Pomellato Le Joaillier Révolutionnaire exhibition entrance (Photo: courtesy of Pomellato)
Cover Entrée de l’exposition Pomellato Le Joaillier Révolutionnaire (Photo : courtoisie de Pomellato)
Pomellato Le Joaillier Révolutionnaire exhibition entrance (Photo: courtesy of Pomellato)

À Paris pour la toute première exposition de Pomellato et le dévoilement de Stile Libero, sa nouvelle collection de haute joaillerie, Tatler découvre une maison — et une ville — qui traitent la liberté comme une discipline, tout en explorant l’univers unique de Pomellato.

Mon expérience parisienne avec Pomellato a débuté à la Bourse de Commerce, une rotonde majestueuse emplie d’art contemporain, incluant des pièces de la Collection Pinault, le fonds privé du fondateur de Kering, François Pinault. Lors de cette première journée, pas de joaillerie en vue, seulement des visites de galeries suivies d’un chaleureux dîner de bienvenue dans un restaurant local. La maison m’offrait le temps de m’acclimater à Paris — à son luxe, son art, sa liberté — et de lever le pied sur la vitesse effrénée propre au style de Hong Kong, une cadence que Pomellato semble parfaitement ignorer.

J’étais venu pour rédiger un article sur une nouvelle collection de haute joaillerie, pourtant Pomellato ne semblait nullement pressé de me la présenter. Le lendemain soir, quelques minutes avant le dîner de gala et l’exposition au Palais de Tokyo, Pomellato m’a paré de ses créations : la ligne Nudo, ses pierres facettées et sans collet devenues la signature de la maison, portées en bague, en boucles d’oreilles et en pendentif près du cou.

L’exposition “Pomellato, Le Joaillier Révolutionnaire” marque la première rétrospective de la marque à Paris. Commissariée par Alba Cappellieri, directrice du design bijou à l’école polytechnique de Milan, elle retrace l’histoire de la maison comme une série de révolutions, ces domaines où Pomellato a rompu avec les conventions joaillières : style, artisanat, couleur, image, et surtout, la célébration de la femme.

Pour en savoir plus : Le bracelet de l’amitié est-il le grand retour nostalgique de la haute joaillerie pour cette Journée internationale de l’amitié ?

Tatler Asia
Creative director Vincenzo Castaldo (Photo: courtesy of Pomellato)
Above Le directeur de la création Vincenzo Castaldo (Photo : courtoisie de Pomellato)
Creative director Vincenzo Castaldo (Photo: courtesy of Pomellato)

Le directeur de la création Vincenzo Castaldo, que j’ai interrogé par e-mail lors de l’inauguration, a déclaré : “Cette indépendance n’est pas une stratégie adoptée récemment, elle est inscrite dans l’ADN de la maison depuis ses débuts à Milan en 1967”. Il ajoute que Pomellato “s’est construit délibérément à l’écart des codes de prestige de la joaillerie traditionnelle, et c’est précisément cette distance qui fait notre voix.” Même le nom porte cette singularité : “pomellato” est le terme italien désignant un cheval à la robe mouchetée rare, signe d’un animal en pleine forme — brillant, sain et admiré sur les rings. Le fondateur, Pino Rabolini, conseillé par son père de “parier sur le cheval gagnant”, a choisi cet animal élégant et fort comme emblème de Pomellato.

L’exposition parisienne est divisée en plusieurs salles, chacune dédiée à une révolution. La première est consacrée à la photographie. Pomellato se targue d’avoir été la première maison de joaillerie à confier ses campagnes à des maîtres photographes, transformant la manière dont la femme était représentée. Ces choix s’affichent ici sous forme de portraits monumentaux en noir et blanc : la sensualité des années 70 capturée par Gian Paolo Barbieri, les campagnes des années 80 d’Helmut Newton où les bijoux sont portés comme des déclarations de pouvoir, et les visions des années 90 signées Albert Watson, Javier Vallhonrat ou Michel Comte. Pour la première fois, on y découvre des images de Herb Ritts, dont le clair-obscur sculptural traduit l’or poli comme une seconde peau. Dans chaque cadre, la femme reste le sujet, et le bijou Pomellato ne fait que souligner sa présence. 

