Brewin Design Office founder Robert Cheng
Cover Robert Cheng, fondateur du cabinet Brewin Design Office, ayant orchestré la conception du prestigieux Capella Kyoto.
Brewin Design Office founder Robert Cheng

Une vie faite de déplacements a donné à Robert Cheng, fondateur du studio Brewin Design Office, une manière singulière de lire l’espace, trouvant son expression la plus aboutie dans le “Capella Kyoto”, le premier projet japonais de l’agence basée à Singapour.

La patience n’est pas accessoire pour le studio Brewin Design Office ; elle en est la méthode. Fondé par Robert Cheng à Singapour en 2012, le cabinet aborde chaque commande avec une réflexion rare. Le parcours de Cheng fut tout sauf précipité : né à Pittsburgh, élevé à Singapour, formé à Londres, diplômé de la Rhode Island School of Design et d’Harvard, il a ensuite passé des années à New York et à Paris au sein des agences Tsao & McKown Architects et Atelier Jean Nouvel. Le Capella Kyoto, inauguré ce printemps dans le quartier de Miyagawa-cho, marque le premier projet au Japon pour Brewin, en collaboration avec Kengo Kuma and Associates. Robert Cheng s’est confié à Tatler Homes sur ce que signifie insuffler une sensibilité résidentielle au sein du Capella Kyoto.

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Brewin Design Office founder Robert Cheng
Above Robert Cheng, le fondateur du studio singapourien Brewin Design Office
Brewin Design Office founder Robert Cheng

Est-ce que l’héritage de Brewin dans le design résidentiel a orienté le Capella Kyoto vers une direction différente de ce qu’un studio spécialisé dans l’hôtellerie aurait pu proposer ?

Le fait que ce projet se situe à Kyoto a semblé presque providentiel. Le contexte nous a permis de pousser notre démarche plus loin, en l’adaptant à un lieu doté d’une culture matérielle et spatiale aussi forte. Notre approche du luxe, centrée sur la discrétion et le détail, s’y est naturellement harmonisée ; nous avons distillé les matériaux vers une palette plus épurée : bois, papier et peintures mates.

Le projet ne devait en aucun cas être décoratif. Nous avons conçu un catalogue de plus de vingt-quatre luminaires sur mesure en guise d’alternative à l’éclairage de corniche, souvent perçu comme trop commercial ou générique, rendant ainsi hommage aux méthodes traditionnelles de Kyoto. En privilégiant ces lanternes et des sources lumineuses basses, l’ambiance est devenue plus stratifiée et intime au Capella Kyoto.

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The tsuboniwa courtyard  garden, enclosed by Kengo Kuma and Associates’ woven-screen facade
Above Le jardin intérieur tsuboniwa, encadré par la façade en treillis tissé de Kengo Kuma and Associates (Photo : Common Studio)
The tsuboniwa courtyard  garden, enclosed by Kengo Kuma and Associates’ woven-screen facade

Le groupe Capella et Brewin ayant tous deux été fondés à Singapour, ce contexte partagé a-t-il modifié l’interprétation du cahier des charges du Capella Kyoto ?

Travailler avec Capella depuis Singapour a rendu le processus direct et efficace ; nous nous sommes rencontrés fréquemment. Une relation de longue date consolide cette collaboration : je connais le vice-président de la marque, Evan Kwee, depuis plus de quarante ans, et j’ai travaillé étroitement avec lui pendant plus de quatorze ans.

La mission a germé de la philosophie de service de Capella, de notre familiarité avec les sensibilités esthétiques japonaises, et de la manière dont une clientèle asiatique, notamment d’Asie du Sud-Est, vivrait cet établissement différemment d’une clientèle américaine ou européenne.

Au cœur de la culture gastronomique déjà raffinée de Kyoto, nous avons introduit un élément complémentaire : le restaurant SoNoMa by SingleThread, avec ses racines nord-américaines et son expression contemporaine japonaise.

