Cover Carol Wong décrit le sport comme sa “méditation dynamique”, un moment privilégié pour dialoguer avec soi-même malgré la solitude de la course (Photo : Tatler)

Dans cette interview exclusive, Carol Wong soutient que les femmes devraient viser l'autosuffisance spirituelle : “Vous devez apprendre à être autonome émotionnellement, le choisir vous-même et le faire avec joie, plutôt que de sombrer dans le chantage émotionnel.”

À Taitung, Carol Wong s'est lancée dans le super triathlon Ironman de 226 km. À ce moment-là, le ménisque de son genou était déjà gravement usé ; chaque pas était un test de volonté et un signal d'alarme crucial pour son corps. Pourtant, elle ne courait pas pour une médaille, mais pour accomplir un rituel marquant le cinquième anniversaire de sa guérison du cancer. Fille du légendaire Jimmy Wang Yu, surnommé “Le roi du sabre manchot”, elle a passé une grande partie de sa vie à satisfaire les attentes des autres avant de se perdre dans son rôle de mère au foyer. Pour elle, le sport n'était au départ qu'un exutoire pour “échapper” à des responsabilités étouffantes. Finalement, c'est dans la sueur qu'elle a trouvé la paix avec elle-même et avec ce père qu'elle craignait et rejetait autrefois.

En tant que fille de la superstar des arts martiaux Jimmy Wang Yu, Carol Wong a grandi sous une pression immense, les attentes pesant sur elle comme le fardeau le plus lourd de sa vie. Comme elle le dit, elle a toujours joué le rôle de la personne responsable dans la vie de famille : “Je me considère comme quelqu'un de responsable, un peu obsessionnelle même ; je veux que tout soit parfait !” Surtout après être devenue mère au foyer, son monde s'est réduit à sa famille : “Je me consacrais entièrement aux enfants, prenant soin d'eux dans les moindres détails.”

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Above Carol Wong a également publié un livre à succès sous le nom de plume “Yu Lu”, partageant son parcours de mère triathlète et de fille de célébrité (Photo : James Lin)

Mais ce dévouement sans fin a fini par l'étouffer : “Quand les enfants ont grandi un peu, je me suis sentie perdue, comme ligotée, et j'ai commencé à chercher une issue.” Pour elle, se mettre au sport n'était pas purement pour la santé, mais pour se retrouver : “Une grande raison était mon désir de ‘fuir’.” Ce n'est que sur la piste qu'elle n'était plus la fille ou la mère de quelqu'un, mais un individu courant pour elle-même.

Changer d'état d'esprit : la maladie comme leçon de vie

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Above Tout le monde devrait chercher un exutoire sain pour évacuer la pression du quotidien (Photo : Carol Wong)

Le diagnostic de cancer du sein en 2018 fut un tournant majeur pour Carol Wong. Pour une passionnée de sport, ce fut un coup dur. Mais dans la douleur, elle a commencé à réfléchir et à comprendre que bouger son corps n'était qu'un exutoire, pas le véritable bonheur : “Parce que mon cœur n'était pas vraiment heureux. Même si mon corps bougeait, ce n'était qu'une forme de défoulement, un travail.” Parallèlement, elle portait seule le fardeau des soins de son père après son AVC, faisant la navette quotidienne vers l'hôpital, ajouté à la pression d'élever des adolescents. Ce déséquilibre physique et mental l'a frappée : “C'est l'excès d'énergie négative qui rend malade.” Cette expérience lui a fait comprendre ce qu'il fallait vraiment poursuivre : “Le corps et l'esprit ne font qu'un. Il faut apprendre à être heureux, ne pas se plaindre. C'est ce qu'on appelle faire les choses avec joie et accepter ce qui vient.”

