Le film “Project Hail Mary” mêle magistralement humour et science-fiction pure — une œuvre incontournable.
Le point de départ de “Project Hail Mary” n'a rien de nouveau. La menace extraterrestre condamnant la Terre — résolue uniquement par l'envoi d'un vaisseau spatial — est une intrigue qui pourrait remplir une bibliothèque entière. Et pourtant, porté par la photographie de Greig Fraser, la bande originale de Daniel Pemberton et l'humour caractéristique de Ryan Gosling, le film évoque une chaleur ludique rarement vue dans ce genre.
Basé sur le roman de science-fiction éponyme d'Andy Weir, “Project Hail Mary” suit Ryland Grace (Ryan Gosling), un professeur de collège qui se retrouve inexplicablement à bord du vaisseau spatial Hail Mary, à plusieurs années-lumière de chez lui. Deux de ses collègues ont péri avant son réveil. D'abord amnésique, il se remémore peu à peu le but de sa mission : le soleil s'éteint lentement à cause d'un micro-organisme extraterrestre baptisé Astrophage. Dans 30 ans, la Terre sera plongée dans une nouvelle ère glaciaire. L'étoile lointaine de Tau Ceti, bien qu'infectée elle aussi, ne montre aucun signe de déclin et pourrait détenir la clé de la survie humaine.
Avertissement — la suite contient des spoilers !
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Above Ryland Grace (Ryan Gosling) à bord du vaisseau spatial Hail Mary, en mission pour sauver la Terre (Photo : avec l'aimable autorisation de Columbia Pictures)
La chronologie non linéaire de “Project Hail Mary” vous plonge dans la même situation que Grace : sans la moindre idée de ce qui se passe. La scène initiale de son réveil est empreinte de panique et de confusion. Les plans étroits et claustrophobiques des couloirs, associés aux angles de caméra sans cesse changeants, provoquent un sentiment de malaise et de nausée dont il est difficile de se défaire. Cette technique est réutilisée avec brio lors des moments les plus intenses du film, vous gardant constamment en déséquilibre et dans l'attente de ce qui va suivre. L'œuvre réussit également de manière effrayante à illustrer l'ampleur de l'isolement auquel Grace est d'abord confronté : quel que soit l'angle ou la perspective adoptée, il est bel et bien seul dans l'immensité de l'espace.
Bien que le film s'ouvre sur un ton plutôt sombre, il ne faut pas s'attendre, en entrant dans la salle de cinéma, à la même grandeur ou au même sérieux que dans “Interstellar”, par exemple. L'ambiance est bien plus légère que les enjeux ne le laisseraient supposer. Appréciez-le pour ce qu'il est : l'histoire de deux colocataires, Gosling et un attachant extraterrestre lithoïde nommé Rocky (James Ortiz), dans ce qui s'apparente essentiellement à un huis clos intergalactique.
Les interactions entre Grace et Rocky constituent de loin les passages les plus divertissants et mémorables des deux heures et demie que dure le film. Après avoir compris qu'ils se trouvent dans l'espace pour la même raison, les deux personnages tissent des liens étroits au cours des mois (ou des années, la chronologie reste floue) qui suivent, travaillant de concert avec un humour burlesque digne de Seinfeld. Gosling parvient miraculeusement à créer une alchimie avec une créature sans visage ; leurs échanges sont si naturels qu'ils rappellent une brillante soirée d'improvisation théâtrale.
Ils sont, au fond, deux touristes intergalactiques visitant un lieu inconnu de l'un comme de l'autre, uniquement liés par leur objectif commun. C'est à travers cette similitude qu'ils s'ouvrent peu à peu via un échange culturel : Grace partage les merveilles de la Terre, tandis que Rocky raconte les coutumes et la biologie fascinante de sa planète natale, Erid. Il est réconfortant de voir une amitié éclore entre deux mondes si différents, d'autant plus lorsque l'on songe qu'un tel lien pourrait naître d'une simple rencontre dans le hall d'un aéroport.

Above Grace s'engage dans une véritable course contre la montre pour découvrir les propriétés de l'Astrophage (Photo : avec l'aimable autorisation de Columbia Pictures)
Des flashbacks, intercalés tout au long du film, révèlent progressivement le danger qui guette la Terre, ainsi que des bribes du passé de Grace avant qu'il ne se retrouve sur le Hail Mary. Auparavant, il avait publié un article émettant l'hypothèse que la vie pouvait exister sans eau, ce qui avait fait de lui la risée de la communauté scientifique traditionnelle. C'est probablement cet événement qui l'a poussé à se percevoir comme médiocre, tellement convaincu de ses propres lacunes qu'il remet constamment en question chacun de ses actes, malgré les preuves évidentes de son potentiel.
L'agent gouvernemental Eva Stratt (Sandra Hüller) recrute Grace pour rejoindre “Project Hail Mary” afin d'étudier l'Astrophage. Dans ce domaine, il excelle, en grande partie grâce à son ingéniosité et à sa curiosité stupéfiantes, qui le mènent finalement à des découvertes inestimables. Grace rappelle à qui veut l'entendre qu'il n'est pas l'homme de la situation, tout en célébrant avec un enthousiasme débordant chacun de ses inévitables succès.
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Above Grace aux côtés d'Eva Stratt (Sandra Hüller) et du reste de l'équipe de Project Hail Mary (Photo : avec l'aimable autorisation de Columbia Pictures)
Cette attitude perdure une fois à bord du Hail Mary. Son premier instinct, en reprenant ses esprits, fut de tenter de tracer une route vers la Terre, n'abandonnant cette idée que lorsqu'il en réalisa l'inutilité. Grace poursuit sa mission à contrecœur, uniquement stimulé par la mort de ses collègues et l'impossibilité de rentrer chez lui. Pourtant, malgré ces doutes qui assombrissent le moindre de ses mouvements, il se montre à la hauteur de la situation à chaque instant décisif.
La brève conversation de Grace avec le commandant Yao Li-Jie (Ken Leung) résume ce message avec une poignante acuité : Grace avoue timidement qu'il lui manque le “gène” de la bravoure que Li-Jie et les autres possèdent. Se tournant vers lui, Li-Jie lui répond : “Vous devez trouver quelqu'un pour qui être courageux.” En effet, à la fin du film, il est une toute autre personne, transformé à jamais par le temps passé avec Rocky.
Aussi charmant et divertissant que soit “Project Hail Mary”, l'œuvre présente tout de même quelques fissures métaphoriques dans sa coque. La scène où Grace et Rocky prélèvent des échantillons d'Astrophage, censée être, comme Grace le décrit lui-même, son “moment de gloire”, échoue malheureusement à laisser une impression durable ; les taches rouges vertigineuses n'éblouissent ni n'émerveillent, semblant uniquement là pour rappeler au spectateur qu'il se trouve dans l'espace. Il en va de même pour certains passages humoristiques qui n'avaient pas leur place au milieu de conversations sérieuses et intimes, diluant par conséquent une grande partie du poids émotionnel qu'elles auraient pu avoir.

Above Ryland Grace dans son rôle de professeur de sciences au collège (Photo : avec l'aimable autorisation de Columbia Pictures)
“Project Hail Mary” n'est ni “Seul sur Mars” ni, comme mentionné précédemment, “Interstellar”. Le film n'a pas à l'être, et ne prétend d'ailleurs pas l'être : il se contente parfaitement de vous démontrer avec joie que le meilleur de l'humanité se cache parfois dans les endroits les plus inattendus.
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