Avec une photographie évoquant une peinture à l'huile vivante, “Hamnet” exige le grand écran. Critique du nouveau drame d'époque de la réalisatrice oscarisée de “Nomadland”
La douleur la plus difficile est celle qui ne crie pas. Elle ne brise pas d'assiettes. Elle ne fait pas s'effondrer les murs. Elle flotte dans l'air, comme un parfum que l'on ne peut nommer mais que l'on ne peut ignorer. On la ressent jusque dans ses os.
Dans son cinquième long métrage, Chloé Zhao revient avec une œuvre intime. Hamnet, adapté du roman de Maggie O’Farrell, n'est ni un drame d'époque traditionnel ni une adaptation littéraire classique, mais une histoire de deuil. Il montre ce qui reste après que l'amour a laissé sa marque en nous.
De nombreux spectateurs ne connaissant pas le roman pourraient même le confondre avec un biopic historique. C'est dire à quel point l'écriture est immersive et ancrée dans le réel. Mais il ne s'agit pas de l'histoire en tant qu'archive ; c'est l'histoire en tant que mémoire émotionnelle.
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Above Aperçu d'une scène poignante du film “Hamnet” de Chloé Zhao (Photo : Universal Pictures)
Situé dans l'Angleterre du XVIe siècle, Hamnet suit Agnes et William Shakespeare alors qu'ils font face à la perte de leur fils. Zhao, cependant, ne cadre pas l'histoire comme la tragédie de William, mais comme celle d'Agnes. Elle est le centre du film—une guérisseuse, une femme enracinée dans la nature, quelqu'un qui comprend mieux les plantes et les herbes que les structures complexes de la société. Souvent associée à une “sorcellerie bénéfique”, Agnes porte en elle une sagesse profonde.
Dès la séquence d'ouverture—un œuf rouge niché dans les racines de la forêt, accompagné par l'opéra obsédant de Purcell—Zhao signale qu'il ne s'agira pas d'un récit conventionnel.
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La nature respire aux côtés des personnages, la forêt étant bien plus qu'un simple décor. La caméra s'attarde comme la mémoire elle-même ; elle est patiente, observatrice et sans hâte. Et la musique (subtile mais perçante) devient un autre interprète de l'ensemble.

Above Paul Mescal incarne William Shakespeare dans le film “Hamnet” (Photo : Universal Pictures)

Above Une esthétique visuelle picturale sublime le récit de “Hamnet” (Photo : Universal Pictures)
Le rythme est indéniablement lent. Mais il est délibéré. Le silence nous permet de comprendre les personnages plutôt que de simplement traiter leurs dialogues. Les amateurs de littérature apprécieront probablement ce rythme, mais les spectateurs occasionnels pourraient le trouver difficile au début. Cette résistance est intentionnelle. Zhao veut que nous ne consommions pas l'histoire rapidement, mais que nous la savourions et nous y installions.
Au fil du film, quelque chose de subtil se produit : nous commençons comme observateurs d'Agnes, mais lentement, presque imperceptiblement, nous l'habitons. Son chagrin devient le nôtre. Et avec le temps, les émotions de William—sa frustration, sa faim artistique, sa culpabilité inexprimée—transparaissent également. Paul Mescal apporte une vulnérabilité brute, presque agitée, à William. Sa performance est stoïque mais nuancée, particulièrement dans les derniers moments où le silence remplace l'argumentation.
Jacobi Jupe, dans le rôle de Hamnet, offre une présence si naturelle et tendre que son absence éventuelle se fait sentir sur tout le film. On ressent la perte avant même que les personnages ne l'articulent.
Techniquement, Hamnet exige le grand écran. La cinématographie de Łukasz Żal transforme la campagne anglaise en une peinture à l'huile en mouvement. La lumière filtre à travers les arbres comme la mémoire filtre à travers le temps. La séquence finale très discutée justifie à elle seule un visionnage en salle.
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Above Jessie Buckley dans le rôle d'Agnes dans le film “Hamnet” (Photo : Universal Pictures)

Above La lumière naturelle joue un rôle clé dans “Hamnet” (Photo : Universal Pictures)
À première vue, Hamnet peut sembler être une autre adaptation littéraire classique située dans une époque historique intimidante. Mais sous les costumes d'époque et le langage archaïque se cache une histoire sur le deuil—celui d'une mère, d'un père, d'un frère ou d'une sœur. C'est l'histoire du poids de la perte d'un enfant et des moyens durables par lesquels les gens survivent après.
Zhao ne dramatise pas le chagrin dans ce film. Elle le laisse respirer.
Et dans cette immobilité, nous ressentons tout.
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