Cover La Maison CHANEL sous la direction créative de Matthieu Blazy s'articule désormais autour de trois actes distincts et visionnaires. (Image : CHANEL)

Basé sur les deux premières collections (Printemps-Été 2026 et Métiers d’art 2025/26) et ses propres réflexions, le nouveau CHANEL sous Matthieu Blazy s'articule désormais autour de trois “actes” distincts. Un voyage créatif personnel ancré dans l'héritage de la Maison.

Acte I – Le Paradoxe

Le premier acte, “Le Paradoxe” (Paradox), s'inspire du désir de Gabrielle Chanel d'être l'égale des hommes tout en usant de sa féminité pour créer une séduction captivante. C'est pourquoi la nouvelle allure de CHANEL est libre, sensuelle – très caractéristique de Gabrielle – et incroyablement facile à porter. On y trouve une chemise en coton à basques longues, une chemise classique et une version bleue raccourcie, toutes ornées de boutons en perles, lestées par une petite chaîne à l'ourlet et brodées du mot “Chanel” dans la police italique que Mademoiselle utilisait sur ses étiquettes dans les années 20.

Tatler Asia
Above Une silhouette illustrant le paradoxe de la nouvelle ère CHANEL, mêlant coupe masculine et détails féminins raffinés.

Ou encore ce tailleur aux épaules masculines, dont l'ourlet est laissé à vif, mais lesté d'une fine chaîne pour assurer le tombé. Il est associé à un pantalon tel que Gabrielle le portait, légèrement ample, peut-être comme ceux de Boy Capel, et une paire de Richelieus. “C'est un paradoxe”, songe Blazy. “L'idée de la séduction est évidente sur une chaussure plate”, plutôt que sur les talons hauts habituels.

Ce paradoxe s'exprime aussi par la déformation d'icônes classiques ancrées dans les habitudes. Le sac classique CHANEL 2.55 est dépourvu de métal pour paraître froissé à la main. Blazy partage avec fierté : “le design, même froissé, reste aimé”.

À lire aussi : Chanel poursuit son héritage sous la coupole du Grand Palais pour la collection Printemps-Été 2025

Tatler Asia
Above Le sac classique CHANEL 2.55 réinterprété avec une texture souple et froissée, symbolisant une élégance décontractée.

Au fil des deux collections, Blazy revient constamment sur un détail que Gabrielle Chanel affectionnait : les bords à vif. Ils découlent de son observation de l'aristocratie britannique, qui portait les mêmes vêtements jusqu'à ce qu'ils s'usent avec le temps. Cette usure créait ce qu'elle considérait comme une expression naturelle du style, une allure façonnée par la vie plutôt que par l'intention.

Se demander qui achèterait un tel sac, ou pourquoi ce choix est nécessaire, c'est toucher à ce que Blazy veut exploiter : le paradoxe. Car c'est précisément dans le paradoxe que Gabrielle Chanel a trouvé son identité, cette liberté de renverser les attentes.

Cette pensée apparaît clairement dans le défilé Métiers d’art 2025/26 à travers le sac “Big Apple”, ou le haut portant le symbole de Superman sous la signature CHANEL. Ce sont des décalages délibérés. Ils placent le spectateur dans une position de questionnement, tout comme Gabrielle brisait les codes en introduisant des éléments apparemment étrangers au cœur de la marque.

Tatler Asia
Above Les créations audacieuses du défilé Métiers d'art illustrent parfaitement l'esprit de paradoxe cher à la Maison CHANEL.

Les bords francs du chapitre “Paradoxe” explosent avec des plumes, une façon pour Blazy de reconnaître l'une de ses histoires préférées sur CHANEL. Gabrielle a raconté à Boy que, bien qu'il l'ait aidée à bâtir son entreprise, il ne lui avait jamais envoyé de fleurs. Durant les deux jours suivants, Boy fit envoyer un bouquet toutes les demi-heures rue Cambon, transformant le lieu en fleuriste.

Blazy voit dans le rôle de Gabrielle au sein de ce “drame familial” une similitude avec son état d'esprit avant chaque défilé, preuve de la manière très personnelle dont il aborde ce poste. Il confie : “Parfois, il y a cette idée que trop n'est jamais assez. Mais si les gens disent que le défilé aurait pu être reconstruit pour que le message soit plus clair – plus clair pour qui ? Je ne suis pas là pour disséquer l'œuvre pour qui que ce soit. Le ‘message clair’ ne m'intéresse pas. Nous ne vivons pas dans un monde de messages clairs. L'ambiguïté est très puissante, et parfois cela doit être excessif, ou impossible à comprendre au premier regard”.

Et c'est là un autre paradoxe de Blazy avec CHANEL : ambigu, mais si beau !

Acte II – Le Jour

Le deuxième acte est baptisé “Le Jour” par Blazy. Lors de son séjour à New York, Gabrielle Chanel fut fascinée par l'architecture moderne de la ville qui ne dort jamais, là où l'Art Déco exprimait le rythme effréné et l'esprit pragmatique mais stylé de la femme moderne. Pour Blazy, “Le Jour” est une vision plus brute et urgente de CHANEL. L'idée d'une garde-robe complète y prend vie, chaque pièce étant séparée, prête à être échangée et coordonnée, permettant d'explorer librement son style personnel avec raffinement et naturel.

Blazy regarde l'Art Déco mais trouve les silhouettes et les lignes trop droites, et décide de tout assouplir. Il a ajouté les lignes noires de l'emballage du CHANEL N°5 – également une création de Gabrielle inspirée par New York. Tout en gardant un aspect architectural mais plus détaché, on trouve un t-shirt en soie sur une jupe en tweed. Un t-shirt tissé avec la technique habituellement utilisée pour les chaussettes a été réintroduit chez CHANEL, accompagné d'une soie à la densité impressionnante.

