Architect Liu Yichun (Photo: Atelier Deshaus)
Cover L'architecte Liu Yichun, dont les œuvres font écho à une approche brutaliste du design (Photo : Atelier Deshaus)
Architect Liu Yichun (Photo: Atelier Deshaus)

Guidé par une sensibilité à l'environnement, Yichun Liu, architecte principal de l'Atelier Deshaus, transforme les vestiges du passé en espaces brutalistes résonnants

Dans le contexte actuel de transformation urbaine, où le développement remplace souvent plus qu'il ne renouvelle, l'architecte Yichun Liu propose une voie plus réfléchie. En tant que directeur de l'Atelier Deshaus basé à Shanghai, il n'envisage pas sa pratique comme une création ex nihilo, mais comme un acte d'observation. Il étudie l'histoire d'un site, la texture de son béton et la façon dont la lumière a longtemps façonné ses surfaces.

Liu construit avec une conscience patiente du temps. Son œuvre brutaliste est une forme de guérison, réparant la relation effilochée entre les gens et le lieu. Tissant des fragments historiques dans de nouvelles structures, il forge la continuité plutôt que le contraste. Une poutre en acier rouillé est préservée comme une relique tandis que la lumière du soleil est chorégraphiée pour illuminer la patine d'une surface centenaire. Ces éléments ne peuvent être décrits comme de simples choix esthétiques, car ce sont des vaisseaux de mémoire collective qui permettent au passé d'enrichir le présent.

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Long Museum West Bund (Photo: Walter Mair)
Above Le Long Museum West Bund à Shanghai (Photo : Walter Mair)
Long Museum West Bund (Photo: Walter Mair)

Dans la pratique de Liu, le bien-être se révèle par l'acceptation de la temporalité plutôt que par quelque chose de manufacturé ou de nouvellement construit. Fondé en 2001, l'Atelier Deshaus a été parmi les premiers studios indépendants à s'implanter dans une Chine en modernisation rapide. À une époque de vitesse et de spectacle, le travail de Liu reste un témoignage du pouvoir de la discrétion. Ses projets brutalistes occupent la marge entre l'industriel et le poétique, nous rappelant que les environnements bâtis les plus avant-gardistes savent souvent puiser la sagesse du passé, sans en être prisonniers.

Lorsque le sujet aborde la capacité de l'architecture à restaurer la paix, Liu explique que le calme possède des dimensions à la fois émotionnelles et spirituelles. À leur niveau le plus fondamental, les bâtiments offrent un abri et répondent aux besoins matériels, mais ils ont aussi le potentiel de nourrir l'esprit. Pour Liu, un sentiment d'équilibre naît lorsque l'environnement bâti permet aux gens de ressentir le flux de l'existence pour acquérir un sentiment d'appartenance au sein d'une histoire plus longue et continue.

Dans des villes comme Shanghai, où le changement est constant, le travail de Liu offre un antidote à la désorientation. “La mémoire”, dit-il, “est souvent la source de la tranquillité.” En préservant les traces de ce qui a précédé, comme une vieille colonne, un pan de brique ou peut-être un mur debout, il donne aux gens quelque chose de stable auquel se raccrocher. Ses compositions brutalistes n'imposent pas la sérénité ; elles la révèlent, créant des lieux désignés qui ralentissent le corps et calment l'esprit.

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Riverside Passage at Yangpu Waterfront (Photo: Chen Hao)
Above Le Riverside Passage sur le front de mer de Yangpu (Photo : Chen Hao)
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Riverside Passage at Yangpu Waterfront (Photo: Tian Fangfang)
Above Vue du Riverside Passage au bord de l'eau à Yangpu (Photo : Tian Fangfang)
Riverside Passage at Yangpu Waterfront (Photo: Chen Hao)
Riverside Passage at Yangpu Waterfront (Photo: Tian Fangfang)

Ce phénomène, tel que Liu le décrit, est la dimension spirituelle du design. Pour lui, un sens du lieu n'est pas nécessairement atteint par le seul décoratif ou ornemental. Il émerge par la proportion, la texture et le clair-obscur ; ainsi que par des domaines qui accentuent la conscience de son environnement. Le sentiment de bien-être, croit-il, vient du fait d'habiter un champ spatial qui reconnaît à la fois la présence et le passage.

Peu d'architectes parlent du passage comme le fait Liu. Pour lui, c'est à la fois matière et mesure, un collaborateur silencieux qui façonne la forme aussi sûrement que le béton ou l'acier. Il cite l'historien de l'art autrichien Aloïs Riegl, dont le concept de valeur d'ancienneté célèbre la beauté tranquille de la dégradation. Dans l'œuvre de Liu, cette beauté brutaliste est tangible. Les surfaces sont laissées aux intempéries, et les textures portent les marques de la pluie et de la lumière. “La valeur d'ancienneté”, note-t-il, “est la trace laissée par le temps sur les bâtiments, la mémoire qui reste.”

