Jeffrey Lim, le fondateur visionnaire de Kanta Studio.
La découverte d'anciennes photographies de famille a été le catalyseur. Beaucoup d'entre elles n'existaient que sous la forme de portraits en noir et blanc—des archives visuelles fragiles de personnes et d'histoires qui auraient autrement disparu avec le temps. Plutôt que de simplement les préserver, Jeffrey a entrepris de perpétuer cette tradition.
“Ce n'était pas de la photographie en soi”, dit-il. “C'était en réalité mes ancêtres. Ils existaient à travers ces photos en noir et blanc.”
Au début, ses sujets étaient ses proches—ses parents et sa sœur—qui sont devenus ses tout premiers modèles. À partir de là, la pratique s'est lentement développée pour devenir ce qu'il décrit non pas comme une entreprise conventionnelle, mais comme un véritable service.

Above Jeffrey est convaincu que ces photos constituent un véritable héritage familial.

Above Les photographies au tirage argentique sont développées dans une chambre noire.
“Je ne suis pas une entreprise en réalité. Je suis un prestataire de services”, précise-t-il. “J'offre aux gens l'opportunité de créer un tirage d'héritage.” Cette distinction est primordiale. Chez Kanta Studio, une séance de portrait ne se résume pas à la production d'une image—il s'agit de vivre une expérience authentique.
Le processus est intentionnellement lent. Une seule séance de pose peut durer de deux à trois heures, et seules une à quatre photographies sont prises. Ce rythme délibéré invite à quelque chose de rare dans notre monde saturé d'images : la tranquillité. “La lenteur est vraiment essentielle”, affirme Jeffrey.

Above Les séances de pose intimistes chez Kanta Studio peuvent durer de deux à trois heures.
Les clients arrivent souvent en s'attendant à une séance photo conventionnelle. Au lieu de cela, ils se retrouvent à participer à une démarche beaucoup plus introspective. Beaucoup viennent avec une idée du passé qu'ils souhaitent honorer—en reproduisant peut-être la posture ou l'expression d'un grand-parent dont le portrait trône dans la maison familiale.
Les résultats peuvent être d'une émotion inattendue. “Lorsque la photo apparaît, certaines personnes s'exclament : ‘Oh mon Dieu, je ressemble à mon grand-père’”, raconte-t-il.
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Pour Jeffrey, ces instants révèlent la vocation profonde de son travail. Le portrait devient un pont entre les générations, un rappel que chacun porte en soi les traces de ceux qui l'ont précédé.
Le processus en lui-même encourage cette réflexion. Plutôt que de courir après la perfection, Jeffrey guide ses sujets à travers de petits exercices—comment s'asseoir, où regarder, comment se détendre dans l'instant présent. Le but n'est pas de contrôler le moindre détail, mais de laisser transparaître l'authenticité.
“Nous ne pouvons pas tout contrôler”, observe-t-il. “L'imperfection est en soi la perfection. L'image finale reflète simplement qui vous êtes.”
À une époque dominée par la photographie numérique et les images générées par l'intelligence artificielle, Jeffrey considère son travail comme un mouvement à contre-courant. La technologie moderne permet de produire des milliers de photos en un instant, et pourtant peu d'entre elles sont imprimées. “Vous en avez des milliers sur votre téléphone”, souligne-t-il. “Et pourtant, aucune n'est jamais imprimée ni accrochée au mur.”
En revanche, les portraits créés dans son studio sont des tirages argentiques conçus pour durer. Fabriqués à l'aide de matériaux traditionnels, ce sont des objets d'archives destinés à perdurer bien au-delà de la vie des personnes qui y figurent. “Cela vous survivra, me survivra et sera transmis de génération en génération”, affirme-t-il.

Above Les portraits magistraux exposés chez Kanta Studio font partie de la collection de Jeffrey.

Above Les photographies au tirage argentique de haute qualité peuvent se conserver pendant plus d'un siècle.
Alors que d'autres studios de portrait exigent souvent des clients qu'ils reviennent plusieurs jours plus tard pour récupérer leurs images, son approche permet aux modèles de voir la photographie apparaître au cours de la même séance. Cela renforce le lien émotionnel entre l'instant présent, le portrait et le souvenir de l'expérience vécue.
Jeffrey souligne également l'importance de veiller à ce que l'artisanat lui-même ne disparaisse pas. Bon nombre des maîtres qui pratiquaient autrefois ces techniques ne sont plus de ce monde, et une grande partie de l'équipement spécialisé a été jetée ou transformée en antiquités décoratives.
Pour pallier cette perte, Jeffrey forme aujourd'hui des apprentis et des étudiants, leur transmettant à la fois les connaissances et la philosophie qui sous-tendent cette pratique. Car en fin de compte, ces photographies ne sont pas destinées aux galeries d'art ni aux musées.

Above Le célèbre Kanta Studio est idéalement situé au GMBB, en plein cœur de Kuala Lumpur.
Leur véritable place, selon lui, se trouve au sein des familles—où elles peuvent continuer à raconter des histoires bien après la disparition de ceux qui y figurent. Avant de remettre chaque portrait finalisé, Jeffrey donne un dernier conseil à ses modèles : écrire un petit mot au dos.
Un nom. Une date. Un lieu. Ou peut-être même une pensée ou une émotion ressentie à ce moment-là.
“Chaque fois que les gens regardent de vieilles photos, ils se demandent toujours qui sont ces personnes”, confie-t-il. Grâce à ce geste simple, la photographie devient bien plus qu'une image. Elle devient la trace d'une vie—un héritage qui, telle la mémoire elle-même, peut voyager à travers les générations.
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Credits
Photography: Amru Shakir





