Cover Sabyasachi Mukherjee dans son nouveau flagship à New Delhi, point de départ de sa collaboration avec le Metropolitan Museum of Art (Photo : courtoisie de Sabyasachi)

Lors de l’inauguration de son flagship de 2 400 m² à New Delhi, Sabyasachi s’est confié à Tatler sur son incroyable collaboration avec le Met, le défi technique de ses bijoux Sabyasachi et son désir de transmettre l’héritage artisanal.

Au cœur du nouveau flagship de Sabyasachi à New Delhi, une pièce se distingue : elle évoque un tramway de Calcutta, lambrissée de bois et ornée de verre gravé. À l’intérieur trône une sculpture grandeur nature d’un tigre du Bengale. Si cet aménagement peut paraître étrange dans une boutique de luxe, il prend tout son sens après avoir passé une après-midi avec Sabyasachi Mukherjee. Cette boutique Sabyasachi illustre parfaitement sa vision unique.

“Lorsque nous concevons nos boutiques, la première chose que je demande à mon équipe, c’est combien de personnes nous pouvons employer”, explique-t-il aux journalistes dans cet espace de 2 400 m² au complexe The Citadel. Ce lieu, bien plus vaste que le premier point de vente de la marque, abrite désormais des espaces dédiés à la haute joaillerie et aux accessoires aux côtés de ses collections mode. “Verriers, fabricants de lustres, artisans du tapis, tailleurs de pierre ou ébénistes : comme pour un mariage, nous faisons venir tout un écosystème dans nos boutiques”, précise-t-il. Le flagship compte près de 120 lustres, 200 tapis anciens et 300 peintures originales de la Sabyasachi Art Foundation. Un corridor, inspiré du New Market de Calcutta, regroupe des “pièces follement belles et totalement inutiles” : un cabinet de curiosités personnel où le créateur Sabyasachi expose ses souvenirs de voyages. Plus loin, un salon pour clients, conçu autour du nachghar bengali, propose du thé Darjeeling en partenariat avec le domaine de son ami d’enfance. “À Calcutta, la richesse sociale ne se mesurait jamais en argent”, confie-t-il. “C’était toujours une question de culture.”

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Above La sculpture grandeur nature d'un tigre du Bengale au cœur du flagship Sabyasachi (Photo : courtoisie de Sabyasachi)

Un couloir du flagship Sabyasachi recrée une mémoire précise. Il s’est inspiré de Chowringhee, le grand boulevard de Calcutta qui abritait son bureau, Tata Steel et l’Oberoi Grand. “C’était le Wall Street de Calcutta”, se souvient-il. “Dans les années 40 et 50, l’architecture y était unique avec ses salons majestueux, ses lustres et ses sculptures.” Le flagship emprunte à cette histoire cosmopolite : porcelaine, peintures, textiles et tapis se mélangent pour rappeler la grandeur coloniale de la ville.

Cette volonté d’ancrer l’histoire dans le présent explique aussi la récente actualité du créateur Sabyasachi : une collaboration pluriannuelle avec le Metropolitan Museum of Art de New York. Sa collection de haute joaillerie, inspirée de l’art de l’Empire byzantin, a été présentée lors de la Fashion Week de New York le 15 septembre dernier. Lorsqu’on l’interroge sur les débuts de ce projet, Sabyasachi sourit : “J’ai cru à un spam. Je me disais que ce n’était pas possible, pourquoi voudraient-ils travailler avec moi ?” Ce qui différencie le Met, explique-t-il, c’est une voix moderne appliquée à l’antiquité. “Dans la plupart des musées, l’antiquité reste figée. Avec le Met, elle s’intègre à un univers moderne. C’est tout l’enjeu : comment transformer l’héritage en mode contemporaine sans tomber dans le costume ?”

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Photo 1 of 7 Collier pendentif en or 18 et 22 carats orné de jaspe, d’onyx et de jade, inspiré d’une plaque de livre allemande du XIe siècle représentant un lion (Photo : courtoisie de Sabyasachi)
Photo 2 of 7 Manchette en or 18 et 22 carats sertie de grenats et de tourmalines, inspirée d’une sculpture romaine impériale (Photo : courtoisie de Sabyasachi)
Photo 3 of 7 Collier en or 18 et 22 carats au motif de patte de tigre, orné de tourmalines, de jade et de diamants bruns, inspiré d’un panneau byzantin en ivoire (Photo : courtoisie de Sabyasachi)
Photo 4 of 7 Boucles d’oreilles en or 18 et 22 carats inspirées d’une pièce islamique du XVIIe siècle, avec jade, turquoise et le motif du tigre du Bengale (Photo : courtoisie de Sabyasachi)
Photo 5 of 7 Collier pendentif en or 18 et 22 carats orné de pierres fines, inspiré d’une sculpture en marbre de la période romaine impériale (Photo : courtoisie de Sabyasachi)
Photo 6 of 7 Manchette en or 18 et 22 carats avec grenats et diamants bruns, inspirée d’une sculpture romaine du IIIe siècle (Photo : courtoisie de Sabyasachi)
Photo 7 of 7 Manchette en or 18 et 22 carats avec grenats et diamants bruns, inspirée d’une sculpture romaine du IIIe siècle (Photo : courtoisie de Sabyasachi)

Josh Romm, qui dirige les licences mondiales au Met, souligne la pertinence de ce partenariat Sabyasachi : “Il existe une adéquation organique entre notre mission éducative et le travail du créateur. Avec 19 départements et deux millions d’œuvres, cette collaboration s’inscrit dans la durée.” Chaque département a accueilli le joaillier Sabyasachi avec enthousiasme, reconnaissant son récit authentique sur la période de convergence artistique.