Lorsqu'il parle de vestiges, c'est avec affection plutôt qu'avec nostalgie. Pour lui, ces vestiges brutalistes représentent la collaboration ultime entre l'intention humaine et le processus naturel, le point d'inflexion où l'édifice et l'environnement s'installent dans l'équilibre. “Une ruine”, réfléchit-il, “est le dialogue final entre la structure et la nature, le moment où l'architecture devient le temps lui-même.”

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Long Museum West Bund (Photo: Walter Mair)
Above Architecture intérieure du Long Museum West Bund (Photo : Walter Mair)
Long Museum West Bund (Photo: Walter Mair)

Dans cette philosophie, la détérioration n'est pas une perte mais une continuité. Le vieillissement, la corrosion et l'érosion deviennent des actes de transformation. Chaque surface enregistre les conditions de son existence, l'humidité de l'air du fleuve, le grain de la poussière de la ville, la patine du toucher humain. Cette sensibilité à la temporalité confère aux bâtiments de Liu leur sérénité distinctive qui vient de la révélation des strates de leur fabrication.

Le fleuve Huangpu est au cœur de l'imaginaire de Liu. Beaucoup de ses projets, tels que le Long Museum West Bund et le Yangpu Riverside Passage, se dressent le long de ses rives. Autrefois artère active pour les usines de Shanghai, l'eau a évolué pour devenir une sorte de colonne vertébrale culturelle pour la ville. “Pour moi”, dit Liu, “cela porte le concept du temps à l'échelle de la ville.”

Avant 2010, il était défini par le transport et la production, mais il s'est depuis transformé en un paysage de loisirs et d'art. Le cadre de Liu trace ce rythme. Là où se dressaient autrefois des cheminées, ses voûtes en béton et ses murs préservés agissent comme des ancres de continuité. Ils rappellent à la ville son identité stratifiée, jetant un pont entre le passé mécanique et le présent méditatif et laissant un ordre pour un avenir digne d'être anticipé. Debout à l'intérieur de l'un de ses projets riverains, on ressent la beauté et le contraste entre le mouvement du courant du fleuve au-delà et une immobilité intérieure façonnée par lui.

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Jianhu Island Bookstore and Park in Shaoxing (Photo: Schran Images)
Above La librairie et le parc de Jianhu Island à Shaoxing (Photo : Schran Images)
Jianhu Island Bookstore and Park in Shaoxing (Photo: Schran Images)

Pour Liu, ces fondations portent une charge à la fois technique et émotionnelle. Dans son célèbre Long Museum, les voûtes en parapluie spectaculaires du bâtiment sont moulées à partir de béton coulé dans les formes des trémies à charbon qui occupaient autrefois le site. Cela semble afficher son désir de rechercher un ordre qui a émergé naturellement de l'intérieur, comme il l'explique, “pas des pièces ou des murs.”

Il en résulte des œuvres où l'ingénierie et l'atmosphère sont inséparables. Les coques massives en béton s'élèvent comme des entonnoirs inversés, filtrant la lumière du jour à travers leurs bords incurvés. Liu croit que cela transcende les frontières culturelles. “Même sans comprendre son histoire”, dit-il, “les gens peuvent ressentir quelque chose d'universel dans sa forme.” Cette rencontre de la logique et de l'intuition révèle l'intention profonde de Liu ; là où d'autres cacheraient les éléments porteurs, il les révèle pour permettre à l'honnêteté du matériau et de la proportion d'évoquer la confiance.

À une époque obsédée par les façades, Liu trouve la grâce dans l'honnêteté brute de ce qui soutient les choses. À travers ses projets brutalistes, Liu privilégie les matériaux qui vieillissent bien, tels que le béton, la brique, la tuile et l'acier, chacun choisi pour son enregistrement silencieux de ce qui perdure. Sa réutilisation d'anciens composants industriels n'est pas simplement durable mais émotionnelle.

Au Yangpu Riverside Passage, un mur en béton patiné a été conservé intact, sa surface rugueuse laissée pour absorber le nouveau. Les gravats des sites de démolition ont été réintégrés dans le paysage, permettant à l'histoire du site de rester visible.

