À Tiong Bahru, un appartement d'avant-guerre est métamorphosé par PI Architects en une résidence d'une chambre façonnée par les rituels, l'art de recevoir et un usage subtil du vert.
À Tiong Bahru, où les cages d'escalier conservent les proportions des années 1930 et où les couloirs se déploient selon une logique singulière, un appartement de 120 mètres carrés a été épuré et entièrement repensé pour devenir le cocon d'un jeune couple et de leur chien. Conçu par PI Architects et dirigé par Paul Yeo, ce projet ne cultive aucune nostalgie. Il utilise plutôt le passé comme une toile de fond pour mieux s'en affranchir.
Surnommé la “Millennial Green House”, cet écrin prend place au sein d'un bâtiment d'avant-guerre datant de 1936 à 1941, dont l'ossature d'origine est restée intacte. Ses épais murs en maçonnerie et ses hauts plafonds ont été préservés, tandis que son agencement cloisonné s'est ouvert à la lumière. Ce qui n'était autrefois qu'une succession de petites pièces forme désormais un espace intérieur continu, oscillant imperceptiblement entre la convivialité et l'intimité.
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Above Une peinture audacieuse accueille les visiteurs dès le hall d'entrée.

Above Une suspension illumine délicatement la banquette sur mesure située dans le hall d'entrée.
“Les propriétaires imaginaient une demeure capable d'accueillir leur passion pour le vin, l'art et les réceptions, tout en préservant des instants de quiétude et de retraite. Ils souhaitaient un espace commun ouvert et chaleureux pour recevoir, une cave à vin intégrée, ainsi qu'une chambre pensée comme un sanctuaire privé inspiré de leurs voyages. La couleur verte, l'une de leurs favorites, s'est également imposée comme un point de départ essentiel dans le langage architectural du projet”, explique Paul Yeo.

Above Un espace de travail compact se dissimule habilement juste derrière l'écran en treillis du foyer.

Above Une élégante cave à vin habillée d'une pierre Rosso Orobico aux riches veinures.
Dès l'entrée, le ton de cette résidence à Tiong Bahru est donné. Une banquette incurvée se love contre le mur, adoucissant par sa géométrie un seuil qui aurait pu sembler exigu. Une suspension, fixée à faible hauteur, projette un halo lumineux qui invite à entrer plutôt que de s'imposer. Face à elle, un écran en treillis métallique maintient une peinture en lévitation, agissant tantôt comme un diviseur d'espace, tantôt comme une provocation visuelle. Derrière cette structure se cachent des espaces de rangement et une somptueuse cave à vin, sublimée par une pierre Rosso Orobico richement nervurée. Une composition compacte, mais d'une redoutable efficacité.

Above L'espace de vie est sublimé par une autre toile vibrante de couleurs.
Un pas de plus, et l'appartement de Tiong Bahru se dévoile pleinement. Le salon, la salle à manger et la cuisine ne forment plus qu'un seul et vaste espace continu, structuré par un comptoir enveloppant en pierre frittée vert paon. Ici, la couleur n'est pas un simple accent ; elle est une constante, parcourant les boiseries et les surfaces sans jamais devenir écrasante. Ce comptoir s'étire jusqu'à rejoindre la table à manger, encourageant une forme de convivialité où cuisiner, servir le vin et échanger se produisent dans la même orbite.
Un miroir teinté de bronze habille un pan de mur entier, doublant la perception de l'espace tout en dissimulant un espace de rangement. C'est un subterfuge classique, mais exécuté avec une grande retenue. Au-dessus de la table à manger, des suspensions inspirées de fermetures éclair planent avec une légère touche d'irrévérence. Non loin de là, une hotte aux lignes festonnées transforme un équipement purement utilitaire en une véritable sculpture. Les étagères suspendues accueillent des objets chinés lors de voyages, sans jamais que l'exposition ne bascule dans le désordre. La pièce semble vivante, habitée, et non artificiellement mise en scène.
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Above Un aperçu du couloir menant à la salle de bains commune et aux quartiers privés.

Above Le couloir est habillé du revêtement mural Memento Moooi Medley, rendant un bel hommage aux animaux aujourd'hui disparus.
La lumière pénètre par une cour intérieure, une véritable rareté dans les appartements de cette époque, et traverse subtilement l'espace tout au long de la journée. C'est cette luminosité naturelle qui permet de tempérer la palette chromatique, adoucissant les verts profonds et la densité de la pierre.
Au-delà de cette zone de vie commune, l'atmosphère change. Le couloir se mue en une galerie d'art, tapissée de revêtements muraux illustrant des créatures éteintes. On y perçoit une pointe d'esprit, mais aussi une dimension plus personnelle. Un miroir en pied prolonge le passage, camouflant discrètement la salle de bains des invités. À l'extrémité de cette demeure typique de Tiong Bahru, des portes en verre cannelé marquent la transition vers la suite parentale, filtrant subtilement les regards sans pour autant occulter l'espace.

