Porvenir fait ses débuts avec “El Fuego del Alma”, une tragédie viscérale et fascinante sur l'amour, la retenue et la condition philippine
Adaptée par Eljay Castro Deldoc et mise en scène par Mark Mirando, la pièce El Fuego del Alma transpose le récit gothique sudiste emblématique de Tennessee Williams dans un univers résolument philippin. “Que se passe-t-il lorsque cette histoire est autorisée à vivre dans notre propre langue, nos paysages et notre mémoire culturelle ?” s'interroge Mirando dans ses notes de mise en scène.
Après avoir assisté à la représentation du samedi après-midi, le résultat de cette réinvention semble profondément organique. Bien que située dans une ville provinciale rurale — et, sans mention explicite, semblant se dérouler au tournant du siècle — l'atmosphère évoque une société façonnée par la religion, les obligations familiales et le poids étouffant des convenances. La pièce se concentre sur un amour trouvé puis perdu, mais les défis de la retenue dans une telle société résonnent bien au-delà de la romance centrale, abordant le désir, l'identité, les traumatismes et les attentes sociales dans El Fuego del Alma.

Above Opaline Santos dans le rôle d'Alma lors de la représentation de l'après-midi (Photo : Irvin Arenas)
La mise en scène au Sine Pop de Cubao, une maison ancestrale transformée en lieu culturel, joue un rôle monumental dans l'attrait envoûtant de la production. Évoquant l'atmosphère nostalgique de l'œuvre, le lieu complète le texte chargé par ses éléments surréalistes et naturalistes inhérents.
Assister à la représentation en après-midi est un véritable privilège ; la lumière naturelle filtrant à travers les parois vitrées révèle chaque geste et chaque silence. Cela permet d'apprécier le bruissement des feuilles de bambou, la caresse sur les robes fluides des actrices et la chaleur palpable dans le regard perçant de Juanito et Rosa, ainsi que les regards pleins de désir d'Alma. Par ailleurs, l'utilisation stratégique des fenêtres guide le public, offrant un espace pour des interprétations personnelles qui semblent s'échapper du texte original. Enfin, la bande-son enveloppante diffusée à l'arrière du public offre une expérience théâtrale saisissante dans ce cadre intimiste.

Above Sandino Martin dans le rôle de Juanito lors de la représentation de l'après-midi (Photo : Irvin Arenas)
Le caractère spectral de l'œuvre originale est magistralement capturé par l'architecture du lieu, l'éclairage naturel et l'intention soutenue d'acteurs chevronnés comme Sheryll Ceasico et Rolando Inocencio.
Étant une histoire portée par les éléments, chaque performance d'El Fuego del Alma est unique. La lumière du jour crée une intimité documentaire, tandis que les représentations en soirée utilisent des ombres profondes pour instaurer une atmosphère plus contemplative. Les saisons qui changent deviennent des conteuses à part entière. La saison sèche apporte le calme et la tension d'une chaleur oppressive, tandis que la saison des pluies introduit l'incertitude et un désir plus calme.

Above Opaline Santos dans le rôle de Rosa lors de la représentation en soirée (Photo : Irvin Arenas)
Ce qui distingue véritablement El Fuego del Alma, c'est sa distribution rotative, où les acteurs incarnent des personnages opposés lors de différentes dates. Ce choix de mise en scène défie l'idée d'une distribution fixe et révèle de nouvelles facettes émotionnelles à chaque représentation.
Opaline Santos en Alma est tout simplement parfaite. La dualité de son personnage brise tous les préjugés du public. Son interprétation incarne magnifiquement la description de l'équipe créative : “Sa lutte n'est pas une faiblesse, mais l'épuisant travail de se maintenir unie.”
Face à elle, Sandino Martin en Juanito exorcise les complexités de l'esprit humain. Il est viscéral dans son approche, incarnant un homme qui, selon le texte, “fait plus confiance au corps qu'à l'âme, à l'instinct qu'à la retenue.” Son arc émotionnel est une composante essentielle de cette œuvre, “El Fuego del Alma”, qui ne laisse personne indifférent.

Above Vincent Pajara et Janna Cortes dans le rôle de Nellia lors de la représentation en soirée (Photo : Irvin Arenas)
Hariette Mozelle est captivante et séduisante en Rosa. Présentée initialement comme un contraste, elle nous entraîne dans les profondeurs de ses souvenirs, révélant une complexité qui enrichit El Fuego del Alma bien plus qu'on ne l'imaginerait au départ.
Le public est invité à découvrir Mozelle dans le rôle d'Alma, Martin dans celui d'Archie et Santos dans celui de Rosa. La distribution comprend également Vincent Pajara, Madeleine Nicolas et JP Lopez. Janna Cortes, Ingrid Joyce, Johnny Maglinao et Tristan Bite complètent cette équipe talentueuse.
Au fond, El Fuego del Alma explore les nuances opposées de la chasteté et du plaisir charnel. Au-delà, la pièce remet en question l'autorité institutionnelle de l'Église et de la famille, tout en interrogeant les exigences professionnelles de l'économie moderne. Les intrigues silencieuses qui entravent le plein épanouissement des individus restent une thématique prégnante dans El Fuego del Alma.
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Above Hariette Mozelle dans le rôle d'Alma lors de la représentation en soirée (Photo : Irvin Arenas)

Above Vincent Pajara en Juanito et Opaline Santos en Rosa lors de la représentation en soirée (Photo : Irvin Arenas)
La production explore une forme de malaise qui dépasse largement le cadre physique. Elle force le spectateur à confronter le fait que de nombreux Philippins grandissent en négociant l'espace entre leurs désirs personnels et les attentes de la communauté. Comme le souligne Mirando, nous nous remémorons ces solitudes silencieuses où nous continuons de jouer des versions de nous-mêmes bien après qu'elles ne nous correspondent plus dans El Fuego del Alma.
En fin de compte, la tragédie est magnifiquement résumée par la dramaturgie : ils n'échouent pas seulement à s'aimer, ils échouent à devenir les personnes qu'ils auraient dû être tant qu'ils en avaient encore l'occasion. El Fuego del Alma nous invite à réfléchir sur la tragédie de consacrer nos vies à répondre aux attentes sociales en oubliant notre essence authentique.
El Fuego del Alma est à l'affiche jusqu'au 23 août
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