L'actrice sino-allemande Ankie Beilke a bâti sa carrière sur des drames prestigieux de TVB et des films aux côtés de grandes stars comme Tony Leung. Aujourd'hui, avec quatre séries verticales à son actif, Ankie Beilke parie sur ce format qui transforme la manière dont la Chine — et le monde — consomme la télévision.
Ankie Beilke a passé des décennies à naviguer entre plusieurs mondes. Née à Düsseldorf d'un père directeur artistique allemand, Michael Beilke, et d'une mère actrice et réalisatrice hongkongaise, Ankie Lau, elle a suivi une formation au Lee Strasberg Theatre and Film Institute à New York avant de bâtir une carrière à l'écran qui s'étend des blockbusters allemands aux drames de prime time de TVB comme Big Wheel et Line Walker, en passant par des longs-métrages hongkongais aux côtés de stars comme Tony Leung et Aaron Kwok.
Aujourd'hui, Ankie Beilke se lance dans un tout autre défi : les séries verticales, ce format chinois conçu pour le mobile, aux épisodes d'une minute, devenu une industrie pesant des milliards de dollars en seulement quelques années et qui, selon certaines sources, surpasse désormais le box-office traditionnel du pays. L'actrice a déjà tourné quatre de ces productions. Ankie Beilke nous parle ici de ce changement de rythme, de l'art du jeu dans ce format ultra-rapide et de ce que signifie construire une carrière au cœur d'une industrie en pleine mutation.
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Above Ankie Beilke lors d'une séance photo exclusive (Photo : Lamma)
Ankie Beilke, vous êtes passée des drames de TVB et de films comme Confession of Pain à quatre séries verticales en peu de temps. Qu'est-ce qui vous a séduite dans ce format et comment se compare-t-il au rythme d'une production TVB ?
Pour moi, il ne s'agissait pas de changer de genre, mais d'apprendre un rythme différent. Les séries verticales sont conçues pour l'immédiateté : une narration courte où chaque pulsation doit frapper vite. Lorsque j'ai accepté, j'étais enthousiasmée par le défi : est-il possible de créer quelque chose de réellement authentique quand le public ne vous accorde que quelques minutes par épisode ? Sur le plan du rythme, c'est une toute autre mécanique. TVB possède sa propre cadence, offrant plus d'espace pour respirer dans les scènes. Les séries verticales ressemblent davantage à une course de relais : un mouvement perpétuel conçu pour maintenir l'élan.
Ayant tourné de nombreux blockbusters comme Vickie The Viking, Connected et Bon Bini: Bangkok Nights, l'approche cinématographique est différente. Au cinéma, on a souvent le temps de construire l'atmosphère et la texture du personnage. Avec ce parcours, les séries verticales constituent un test inédit pour Ankie Beilke : puis-je conserver cette profondeur émotionnelle tout en livrant une performance à vive allure ?
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Above Ankie Beilke pose avec élégance devant l'objectif (Photo : Lamma)
Les séries verticales comptent entre 60 et 100 épisodes d'une à trois minutes, reposant sur des cliffhangers constants. En tant qu'actrice formée par Lee Strasberg, comment adaptez-vous votre processus à cette structure compressée ?
L'adaptation majeure est la suivante : on ne peut pas attendre d'avoir une vision d'ensemble pour rendre le personnage réel. Il faut privilégier les intentions dès le début. La méthode Strasberg m'a appris à poursuivre ce qui est authentique dans l'instant présent. Dans les séries verticales, j'applique cette règle par petites unités. Au lieu de penser à mon personnage sur 60 heures, je me concentre sur chaque tournant narratif.
Votre background multiculturel vous donne-t-il un avantage alors que ces séries verticales chinoises s'exportent vers le public occidental ?
Oui, car il m'a appris très tôt que la narration n'est pas seulement une affaire de langue, mais de comportement. Hong Kong m'a enseigné l'intensité et l'efficacité de l'interprétation, tandis que l'Allemagne m'a apporté la précision et la structure. Comme je parle couramment cantonais, allemand et anglais, je ne joue pas l'exotisme. Le public occidental s'attache à l'honnêteté émotionnelle bien plus qu'aux accents ; il a besoin que l'humanité du personnage soit cohérente. Ainsi, quand Ankie Beilke joue dans ces séries localisées, je n'interprète pas seulement des mots, j'interprète les hésitations et les protections d'un personnage, des traits qui transcendent les cultures.

Above Ankie Beilke en pleine discussion sur sa carrière (Photo : Lamma)
On parle beaucoup des acteurs générés par IA dans ces séries. En tant qu'actrice travaillant dans cet espace, quel est votre avis ?
Je comprends l'attrait pour le coût, la vitesse et l'échelle. Mais je crois qu'il existe une différence fondamentale entre le contenu et l'artisanat. L'interprétation n'est pas qu'un simple produit ; c'est une intention, une expérience, une vulnérabilité et une spécificité humaine que le public ressent. Si l'IA aide à la production, c'est une chose ; si elle remplace les interprètes vivants, c'est un autre débat. En tant qu'actrice, je reste protectrice de la vérité humaine. Je ne cherche pas à réduire le rôle des comédiens ; je m'intéresse à la manière dont ces nouveaux formats peuvent honorer une interprétation réelle.
Vous avez construit une marque autour du yoga et d'un mode de vie discipliné depuis près de vingt ans. Cette discipline aide-t-elle Ankie Beilke à survivre au rythme effréné des séries verticales ?
Absolument. Le yoga m'a permis de réguler mon système nerveux. Dans les séries verticales, l'adrénaline est constante ; ma pratique m'aide à revenir à une base stable pour travailler avec intensité sans me perdre. Cette discipline est vitale, pas seulement esthétique : c'est ainsi que je garde mon jeu acéré tout en préservant mon équilibre personnel.