Tatler Asia
Inside the Le Joaillier Révolutionnaire exhibition (Photo: courtesy of Pomellato)
Above Au sein de l’exposition Le Joaillier Révolutionnaire (Photo : courtoisie de Pomellato)
Inside the Le Joaillier Révolutionnaire exhibition (Photo: courtesy of Pomellato)

L’artisanat occupe une place centrale, avec un coup de projecteur sur la chaîne : un objet fonctionnel que Pomellato a su élever au rang de signature. Ses maillons héritage — la Gourmette plate et la Boule perlée — ont ouvert la voie aux collections Catene et Iconica, chacune façonnée à la main pour que l’or se fasse doux et souple sur la peau. Derrière ces pièces se cache une méthode que la maison nomme “ars combinatoria”, l’art de décomposer et recomposer ses signatures pour créer sans cesse la nouveauté. Selon Castaldo, la marque “s’exprime en déconstruisant pour mieux se reconstruire” à partir des éléments les plus simples qui composent l’ADN de Pomellato.

Une autre révolution réside dans la forme : Pomellato privilégie des silhouettes sculpturales et tactiles, des colliers Gemelle des années 70 aux récents Pentagoni. Mais la plus grande innovation reste la couleur. Pomellato a bâti sa réputation sur une philosophie de “pierres libres”, rejetant la hiérarchie classique qui classe certaines gemmes au-dessus des autres. La maison préfère choisir les pierres pour leur couleur, leur caractère et leur charge émotionnelle, hissant les tourmalines, grenats et spinelles au rang autrefois réservé aux diamants et rubis. C’est cette conviction qui a engendré la ligne Nudo et qui continue de porter Pomellato : le but, précise Castaldo, est de “refuser l’idée que la beauté doit suivre un ordre de valeur fixe”.

À ne pas manquer : Amy Winehouse n’a jamais eu besoin de diamants pour affirmer son style, et ces looks de joaillerie le prouvent

Tatler Asia
Visionary Colors  Mandala Chromia necklace (Photo: courtesy of Pomellato)
Above Collier Mandala Chromia de la collection Visionary Colors (Photo : courtoisie de Pomellato)
Visionary Colors  Mandala Chromia necklace (Photo: courtesy of Pomellato)

Chacune de ces ruptures avec la tradition est soutenue par Pomellato for Women, la plateforme de plaidoyer lancée en 2017. La marque conçoit chaque révolution comme une affirmation de l’indépendance féminine, et cette plateforme en est l’expression la plus pure. Son engagement contre la violence sexiste donne à l’exposition une profondeur qui dépasse largement l’esthétique pure des bijoux Pomellato.

En atteignant la section finale de l’exposition, le passé laisse place au présent avec le dévoilement de la collection de haute joaillerie Stile Libero : 65 créations réparties en trois chapitres — Visionary Colours, Magnetic Gold et Hypnotic Shadows — chacune interprétant l’idée fondatrice de liberté. Pour Castaldo, il ne s’agit pas d’une liberté sans limites : “Cette liberté n’est possible que lorsqu’elle s’accompagne d’une capacité consciente à la gérer”, explique-t-il. La confiance qu’il prône est une discipline consistant à “savoir exactement jusqu’où oser” sans rompre l’équilibre de la maison.

Le chapitre Visionary Colours illustre parfaitement le courage de Pomellato, notamment avec le “serti libre”, une technique plaçant les pierres dans des arrangements apparemment aléatoires qui trouvent pourtant un équilibre parfait. “Je donne à l’atelier un sentiment et une direction”, confie Castaldo, permettant aux artisans d’atteindre une “spontanéité contrôlée... une liberté guidée, jamais fortuite”.