La rédemption de 226 kilomètres

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Above Terminer la course est avant tout une reconnaissance envers soi-même et ses efforts (Photo : Carol Wong)

L'Ironman 226 de Taitung en 2023 était le cadeau que Carol Wong s'offrait pour ses cinq ans de guérison : “Pour le cancer du sein, cinq ans est un seuil. Si on passe ce cap, on est considéré comme guéri. C'était donc très significatif pour moi, je devais absolument le faire cette année-là.” Même avec un ménisque endommagé avant la course, elle a insisté pour participer. Durant les 16 heures d'épreuve, elle a enduré la douleur, alternant marche et course pour finir : “Je suis reconnaissante envers mon corps de m'avoir permis d'aller au bout. À cause du cancer, je considère désormais le sport comme une grâce.” Ne cherchant plus le classement, finir la course n'était pas pour prouver quoi que ce soit, mais une réponse à la vie elle-même.

Réconciliation avec son père

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Above Au fil du temps, Carol Wong a dénoué les nœuds les plus complexes de sa vie (Photo : James Lin)

La relation avec son père, Jimmy Wang Yu, a longtemps été le nœud le plus difficile à défaire dans la vie de Carol Wong. La renommée de son père lui imposait de nombreuses attentes : “Cette aura était comme le bandeau magique du Roi Singe, une pression constante.” Le rejet psychologique était tel qu'elle a un jour voulu s'éloigner de sa famille d'origine. Cependant, durant les sept années où son père fut alité, voyant ce héros autrefois invincible s'affaiblir, les émotions négatives de Carol se sont dissipées : “Mon père a été alité sept ans. Le voir dépérir ainsi m'a brisé le cœur. Il était si orgueilleux, et le voir dans cet état... qu'y avait-il encore à ne pas pardonner ?” Au travers des soins quotidiens, elle a trouvé la paix avec lui : “Après tout, je suis sa fille. C'est dans ces soins quotidiens que nous avons mutuellement déposé nos rancœurs.” 

Courir comme une méditation dynamique pour libérer l'esprit

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Above Le calme ressenti après le sport lui procure une immense force intérieure et mentale (Photo : Carol Wong)

Carol Wong décrit le sport comme sa “méditation dynamique”. Bien que la course puisse être ennuyeuse et solitaire, c'est un moment de dialogue intérieur : “Courir est ennuyeux, on ne fait que parler avec soi-même, avec son corps.” Elle partage une métaphore intéressante : “En courant, je sens que tout se relâche. C'est comme un lacet qui se desserre en courant ; les problèmes insolubles semblent pouvoir être déposés après une course.” 

Cette attitude lui confère plus de résilience pour la seconde moitié de sa vie. Repensant à sa jeunesse, Carol Wong admet qu'elle ne poursuit plus les apparences matérielles ou le statut : “Je pense que jeune, on poursuit toujours l'image, on se mesure aux choses extérieures comme le poste, le travail, l'argent. Mais maintenant, je cherche davantage en moi-même.” C'est particulièrement ce calme après le sport qui lui donne une force immense : “Je pense que le sport est une méditation dynamique. C'est comme un bébé qu'on berce et qui s'endort paisiblement. Et je crois que le ‘silence’ est une grande force.” 

Apprendre l'indépendance spirituelle et l'autosuffisance

Après avoir évoqué les changements apportés par le sport, Carol Wong partage avec gravité sa vision de la femme indépendante. Elle estime que les femmes tombent trop facilement dans le rôle du “sacrifice et dévouement”, ce qui engendre un ressentiment sans fin. Elle préconise donc l'autosuffisance spirituelle : “Vous devez apprendre à être autosuffisante spirituellement. Si vous devez faire quelque chose, choisissez de le faire, et faites-le avec joie. Ne tombez pas dans le chantage émotionnel.”

À travers ses mots et son expression, il est évident que la Carol Wong d'aujourd'hui s'est réconciliée, grâce à la course, avec celle qui étouffait sous l'étiquette de la “perfection”. Bien qu'elle doive affronter une nouvelle opération, elle ne se laisse pas abattre et planifie déjà le marathon de New York l'an prochain, avec pour objectif de terminer les “Six World Marathon Majors”.

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