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The Living Room at night, its custom  woven-screen floor lamps casting a warm, low light
Above Le salon du Capella Kyoto le soir, illuminé par les lampadaires en treillis tissé diffusant une lumière chaude (Photo : Common Studio)
The Living Room at night, its custom  woven-screen floor lamps casting a warm, low light

Kyoto impose des attentes précises en termes d’artisanat. Comment cela a-t-il influencé vos choix de sourcing pour le Capella Kyoto ?

Il s’agissait d’un hôtel de grande envergure, et nous savions dès le départ qu’il ne pourrait être façonné avec la même intimité qu’un machiya traditionnel. Nous avons transposé cette sensibilité de manière plus disciplinée : la menuiserie équilibre bois massif et placages, avec une attention rigoureuse à la sélection des grains, aux proportions et aux assemblages. Les chants de bois fins et le papier washi authentique, notamment dans les cloisons des salles de bains, ont été traités avec une précision extrême.

L’intention était d’intégrer un artisanat traditionnel à des voix artistiques contemporaines. Toutes les têtes de lit des chambres sont des pièces sur mesure développées avec la maison textile Hosoo de Kyoto. Nous y avons intégré des œuvres tissées, certaines interprétant les quatre saisons à travers les jardins zen, d’autres portant l’inscription “saza kissa”, une référence au calme partagé autour d’un thé.

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A view through shoji screens towards a  large-scale bamboo sculpture from the hotel’s permanent collection of works by contemporary Japanese artists
Above Une vue à travers les cloisons shoji vers une sculpture en bambou imposante issue de la collection permanente du Capella Kyoto (Photo : Common Studio)
A view through shoji screens towards a  large-scale bamboo sculpture from the hotel’s permanent collection of works by contemporary Japanese artists

Comment l’histoire du site a-t-elle influencé les décisions d’aménagement intérieur du Capella Kyoto ?

Le passé du lieu a été appréhendé non seulement comme celui d’une ancienne école primaire, mais par sa position stratégique entre le temple Kennin-ji et l’école de maiko à Miyagawa-cho. Cette proximité entre un lieu de culte et un lieu de spectacle offrait un contexte unique. La présence du temple Kennin-ji a infusé l’atmosphère que nous souhaitions créer : une sérénité particulière, une progression paisible.

Cela a influencé l’organisation même de l’hôtel, la séquence des espaces, la stratification des seuils et le rythme du parcours, où chaque transition permet de se poser avant la suivante. Étant adjacents au théâtre Kaburenjo et à l’école de geishas, nous avons saisi l’opportunité de penser l’hôtel comme un maillon d’un tissu culturel plus vaste.

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The Living Room’s raised tokonoma platform, set with a folding 
byobu screen
Above L’estrade tokonoma surélevée du salon, agrémentée d’un paravent byobu pliant au Capella Kyoto (Photo : Common Studio)
The Living Room’s raised tokonoma platform, set with a folding 
byobu screen

Qu’attend-on d’un client au Capella Kyoto par rapport à un hôtel de luxe classique ?

Il est invité à un autre rythme d’engagement : l’expérience se dévoile à travers des transitions et des pauses ; l’arrivée est graduelle. L’hôtel est délibérément tourné vers l’intérieur. Cette expression du luxe se construit par petites calibrations : des lignes de mire maîtrisées, des proportions rigoureuses, le poids d’une porte ou le mouvement d’une cloison. À Kyoto, les espaces les plus mémorables sont définis par la manière dont on les vit et dont on les garde en mémoire. L’intention était d’offrir un environnement profondément sensoriel, où le séjour reste gravé comme une émotion plutôt que comme une simple image au Capella Kyoto.

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Jennifer Choo
Rédactrice en chef régionale de Tatler Homes, Tatler Malaysia
Tatler Asia

Jennifer Choo est rédactrice en chef régionale de Tatler Homes, où elle couvre l'architecture, la décoration intérieure et l'art en Asie. Basée en Malaisie, elle supervise le contenu régional relatif au design résidentiel de luxe et aux collections d'art contemporain. Juriste de formation, elle a choisi de se consacrer à sa passion pour le design. Auparavant, elle a dirigé des publications spécialisées de renom et travaillé comme styliste d'intérieur et consultante en art pour des promoteurs immobiliers, des agences de design et des particuliers.