Above Des carreaux de métro verts, une porte bordeaux et un miroir suspendu en forme d'amibe créent une atmosphère ludique dans la salle de bains des invités.
Bien que de taille modeste, la salle de bains des invités est loin d'être un détail mineur. Des carreaux de métro verts s'harmonisent avec une porte bordeaux, tandis qu'un miroir asymétrique aux formes organiques flotte délicatement au-dessus de la vasque. C'est un intermède bref et saisissant, avant que l'appartement ne retrouve sa sérénité naturelle.

Above L'espace coiffeuse et point d'eau de la chambre principale.

Above Le bois clair et les lignes courbes des menuiseries procurent une douce sensation de refuge dans la suite parentale.

Above La cour à ciel ouvert de cette maison de Tiong Bahru apporte une lumière naturelle et un sentiment de grandeur à la chambre.
La chambre à coucher se veut délibérément plus apaisante. Le bois s'y substitue à la pierre, et les angles s'adoucissent pour laisser place aux courbes. Un lit Hästens trône au centre de la pièce, non pas pour impressionner, mais comme une véritable invitation au repos. Ici, le lien avec l'extérieur se fait plus profond. La lumière s'infiltre à la fois par la cour intérieure et par un puits de lumière situé au-dessus de la zone de bain, modifiant l'atmosphère de la pièce au fil des heures.

Above Une élégante cloison en verre intelligent sépare la chambre de l'espace bain.

Above Ce panneau vitré se dépolit instantanément d'une simple pression sur un bouton.
Une cloison en verre intelligent délimite la chambre de la baignoire, s'opacifiant d'une simple pression sur un interrupteur. Transparente, elle unifie les volumes pour ne former qu'un seul et même espace. Dépolie, elle restaure une intimité absolue sans alourdir l'architecture.
L'espace bain s'inspire de l'esthétique et des codes des onsens traditionnels. Des dalles en granit adouci recouvrent les surfaces, tandis que des briques de verre texturées filtrent une lumière douce et tamisée. Au plafond, un puits de lumière, traversé par des treillis en bois, projette des ombres changeantes sur les murs. L'eau s'écoule paisiblement le long des rebords profilés en granit, recréant l'effet subtil d'une cascade. Sans être immense, cet espace semble parfaitement pensé, conçu pour l'évasion plutôt que pour la simple fonctionnalité.

Above La baignoire encastrée d'inspiration onsen de cette somptueuse résidence à Tiong Bahru.
Ailleurs, ce sont les détails qui se dévoilent avec parcimonie. Un grand miroir qui dissimule judicieusement une porte. Une suspension dont la silhouette évolue selon l'angle sous lequel on l'observe. Un plan de travail en cuisine qui capture avec élégance à la fois la couleur et la lumière. Aucune de ces attentions n'exige d'être admirée, mais ensemble, elles subliment l'expérience que l'on ressent en parcourant l'appartement.

Above Des armoires vertes aux poignées en laiton apportent un contraste très raffiné, tandis que la hotte centrale aux bords festonnés transforme cet élément fonctionnel en une pièce sculpturale.
De la conception à l'achèvement, ce projet a nécessité une année entière, passée en grande partie à apprivoiser les contraintes de la structure existante. Il était impossible de simplement abattre les murs ; il a fallu repenser la circulation au sein même de la configuration initiale. Le résultat est une maison à la fois vaste et aérée, qui ne renie jamais ses origines.
Ce qui émerge ici n'est pas un simple exercice de style, mais un récit vivant. Les passions des propriétaires pour le vin, pour l'art et pour l'art de recevoir, s'intègrent organiquement dans l'espace, plutôt que d'être rajoutées comme de simples artifices. L'appartement peut tout aussi bien accueillir un dîner entre amis qu'envelopper une soirée tranquille en solitaire.

Above Une autre perspective fascinante sur l'espace salle à manger et cuisine de cette maison de Tiong Bahru.
Dans ce quartier souvent défini par son histoire, cette demeure propose une toute autre approche. Elle ne préserve pas l'existant par simple convention, pas plus qu'elle ne cherche à l'effacer. Elle modifie, insère de nouveaux éléments, et parfois, bouscule l'ordre établi. Mais par-dessus tout, elle offre une sensation d'intimité immédiate dès lors que l'on en franchit le seuil.
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