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Jianhu Island Bookstore and Park in Shaoxing (Photo: Schran Images)
Above Une autre vue de la librairie et du parc de Jianhu Island (Photo : Schran Images)
Jianhu Island Bookstore and Park in Shaoxing (Photo: Schran Images)

“Les matériaux portent des sentiments”, dit Liu. “Ils se connectent directement avec le corps.” La texture, pour lui, est une conversation ; là où la main rencontre la surface, et le présent reconnaît ses origines. Il préfère travailler à l'échelle humaine, façonnant des seuils, des bords et des plans qui éveillent la conscience tactile. Même l'invisible, insiste-t-il, se comporte comme un matériau. Il révèle la profondeur, marque les heures et trace les contours de l'espace. “La lumière est l'œil de l'architecture”, dit-il. “Elle montre où l'air bouge, où le temps s'écoule.” Dans ses bâtiments, la lumière devient une sorte de mesure — de l'atmosphère, de l'émotion, du jour lui-même.

Lorsqu'on lui demande comment il équilibre l'attraction entre la nature et l'histoire, Liu sourit. “Cela dépend du site”, dit-il simplement. Dans les endroits où l'héritage culturel est profond, il laisse l'histoire mener ; dans ceux entourés de paysages, il laisse la nature guider la conception. Mais les deux, insiste-t-il, ne sont jamais séparés. Même dans les environnements naturels, la tradition façonne notre perception de la terre ; même dans les urbains, la nature revient à travers les années et la dégradation. Dans chaque cas, son œuvre adhère à la croyance fondamentale de Liu : elle doit écouter avant de parler.

Shanghai, comme de nombreuses métropoles asiatiques, change à un rythme effréné. Des tours s'élèvent, des quartiers disparaissent, des skylines entières changent en une décennie. Dans ce contexte, la décision de Liu de préserver des fragments de la vieille ville industrielle semble radicale. “Le développement rapide signifie que tout change”, dit-il. “Quand il y a tant de changement, ce qui reste inchangé donne aux gens un sentiment de stabilité.”

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Upper-Cloister in Jinshanling (Photo: Schran Images)
Above Le monastère Upper-Cloister situé à Jinshanling (Photo : Schran Images)
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Upper-Cloister in Jinshanling (Photo: Schran Images)
Above Détail architectural du Upper-Cloister à Jinshanling (Photo : Schran Images)
Upper-Cloister in Jinshanling (Photo: Schran Images)
Upper-Cloister in Jinshanling (Photo: Schran Images)

Ce contentement face à l'impermanence et au changement est, à bien des égards, la définition du bien-être selon Liu. Bien vivre, suggère-t-il, c'est vivre avec conscience, reconnaître que le confort vient de l'harmonie avec le changement, au lieu de le nier.

Bien que la pratique de Yichun Liu soit ancrée dans de grands projets culturels et urbains, ses idées sur la continuité s'étendent naturellement à la maison. Dans la vie domestique, croit-il, le calme ne naît pas de la conformité mais de la composition. Dans une maison, dit-il, le mobilier devient l'incarnation de l'extérieur. De nombreux intérieurs contemporains poursuivent l'unité par l'uniformité ou la coordination, mais Liu préfère l'harmonie trouvée dans la diversité, collectant des pièces de différentes époques et régions, chacune étant un artefact d'un voyage séparé, rassemblées pour former un nouveau tout. Le contraste entre l'ancien et le nouveau, croit-il, apporte chaleur et profondeur, créant des maisons qui semblent vécues plutôt qu'arrangées.

En regardant l'ensemble de l'œuvre de Liu, un motif émerge : chaque projet commence avec ce qui est déjà là. Le processus relève moins de l'invention que du dialogue. Qu'il transforme un silo riverain en centre d'art ou réimagine une station d'épuration en librairie, il traite la création comme un acte continu de traduction ; il porte ce qui a précédé dans la forme, non pour le rappeler, mais pour recommencer.

Cette philosophie tranquille a valu à l'Atelier Deshaus une reconnaissance bien au-delà de la Chine, pourtant Liu reste concentré sur la signification quotidienne de son travail. “L'architecture”, a-t-il dit un jour lors d'une conférence, “existe entre les gens et le monde.” Ce seuil, cette zone de relation, est là où sa vision se précise.

À une époque d'accélération presque exponentielle, ses bâtiments nous rappellent que bien vivre, c'est mieux habiter ; habiter des mondes qui respectent ce qui perdure tout en embrassant ce qui évolue. Ils nous demandent de ralentir, de regarder de près, de voir comment la vie s'installe dans les matériaux. Et dans cette observation, nous pouvons peut-être trouver le calme que la vie moderne oublie si souvent.

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Credits

Photography: Atelier Deshaus
Photography: Walter Mair
Photography: Chen Hao
Photography: Tian Fangfang
Photography: Schran Images

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