La convergence est au cœur de ce projet. La règle du Met était stricte : s’inspirer sans jamais répliquer. “Presque rien de ce que nous avons utilisé n’était originellement un bijou”, confie Sabyasachi. “C’étaient des sculptures, des colonnes ou des pièces de monnaie que nous avons transformées.” Pour marier l’ancien et le contemporain, il a fusionné de l’or 18 carats pour la structure moderne et de l’or 22 carats pour apporter la sagesse des temps anciens. Un véritable défi technique : “Les quatre premières pièces se sont effondrées. Nous n’avons rien dit jusqu’à ce que nous trouvions la solution.” Même la couleur de l’or a dû être recréée spécifiquement pour cette collaboration Sabyasachi.

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Above Un corridor du flagship Sabyasachi inspiré de Chowringhee Street à Kolkata (Photo : courtoisie de Sabyasachi)

La sélection des pierres a nécessité tout autant d’exigence. Sabyasachi a demandé à un atelier de Jaipur vieux de 150 ans de ressortir d’anciennes machines pour réaliser des tailles oubliées. “Ils ont dû réinventer leurs méthodes de travail”, explique Sabyasachi. Puis vint la recherche de pierres imparfaites : “Les inclusions sont mal vues aujourd’hui, car tout le monde veut du synthétique parfait. Mais si vous regardez les émeraudes mogholes, elles possèdent cette mélancolie unique. Alors j’ai cherché ce que personne ne voulait.”

Au-delà de l’esthétique, le créateur Sabyasachi prône une éthique : “Les artisans ne sont pas transactionnels. Ils sont fiers de perpétuer un savoir-faire familial. La meilleure façon de rémunérer un artisan est de lui offrir des conditions stables : assurance, logement, perspective d’avenir.” Une philosophie qui rejoint sa crainte permanente de voir l’artisanat indien disparaître si le mécénat s’essouffle : “Si un savoir-faire saute une génération, il ne revient jamais.”

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Above L'intérieur du nouveau flagship Sabyasachi à New Delhi (Photo : courtoisie de Sabyasachi)

En traçant les liens entre les mosaïques byzantines et l’artisanat du Bengale, Sabyasachi a retrouvé des similitudes fascinantes. Avant de dessiner, il a plongé dans les racines : le Navratna, le sertissage de neuf pierres astrologiques, ou le travail Jadau, l’une des techniques les plus anciennes de l’Inde. “Il y a une parenté frappante entre la joaillerie bengalie et sicilienne, notamment dans l’usage des perles et du filigrane.” Avant l’industrialisation, soutient-il, c’était la technique qui primait, pas la richesse. Il a ainsi superposé des influences géorgiennes, victoriennes et sud-indiennes sur une base byzantine, incluant même un tigre du Bengale sur une pièce de monnaie islamique du XVIIe siècle. “Tout était global”, résume Sabyasachi, “mais fabriqué avec une perspective très calcutta.”

Le créateur Sabyasachi reste humble quant à son héritage : “Je ne suis pas un designer classique, je suis un passeur entre passé et présent. Je ne veux pas être reconnu pour avoir créé quelque chose de nouveau, mais pour avoir contribué à la continuité.” C’est pourquoi il a choisi Byzance comme point de départ de son épopée internationale.

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Above Un espace élégamment dédié à la joaillerie Sabyasachi (Photo : courtoisie de Sabyasachi)

Admettre son trac devant les conservateurs du Met fut une épreuve pour Sabyasachi Mukherjee : “J’ai toujours souffert du syndrome de l’imposteur. Je pensais que j’aurais dû étudier l’histoire à l’université.” Pourtant, en les observant restaurer des objets millénaires au microscope, il a compris ce qu’était la véritable intégrité. “Construire quelque chose avec honnêteté peut paraître solitaire. Voir le travail du Met m’a conforté dans mon exigence. C’est la seule voie possible pour mon business.”

Avant de conclure, Sabyasachi partage un dernier message : “Visitez les musées plus souvent. C’est là que repose la vérité sur votre identité et vos origines.”

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Amrita Katara
Rédacteur régional, Montres et Bijoux, Tatler Hong Kong
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Amrita Katara, regional editor watches and jewellery Tatler Asia

En tant que rédactrice régionale pour les montres et les bijoux et responsable du contenu éditorial de Tatler GMT, Amrita Katara est spécialisée dans la couverture de l'actualité horlogère et joaillière de luxe en Asie. Forte d'une expertise en stratégie éditoriale, en rédaction d'articles de fond et en interviews de personnalités du secteur, elle a auparavant travaillé dans les médias spécialisés dans l'art de vivre de luxe et en gestion de partenariats clients. Basée à Mumbai, son travail fait le lien entre les tendances mondiales et la connaissance approfondie du marché asiatique.