Les directeurs artistiques d'Hermès, Charlotte Macaux Perelman et Alexis Fabry, nous présentent une nouvelle ligne en palladium martelé, un prototype encore confidentiel et pourquoi le bon geste vaut toujours la peine d'attendre chez Hermès.
Pénétrer dans l'écrin de la Milan Design Week 2026 d'Hermès, installé à La Pelota, évoquait l'exploration d'un trésor d'artisan — à la fois atelier, galerie et entrepôt rempli de mystères. Quelque 30 volumes rectangulaires en plâtre étaient disposés sur une grille aérée au cœur de l'ancien court de pelote basque, servant de socles aux nouvelles collections pour la maison Hermès.
Chaque pièce intégrait des insertions en hêtre faisant office de guides pour le visiteur en quête de découvertes. Dans un coin, des plaids en cachemire tissés main Sangles Sellier se drapaient sur des marches. Le Stadium d’Hermès, une table en marqueterie de marbre signée Barber & Osgerby, trônait sur une plateforme basse offrant un dégagement dans cette densité de volumes. Des franges en cuir d'agneau velours s'échappaient d'une boîte à hauteur d'yeux, invitant au toucher, tandis que le centre de table en palladium martelé — bordé d'un ruban en chèvre Chamkila — était volontairement présenté bas, pour être admiré en vue plongeante.
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Above Mélange d'atelier et de galerie, le présentoir Hermès pour la Milan Design Week 2026 à La Pelota expose les collections pour la maison sur trente volumes de plâtre sur la Via Palermo.
Intitulée La matière parle, l’objet raconte une histoire, l’exposition 2026, avec ses configurations ancrées dans l'espace, semble répondre à Ce qui fait l’objet, l’édition de 2025 où des formes géométriques monolithes étaient suspendues au plafond. Alors, les couleurs ne naissaient que de la lumière, véritable expression d'une aura chez Hermès.

Above Charlotte Macaux Perelman et Alexis Fabry, directeurs artistiques d'Hermès, lors de la présentation à La Pelota, Milan.
On perçoit la continuité de cette exploration dans le travail des deux directeurs artistiques de l’univers maison d’Hermès, Charlotte Macaux Perelman et Alexis Fabry. Chaque scénographie naît organiquement de la précédente, en quête incessante de ce qu’ils nomment le geste juste.
Une idée saugrenue

Above Les plaids en cachemire Sangles Sellier, emblématiques du savoir-faire Hermès.

Above Le plaid Aventure en cachemire avec ses franges en agneau velours raffinées.
«La scénographie émerge toujours du message porté par les objets. C’est ce dialogue entre l’objet et l’espace qui nous anime», confie Fabry. «La scénographie est indissociable du contenu.» Directeurs artistiques de l’univers maison Hermès depuis 2014, ils bâtissent cet univers ensemble depuis plus d’une décennie.
«Nous étions très proches, mais nous n’avions jamais travaillé ensemble», explique Macaux Perelman. «Quand Pierre-Alexis et Axel nous ont réunis, cela nous a semblé une idée saugrenue», se souvient-elle, en faisant référence au PDG d’Hermès Axel Dumas et au directeur artistique Pierre-Alexis Dumas, cousins de la famille fondatrice. «Mais après onze ans, je considère cela comme l’une des plus belles surprises de notre engagement auprès d’Hermès.»

Above Les paniers Confettis, illustrant la finesse des accessoires Hermès.

Above Vase Palladion d’Hermès, une pièce maîtresse du design Hermès.
Si la décision du fondateur semblait contre-intuitive, l’instinct s’est avéré infaillible. Le parcours de Macaux Perelman en architecture et celui de Fabry en photographie et curatelle se complètent merveilleusement chez Hermès.
«Il n’y a pas de division des tâches», souligne Fabry. «Nous occupons cette position au même endroit, Charlotte et moi.» Une complicité qui se traduit par des phrases achevées et des idées saisies au vol, Macaux Perelman se tournant vers son acolyte pour dire simplement : «Tu le dis très bien.»
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Above Les nouvelles collections pour la maison Hermès se dévoilent entre les volumes de plâtre de l'ancien court de pelote.
Épure et éclat

Above Le centre de table Palladion d’Hermès en métal finition palladium martelé et laçage en chèvre.
La collection cette année s’articule autour du Palladion d’Hermès, une gamme d’objets en métal martelé main finition palladium, allié au cuir, au crin et au bois. Le nom invoque Pallas Athéna, déesse grecque de la protection.
Ces objets — centre de table, pichet, vases — agissent comme des talismans contemporains Hermès. «Le palladium nous a intéressés pour son raffinement et sa pureté», explique Macaux Perelman. «Nous y avons ajouté le geste de l’artisan par un martelage main qui rend chaque pièce unique.»

Above Le vase Palladion d’Hermès, une création du Studio Hermès en hommage au sac Toupet.
Pour Fabry, la question du geste est centrale, quel que soit le matériau. «L’enjeu pour nous est de trouver le degré d’expressivité juste. Quel geste nous permettra d’obtenir cet effet ? C’est presque le mantra de notre travail chez Hermès.»
Les collaborateurs sont choisis selon cette même exigence. Le studio Barber & Osgerby a été retenu non pas pour leur notoriété, mais pour cette «alliance de pureté et d’éclat» que Fabry recherche dans chaque collaboration Hermès.

Above La table Stadium d’Hermès conçue par Barber & Osgerby exposée à Milan.

Above Variante de design du pied de la table Stadium d’Hermès issue du catalogue.
Une quête perpétuelle
La pièce la plus remarquable de la présentation 2026 est un prototype qu’Hermès ne peut encore commercialiser. Le plaid H Letter, conçu par l’artiste coréenne Hyunjee Jung, utilise le bojagi, une technique traditionnelle coréenne d’assemblage textile minutieux. Un H géant se dissimule dans les coutures.
«Elle est artiste, pas artisane», confie Macaux Perelman. «Elle ne peut répéter ce geste, et nous cherchons encore les artisans capables de le maîtriser chez Hermès.»

Above Prototype du plaid H Letter par Hyunjee Jung, utilisant le bojagi, disposé près de la table Stadium d’Hermès.
La décision de le présenter demeure un acte délibéré. «Vous verrez dans les années à venir l’effet d’entraînement de cette exploration», assure Fabry. Le lien avec le patrimoine d’Hermès est profond. «Les points du bojagi résonnent avec la perfection de nos coutures sellier», ajoute Macaux Perelman.
Montrer ce prototype devient une déclaration d’intention, offrant aux amateurs de haute facture un avant-goût de l’excellence Hermès.

Above Le prototype du plaid H Letter de Hyunjee Jung en lin et cachemire, assemblé via la technique bojagi.

Above Détail des coutures complexes du prototype H Letter, témoin du savoir-faire artisanal Hermès.
Face aux menaces pesant sur les processus artisanaux, Fabry reste serein. «Nous sommes dans une position favorable. Il y a une prise de conscience générale sur la surconsommation d’objets périssables. Chez Hermès, nous avons toujours entretenu un rapport adapté à cette exigence.»
Macaux Perelman ajoute avec le sourire : «Nous sommes très lents.» Comme si, chez Hermès, la lenteur n’était jamais un défaut, mais la condition même de la perfection.
Credits
Photography: Sylvie Becquet, Studio Fleur
Photography: Hermès
Photography: Charles Negre
Translation: Ilaria Fasana
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