Devenue la plus jeune prima ballerina du mythique Théâtre du Bolchoï à 22 ans, Elizaveta Kokoreva fait ses débuts à Hong Kong cette semaine dans “La Belle au bois dormant”. Elle nous dévoile les coulisses de son ascension fulgurante au sein d’une des compagnies les plus exigeantes au monde et l’influence de l’Asie sur sa pratique artistique.
L’âge moyen des danseurs principaux au Ballet du Bolchoï dépasse les 30 ans. Pourtant, Elizaveta Kokoreva a accompli l’impensable : elle a rejoint le sommet de la prestigieuse compagnie russe, mondialement reconnue, à seulement 22 ans.
Aujourd’hui âgée de 25 ans, Kokoreva arrive à Hong Kong cette semaine pour incarner le rôle iconique et éthéré de la Princesse Aurore dans la production de “La Belle au bois dormant” du Hong Kong Ballet. Cette version, chorégraphiée par le célèbre danseur Vladimir Malakhov, offre une vision fraîche, élégante et vivante de la célèbre “La Belle au bois dormant”.
Pour Kokoreva, la magie de ce rôle réside dans les nuances subtiles qui révèlent l’esprit véritable de la princesse. “Elle révèle sa personnalité par les moindres détails”, confie-t-elle. “La manière dont elle effleure les autres personnages, dont elle tourne la tête vers ses partenaires ou directement vers le public, est extrêmement révélatrice. Je n’avais jamais dansé cette version auparavant, mais c’est précisément cette vitalité que je souhaite apporter à “La Belle au bois dormant” sur scène.”
Ne manquez pas : Entretien avec la reine du sitar Anoushka Shankar : ses inspirations, sa collaboration avec Norah Jones et sa venue à Hong Kong
Above Elizaveta Kokoreva, la plus jeune danseuse étoile du Ballet du Bolchoï, dans “La Belle au bois dormant” (Crédit photo : Elena Fetisova et Théâtre du Bolchoï)
Depuis trois ans, cette danseuse étoile vit ce qu’elle décrit comme un “rêve éveillé”, multipliant les expériences internationales avec des professeurs et des partenaires variés. Il y a trois mois, elle était invitée par le K-Ballet pour incarner Juliette aux côtés de Ren Kuriyama dans la production de “Roméo et Juliette” à Tokyo. “De telles opportunités sont essentielles pour élargir ma palette expressive”, explique-t-elle.
Si Kokoreva est profondément imprégnée de la rigueur du Bolchoï, elle apprécie cette ouverture. Ses professeurs russes, véritables guides, connaissent chaque détail de sa technique, ajustant parfois la chorégraphie pour sublimer sa silhouette. “Cela offre une certaine souplesse, alors qu’à l’étranger, les compagnies s’en tiennent strictement à la chorégraphie originale. Cette différence enrichit considérablement mon expérience de la danse dans “La Belle au bois dormant”.”
Above Elizaveta Kokoreva lors de ses débuts à Hong Kong dans “La Belle au bois dormant” (Crédit photo : Darian Volkova)
Lorsque Tatler a rencontré Kokoreva au Cultural Centre, elle était impatiente de découvrir le style du Hong Kong Ballet. Durant son long vol vers Hong Kong, elle a étudié avec attention les captations de la danseuse principale Ye Feifei, s’imprégnant des nuances nécessaires pour cette nouvelle interprétation de “La Belle au bois dormant”.
“La chorégraphie et les tempos sont différents”, observe-t-elle. “Le rythme ici est légèrement plus lent qu’en Russie. Au Japon, l’accueil a été extrêmement chaleureux. Je suis nerveuse à l’idée de rencontrer toute la compagnie, car je sais qu’une danseuse étoile invitée est immédiatement scrutée par tous les regards.”
Lire aussi : La première danseuse étoile chinoise du New York City Ballet brise les stéréotypes raciaux et de genre
Above Elizaveta Kokoreva, qui incarne Aurore dans “La Belle au bois dormant”, dans “Spartacus” (Crédit photo : Batyr Annadurdiev et Damir Yousupov)
Cette pression est amplifiée par son exigence personnelle. “J’ai toujours été ambitieuse. Je donne le meilleur de moi-même dans chaque rôle”, affirme-t-elle. Même lorsqu’elle n’était que membre du corps de ballet, elle considérait chaque apparition comme une audition. Aujourd’hui, après une journée entière de répétitions, elle continue d’analyser sa performance.
Elle attribue également son ascension à Makhar Vaziev, le directeur artistique exigeant du Bolchoï. “Nous entretenons une relation complexe, faite d’amour et de haine”, dit-elle avec un sourire. “Il est la cause principale de mes montagnes russes émotionnelles, mais ses critiques acerbes m’ont poussée à une introspection constante. C’est grâce à lui que je cherche à rendre chaque représentation, comme celle de “La Belle au bois dormant”, absolument unique.”
Above Elizaveta Kokoreva, en vedette de “La Belle au bois dormant” à Hong Kong, dans “Don Quichotte” (Crédit photo : Batyr Annadurdiev et Damir Yousupov)
Sa discipline acharnée lui a permis de décrocher ce titre de danseuse étoile en 2023. Pourtant, sa réaction initiale fut empreinte de peur plutôt que de célébration. “C’était une responsabilité immense. Généralement, ce rang s’obtient après 30 ans. Je me sentais si jeune”, confie-t-elle. Ce n’est qu’en voyant les larmes de joie de ses professeurs qu’elle a réalisé l’ampleur de l’accomplissement.
Être danseuse étoile n’est pas de tout repos. Son emploi du temps est un défi permanent d’endurance physique. Préparer simultanément trois ballets techniquement exigeants comme “Spartacus” ou “Don Quichotte” demande une concentration absolue au quotidien, souvent sans aucun jour de repos.
Above Elizaveta Kokoreva dans “Casse-Noisette” (Crédit photo : Batyr Annadurdiev et Damir Yousupov)
Ce qui la motive, c’est un amour profond pour cet art, hérité de son enfance. Fille du directeur artistique du Théâtre d’opéra et de ballet de Tcheliabinsk, elle a grandi dans les coulisses, fascinée par la capacité des danseurs à raconter des histoires sans prononcer un mot. C’est une représentation de “Don Quichotte” qui a scellé son destin de ballerine. Après avoir intégré l’Académie du Bolchoï à 10 ans, le reste appartient à l’histoire.
Ayant atteint les sommets de sa profession si tôt, Kokoreva se tourne désormais vers l’expansion artistique internationale. “Mon rêve est de continuer à danser, à évoluer et à m’imprégner de nouvelles techniques à travers le monde.”