La pièce maîtresse, le collier Mandala Chromia, est un médaillon en or orné de 99 saphirs naturels multicolores (roses, violets, jaunes, bleus, oranges et verts) entourés de diamants bruns. Castaldo le décrit comme “la pure émotion en couleur”. Quant au collier Drops of Paraíba, il réunit 21 tourmalines Paraïba en forme de poire, délibérément disparates, totalisant 20,15 carats. L’uniformité, ajoute-t-il, est “la signature d’une machine”, tandis que la “différence est l’empreinte de la nature ; c’est là que réside la vie d’une création Pomellato.” Le collier Rivière Rainbow Supreme, avec ses 68 tourmalines totalisant plus de 157 carats, sublime cet équilibre entre maximalisme et rigueur.

Tatler Asia
Magnetic Gold Attache necklace (Photo: courtesy of Pomellato)
Above Collier Attache de la collection Magnetic Gold (Photo : courtoisie de Pomellato)
Magnetic Gold Attache necklace (Photo: courtesy of Pomellato)

Magnetic Gold détourne les diamants bruns introduits par Pomellato en 2003 pour en faire un acte de non-conformisme. “En 2003, nous avons choisi le caractère plutôt que la convention”, rappelle Castaldo. Les diamants ancrent des pièces comme Attache, un collier tiré d’une chaîne d’archives des années 90, preuve que le patrimoine est “une conversation entre passé et présent” chez Pomellato.

Dans Hypnotic Shadows, le collier Arabesque, réalisé par la maîtresse artisane française Sara Bran, nécessite 1 450 heures de travail manuel pour obtenir un or aussi fin que de la dentelle. À ses côtés, les bagues Ipnotica reprennent ce travail ajouré avec des formes fluides, certaines associant diamants blancs et titane noir. Le défi de Bran était de rendre une technique extrême portable, car “la calibration est l’art même”, souligne Castaldo. Transmettre un savoir-faire séculaire à un regard contemporain comporte des risques, mais “la nostalgie est le véritable danger”, dit-il, ajoutant que le patrimoine “doit s’exprimer au présent”.

Tatler Asia
Hypnotic Shadows Arabesque bracelets (Photo: courtesy of Pomellato)
Above Bracelets Arabesque de la collection Hypnotic Shadows (Photo : courtoisie de Pomellato)
Hypnotic Shadows Arabesque bracelets (Photo: courtesy of Pomellato)

Une conviction sous-tend tout ce que Pomellato entreprend : la haute joaillerie “n’est pas un monument figé ; c’est le style incarné par le volume, conçu pour une femme qui est la protagoniste de sa propre vie”, affirme Castaldo. La ligne Nudo et les pièces Stile Libero partagent cette même lignée : le bijou Pomellato est fait pour être porté et vécu, et la couleur est une émotion avant d’être une valeur. Le directeur de la création décrit la narration de la collection comme “circulaire”. En fin de compte, tout commence par la femme dans les photographies et s’achève avec celle qui portera ces pierres demain : une femme que Castaldo décrit comme “libre, forte, intellectuelle et authentique protagoniste de son propre style” avec Pomellato.

Topics

Amrita Katara
Rédacteur régional, Montres et Bijoux, Tatler Hong Kong
Tatler Asia
Amrita Katara, regional editor watches and jewellery Tatler Asia

En tant que rédactrice régionale pour les montres et les bijoux et responsable du contenu éditorial de Tatler GMT, Amrita Katara est spécialisée dans la couverture de l'actualité horlogère et joaillière de luxe en Asie. Forte d'une expertise en stratégie éditoriale, en rédaction d'articles de fond et en interviews de personnalités du secteur, elle a auparavant travaillé dans les médias spécialisés dans l'art de vivre de luxe et en gestion de partenariats clients. Basée à Mumbai, son travail fait le lien entre les tendances mondiales et la connaissance approfondie du marché asiatique.