Tatler Asia
Chanel MDA 2026
Above L'acte “Le Jour” propose une garde-robe CHANEL pragmatique, mêlant t-shirts en soie et jupes en tweed structurées.
Chanel MDA 2026

La méthode préférée de Blazy consiste à “varier” les matières. Une veste noire avec un camélia. “Je pense que lorsque vous êtes chez CHANEL, vous n'avez pas besoin de tout tordre. Nous avons réalisé la veste avec la Maison Lesage dans les ateliers des Métiers d'art. Nous avons développé un nouveau fil, et à partir de là, nous avons créé un nouveau tweed”, partage Matthieu Blazy.

La nouveauté vient aussi des tissus, appliqués à des designs très familiers de l'époque de Gabrielle Chanel. Une gabardine de soie a nécessité trois mois de développement, basée sur l'histoire où elle s'était rendue chez un tailleur de pantalons en banlieue parisienne pour se faire faire un chino d'homme, pas trop petit car elle voulait monter à cheval. Et bien sûr, elle a choisi une matière plus douce. Blazy a pensé qu'il serait plus approprié pour l'univers de Chanel de les recréer en gabardine de soie. Un tissu en trompe-l'œil, comme le cuir denim de Blazy chez Bottega Veneta ? Une approche très familière pour ce directeur artistique.

Tatler Asia
Above Les matières innovantes comme la gabardine de soie redéfinissent les classiques de CHANEL sous la direction de Matthieu Blazy.

“CHANEL aime les matériaux naturels, nous avons donc choisi des fibres qui ne sont pas nécessairement surexploitées ou trop travaillées”, explique Blazy. “Cela leur donne beaucoup de vie”. En effet, pour commencer une matinée pleine de vitalité et de confort, rien de tel que d'expérimenter des matières d'exception issues de maisons historiques. Une veste tissée à partir d'un nouveau fil de coton présente une sécheresse et une texture qui me rappellent les céréales Weetabix, avec des gerbes de blé qui en jaillissent. Ses boutons sont moulés sur des noyaux de pêche. Une autre veste arbore également des tons organiques et une texture riche, avec des milliers de petites paillettes fixées plutôt que brodées sur le tissu. Elles recouvrent le vêtement telle une explosion de brins de paille colorés. Un effet magnifique. Et, comble du “Paradoxe”, l'ensemble n'est pas lourd du tout, un simple exemple de la légèreté défiant toute logique dans le développement des tissus par Blazy.

Voir plus : CHANEL Métiers d’art 2025/26 : Les multiples visages de New York

Acte III – L'Universel

Enfin, le dernier acte est “L'Universel” (Universal). La reconnaissance et la perspective de Matthieu Blazy chez CHANEL constituent une vision vaste et grand public. C'est la validation de CHANEL en tant qu'entité mondiale, la suite de l'histoire où Gabrielle devient une légende. Lorsqu'on évoque CHANEL, on parle d'une marque au rayonnement puissant, reconnue par le public sur tous les continents, devenue presque un symbole universel, à l'image de Coca-Cola ancré dans la conscience collective. Tout le monde connaît CHANEL. Désormais, la marque ne se limite plus au point de vue français, mais raconte une histoire capable de résonner dans différentes régions. C'est pourquoi le CHANEL de Blazy se veut plus “Universel”, notamment avec la nomination de deux ambassadeurs américains issus de la culture street : Kendrick Lamar et A$AP Rocky.

Tatler Asia
Above La vision universelle de Matthieu Blazy pour CHANEL s'adresse à un public mondial, transcendant les frontières et les générations.

La façon dont Matthieu Blazy perçoit CHANEL réside dans son universalité. Il souhaite créer un rêve sans frontières, un regard qui ne distingue ni l'âge ni la nationalité. L'ambition de Blazy est de bâtir un CHANEL que tout le monde, de l'enfant à la femme d'âge mûr, puisse admirer instantanément. Cette vision devient la pièce maîtresse de la marque à l'heure actuelle, alors qu'elle s'oriente vers une stratégie de connexion avec un monde plus vaste et diversifié.

Blazy a été marqué par la couverture d'un magazine de mode français de 1964, où une veste CHANEL apparaissait avec des rayures peintes à la main, si belle que son origine importait peu. Pour lui, c'est la preuve la plus évidente du pouvoir universel de la beauté : lorsque ce que vous voyez transcende la marque et l'origine, ne laissant que ce sentiment de fascination que chacun peut ressentir.

Tatler Asia
Above Les textures explosives et les couleurs vibrantes de la nouvelle collection CHANEL captivent le regard au-delà des mots.

Cela signifie également que “L'Universel” apportera de la joie, de la couleur et un maximum de technique et de technologie. Plus de transparence, plus de texture, un nouveau tweed sans répétition, dont la structure explose comme si elle avait été zoomée sur l'écran de téléphone de n'importe qui. Et les faits l'ont prouvé, c'était juste. Le monde entier, en regardant cette texture – sans même avoir besoin de connaître l'histoire, le concept ou le passé – s'est exclamé de surprise. Une beauté soigneusement universalisée.

À LIRE AUSSI

Reach for the Stars : Les secrets de la renaissance perpétuelle de la haute joaillerie CHANEL

CHANEL Prêt-à-Porter Automne-Hiver 2025/26 : La réinterprétation des icônes dans un langage contemporain

Le point de vue de Tatler : Pourquoi la victoire de Chanel au GPHJ de Monaco est un tournant pour la Haute Joaillerie